Qu’est ce que l’homme ?


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Par Pierre Nzonzi (reçu par mail)
Cette question peut nous déconcerter. Ne sommes-nous pas des hommes? Pourquoi poser cette question ? Ou si on peut l’accorder, regardant l’histoire n’a t-on pas déjà poser cette question avec Platon, Aristote, Descartes, et plus près de nous avec Heidegger?
Tout cela est vrai. Mais il est urgent aujourd’hui de la reposer. Cette question, non seulement situe l’homme et les autres êtres de la nature, mais elle interroge toute la philosophie, pour ne pas dire elle la fonde.


Cette question est en vérité le fond de la philosophie. Qu’est ce que la philosophie?

Heidegger N’est ce pas le discours de l’homme sur lui-même? La transcription de sa nature? C’est là qu’il faut en venir, car notre époque est la plus progressiste de toute l’Histoire. Elle a fait des progrès considérables sur la communication, le monde est devenu un point où tout le monde peut se rencontrer au moins une fois. Dans la médecine, dans la connaissance de la nature, jamais une époque n’est allée aussi loin que la nôtre. Il y a encore d’autres choses. Mais c’est l’époque où les Lumières ont été affaiblies, les hommes ne pensent plus parce qu’ils ont oublié l’homme. Heidegger avait bien vu le problème. Il a étouffé la philosophie avec sa conception de l’Être.
«Il faut dire les choses au nom de la vérité contre nos propres amis», disait Aristote, allusion faite à son son ami et maître, Platon. De même, nous-mêmes devons affirmer cette devise, si nous voulons être philosophes. Seule la vérité détermine le philosophe.

NiezstcheDepuis la mort de Hegel (1831), la philosophie s’est retirée de sa maison; elle n’est plus dans son élément, en dépit des efforts de Nietzsche et de Husserl. Heidegger, nous venons de le dire, s’est retiré lui-même de la philosophie. Il nous a fallu Lévinas, mais nous n’avons pas bien vu sa subtilité.
Il a écrit à travers les lignes. C’est donc dans ce cadre historique de la philosophie que nous tentons de ramener la philosophie à sa maison. C’est pour cette raison que cette question retentit à nos oreilles. Se demander: qu’est ce que l’homme, c’est de nouveau entendre la question: qu’est ce que la philosophie?

La philosophie a été malmenée par une idéologie qui l’a rendue impropre à elle-même. Certains l’ont accaparée pour faire la fierté de leurs peuples, d’autres pour dominer les autres. L’incapacité où nous sommes à penser, à disséquer la philosophie, chacun voulant garder un morceau pour lui-même. La philosophie, a assuré Hegel assume son histoire. Elle n’est pas n’importe quel discours. Elle est le discours de l’homme sur lui-même, le discours de son propre devenir. Elle célèbre l’homme en tant qu’elle cherche à le déterminer. L’homme n’est pas un homme d’un peuple, d’une tribu, d’une race, il est l’homme en tant qu’ homme et la philosophie est son visage.

On comprend pourquoi la philosophie détermine tout : la politique, la science, aujourd’hui l’écologie. Si quelqu’un souffle qu’un gouverneur s’enrichit en dilapidant la richesse d’un pays, il ne pense pas, mais seulement désire. Inconsciemment il veut se mettre à la place de celui qu’il critique. Mais s’il arrivait à quelqu’un de penser l’Etat en l’assimilant à la justice, la loi dans son inviolabilité, le bonheur dans sa communicabilité ou dans la vertu, celui-ci transcrit une cosmologie équivalant au visage de l’homme qu’il impose ; celui-ci, dirons-nous pense mais ne désire pas. Il se détermine en tant que philosophe. De même si quelqu’un plonge sa main dans la foule pour s’accaparer d’elle, celui-ci pervertit le statut de la philosophie parce qu’il ne fait plus de la philosophie mais de la politique. Le philosophie n’a pas besoin de la foule pour être. Cette manière d’être relève du politique et non du philosophe. On comprend pourquoi il est très difficile aujourd’hui de se déterminer comme philosophe, les discours que nous entendons ici et là ne sont là que pour séduire.
Revenons donc à la question de l’homme: qu’est ce que l’homme?

