Par M'Boka Kiese 13 novembre 2007 Commenter

Par M’BOKA KIESE (reçu par mail)

Nous présentons quelques impressions de lecture sur la traversée de l’amour dans l’espace russo-africain. Une lecture critique du roman de Zounga Bongolo, Un africain dans un iceberg, le dernier le roman de l’écrivain congolais brazzavillois. L’auteur décrit les idylles amoureuses des étudiants africains en UR.S.S. sous un regard pessimiste car les préjugés raciaux sont manifestes. Nous nous sommes demandés en exhumant Résurrection de Tolstoï, qu’elle est la définition du bonheur conjugal entre Russes.
Cet article est sur 6 pages distinctes

2- DES NÈGRES AU PAYS DE POUCHKINE

Un africain dans un iceberg

Quand une jeune fille atteint l’âge légal de se marier, sa mère, ses parents pensent en termes d’héritage. Quel beau-fils héritera de la main de notre fille ? Quel gendre perpétuera notre sang ? Dans le cas de Natacha, personnage principal du roman, l’héritier sera un Niègre, un cousin des Pygmées, un Congolais issu des forêts vierges parlant la langue de Pouchkine, Jan ! Gospadi, oh ! Mon Dieu ! Natacha est devenue une femme à Niègres. C’est ainsi que les Soviétiques désignaient un Noir : un Niègre ! Cet hétéronyme est doublement péjoratif. Péjoratif historique, Nègre, lié à l’esclavage des Noirs ; Niègre préjuge de niais ! Vous comprendrez la portée de la métaphore, « Une chauve-souris héritée de la roussette ! ? », clamée dans le langage de Tyotia Zoïa, la voisine des Natacha dans la bourgade de Narva : « Quelle mère blanche approuverait -elle le mariage de sa fille avec un Africain ? » (Zounga B., op. cit., p. 39). Ce fut également le désenchantement chez Valia l’institutrice, la mère de Natacha :

« [...] N’as-tu pas honte d’introduire un Noir dans notre famille en signe de récompense pour toute l’attention, toute la tendresse, tout le travail dont nous avons entouré tes âges ? s’insurge t-elle.» (ZOUNGA B., ibidem,p. 37).

Pourquoi des Niègres congolais en Russie ? Pour développer le Congo Brazzaville, un pays ayant acquis son indépendance politique en 1960, les gouvernements successifs congolais avaient opté pour une politique de formation des cadres supérieurs. La majorité des Intellectuels congolais avaient bénéficié, pendant leurs études supérieures à l’étranger, des bourses du gouvernement congolais. Pendant la guerre froide, le Congo Brazzaville d’obédience laxiste-béniniste, pardon marxiste-léniniste, allié à l’Union soviétique, indique tout à fait dans l’ordre des choses que de jeunes Congolais ayant terminé leurs études secondaires à Brazzaville et à Pointe-Noire eussent poursuivi leurs formations universitaires en U.R.S.S.

L’écrivain congolais brazzavillois Jean-Claude Zounga Bongolo a fait ses études supérieures en U.R.S.S. A l’institut pédagogique « Herzen » de Léningrad, de 1973 à 1985, il étudia les sciences politiques en langue russe. Il situe les origines des deux personnages de son roman, Jan et Joakim, au Congo Brazzaville. Cependant les psychosociologues travaillant à la Direction de l’Orientation et des Bourses (D.O.B.) discriminaient la population féminine. On peut objecter ce point de vue : le taux de scolarisation des jeunes filles dans l’enseignement secondaire congolais fut insignifiant par rapport à celui des jeunes garçons. Sur cent étudiants expédiés en URSS ou dans les démocraties populaires des pays de l’EST européen, quatre vingt dix pour cent furent des garçons. Il fut exclu pour ces derniers de choisir à l’avenir une conjointe congolaise. Cette situation, en amont, avait échappé à l’U.R.F.C., l’union « révolutionnaire»  des femmes du Congo. Les Dames de l’U.R.F.C. s’étonnèrent, en aval, du déferlement des femmes soviétiques au Congo Brazzaville dans les décennies 1970 et 1980.

Les Congolais ayant raté d’épouser des femmes soviétiques se précipitèrent à leur retour de choisir sur place au Congo des conjointes congolaises au statut social modeste. Celles-ci enchérissaient en lingala : « Nazui Docteur na nga, jai eu la chance d’épouser un docteur ». Dans ce calcul matrimonial, les hommes redoutaient de perdre leur domination masculine, au sens de Pierre Bourdieu, en épousant des femmes congolaises instruites.
Arrivés dans les lieux académiques où ils étudiaient, les jeunes Congolais étaient dépaysés, esseulés et déracinés. Ils devaient, réflexe de survie de l’espèce humaine oblige, se reconstituer une vie communautaire, des relations sociales héritées de la culture africaine. Ce n’étaient pas des militaires conscrits habitués à vivre entre hommes dans une garnison. Il leur fallait la présence des filles congolaises pour mener une vie chaleureuse puis sociale. Les filles africaines étaient rares.

Dans les campus universitaires, les étudiants africains accusaient d’un pouvoir d’achat faible pour entretenir une relation sentimentale avec une fille de leur âge. Ils durent rivaliser avec des Diplomates africains affrétés à Moscou, Kiev ou Leningrad, pour conquérir de rares étudiantes congolaises. Les diplomates monnayaient leur idylle au rouble fort et s’alimentaient dans des Beziozka, ces boutiques réservées à la nomenklatura. Les jeunes filles soviétiques comblèrent les cœurs des étudiants africains. L’éducation socialiste soviétique les avait prédisposées à vivre modestement auprès des Africains.

Certains étudiants, pour se constituer un patrimoine vital, pour se préparer au mariage, ou pour gagner des cœurs, baignaient dans des micmacs, dans des trafics des produits occidentaux rares dans les pays de l’EST : vêtements en jeans, produits de beauté, produits alimentaires, chewing-gum rapportés lors d’un voyage furtif à Paris, Berlin, Londres, Rome et Berlin Ouest.

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