Par DONGMO Joël (étudiant à Ngaoundéré)
« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point de nombre des années«
Majoritaire à Ngaoundéré comme dans la plupart des villes africaines, la population des personnes de -30 ans est, aux dires des politiciens et autres responsables, au centre de toutes les attentions. Cependant, dans les faits, la jeunesse s’apparente plus à un défaut qu’à une qualité.
A force de répéter que la jeunesse camerounaise est le fer de lance de cette nation, les dirigeants ont entretenu l’espoir que des actions seront menées pour sortir cette catégorie de la population de l’ornière. Si des mesures sont prises et que la volonté de promouvoir les initiatives des jeunes se manifestent au plus haut niveau de l’Etat, il n’en reste pas moins que face à la réalité du quotidien ces Camerounais sont confrontés à une espèce de plafond de verre les empêchant d’aller au bout de leurs projets.
En fait, il est de plus en plus fréquent de révéler des cas où, présentant les aptitudes, une personne âgée de plus +30 ans est préférée à un autre plus jeune. Dans les domaines comme le bâtiment où les connaissances pratiques devraient l’emporter, on se rend compte que l’expérience (en fait l’âge) est érigée en qualité suprême. C’est ainsi que beaucoup de jeunes sont obligés d’accepter des emplois au dessous de leurs qualifications.
L’avènement de la démocratie au Cameroun a entraîné des changements importants dans notre société, mais cet avènement semble n’être pas venu à bout de la gérontocratie. Ce système de gestion de la société mettant les « anciens » au centre de son fonctionnement n’a certes plus d’existence officielle, mais il survit dans les esprits des uns et des autres. En effet, comment expliquer autrement que pour la majorité des Camerounais âgés de +35 ans l’adolescence court jusqu’à l’age de 25 voir 30 ans ? Aujourd’hui faire partie de la population jeune signifie se faire exploiter, mépriser, ou tout simplement, ignorer par les plus âgés. Cette attitude conduit à des résultats désastreux puisqu’elle tue dans l’œuf l’imagination et le dynamisme d’une nation. Comment s’étonner dans ces conditions que l’occupation préférée des jeunes camerounais soit l’abus d’alcool ?
En réalité, les mentalités sont telles que les jeunes sont contraints de vivoter jusqu’à ce qu’ils aient eux aussi l’age de faire subir ce qu’ils ont enduré à leurs «petits frères». Il est donc plus que jamais temps de combattre ces mentalités rétrogrades qui tuent l’idéalisme et font que la jeunesse camerounaise, blasée, reprenne à son compte les défauts de ses aînés, défauts nous ayant conduit à la situation déplorable qui est la nôtre.
PS: La gérontocratie désigne un régime politique où le pouvoir est exercé par les personnes les plus âgées de la société (les gérontes). Le terme est plus utilisé indirectement, pour décrier la mainmise du pouvoir par ces mêmes gérontes sur d’autres systèmes politiques, au détriment du mérite ou d’autres qualités. L’usage de l’expression induit une politique de traditionalisme, les plus âgés étant supposés peu enclins à modifier les structures de la société, mais à la pérenniser telle qu’ils l’ont connue.