Pierre Nzonzi
Professeur de philosophie en France, d’origine congolaise brazzaviloise
 



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Il y a 10 commentaires en ce moment. »

  1. Commentaires de M’Boka Kiese
    Paris, le 14 novembre 2007.

    Quand le Professeur Nzonzi m’a soumis son manuscrit pour le critiquer, j’étais d’abord séduit par la densité de sa production. Ce texte selon moi est le condensé d’une oeuvre plus vaste. Aussi lui ai-je soumis les remarques suivantes :
    1 – Comment Platon, Aristote, Descartes et Heidegger se sont posés, chacun pour soi, la question « qu’est ce que l’homme ? » En insistant sur la conception de l’être au sens de Heidegger.
    2 – On dénonce pendant le triomphe des Lumières en Occident, la traversée des Ténèbres en Afrique. Les Lumières sont elles concomitantes aux Ténèbres ? La victoire de la raison cohabite t-elle avec la valuation de l’irrationnel dans d’autres espaces ? Puisque l’homme n’est pas exclusif à un peuple, à une tribu, à une race, qu’est-ce que donc les Lumières non malmenées par une idéologie, non accaparées par certaines élites pour en dominer d’autres ?
    3 - Pourquoi clame-ton souvent que la mort de Hegel représente la retraite de la philosophie ?
    4 - Qu’elle est la subtilité de la pensée de Levinas ?
    5 - Depuis la découverte du théorème d’incomplétude par le logicien autrichien-américain Kurt Gödel (1906-1978) la philosophie a perdu le monopole de légiférer sur les questions ontologiques. La démarcation de la philosophie et des mathématiques se situe au niveau de la représentation du concept. Chez Hegel, le concept ne se représente pas. Entendu par des symboles, car conceptualiser, c’est penser la vie. Or la vie est en perpétuel mouvement. Avec l’irruption de la géométrie fractale et la physique du chaos (attracteurs étranges) les mathématiques sont devenues une pensée sinon la pensée même. Un terme mathématique est un concept représenté. Quand je proclame : « Le proviseur est le maximal d’un lycée ». Maximal est un concept, au même sens où l’entendent les philosophes. Car il dépasse le terme de « plus grand élément », de « supériorité ». Prenons deux objets x et y d’un ensemble (lycée) a tel que y>x. Quel que soit un objet m appartenant à cet ensemble a, si m >y, alors y coïncide avec m. L’élément y est un maximal. Aucun élément puisé dans a ne puisse dépasser y. « Désormais le mathématicien instruit à la logique ne répugne plus à se soumettre aux questions de métaphysique » (sic), Vous trouverez toutes ces questions de logique, de mathématique, de physique et de philosophie débattues dans M’Boka Kiese et Mawawa, Hommage à Cheikh Anta Diop, Paris, PAARI, 2004. Nous posons notre question. En quoi finalement la philosophie se démarque t-elle d’autres disciplines de la connaissance ?
    6 – Existe t-il des philosophes africains s’étant aussi posés la question « Qu’est ce que l’homme ? » dans l’antiquité ou dans l’époque contemporaine ? Et comment ? L’histoire de la philosophie se limite-t-elle à l’histoire des philosophes occidentaux ?
    7 – Quelle est la contribution de Pierre Nzonzi à la question, « Qu’est ce que l’homme ? »
    8 – Peut-on interpréter le texte de Pierre Nzonzi dans une langue africaine ?

    mbokakiese@yahoo,fr

  2. Il paraît que Hegel avait des textes plutôt racistes concernant l’Afrique.

    Récemment, une polémique que vous connaissez peut-être a attribué les idées du discours de Sarkozy à la philosophie de Hegel.

    Comment expliquez à un africain qu’il doit lire un philosophe qui ne le considère pas comme un homme, mais comme un sous-homme?
    Moi, je n’y arriverais pas

  3. A M. Prof,

    Pouvez-vous produire un texte de Hegel qui montre qu’il est raciste, et pouvez-vous argumenter, que le discours de Sarkozy est identique à celui de Hegel.

    Pierre NZONZI

  4. Voici un texte de Hegel
    Je vais pas argumenter des heures, car Achille Mbembé et d’autres l’ont déjà fait.

    Alors, quelques citations ou morceaux choisis:
    <<L’Afrique proprement dite est la partie de ce continent qui en fournit la caractéristique particulière. Ce continent n’est pas intéressant du point de vue de sa propre histoire, mais par le fait que nous voyons l’homme dans un état de barbarie et de sauvagerie qui l’empêche encore de faire partie intégrante de la civilisation. >> à mettre en face de l’Homme africain ne s’est jamais projeté dans l’histoire.

    Ou encore
    <>

    De toutes façons, y’a t-il des choses que nous refusons de tout subir ? Je comprends qu’il ne soit pas aisé d’aller à l’encontre des philosophes qui construisent votre formation de philosophe, mais je pense que le bon philosophe, c’est justement celui qui arrive à se détacher de ses maîtres quand il le faut et voler de sa propre pensée.

  5. Une autre citation
    Dans cette partie principale de l’Afrique, il ne peut y avoir d’histoire proprement dite. Ce qui se produit, c’est une suite d’accidents, de faits surprenants. Il n’existe pas ici un but, un État qui pourrait constituer un objectif. Il n’y a pas une subjectivité, mais seulement une masse de sujets qui se détruisent.

  6. Réponse de M’boka Kiese.
    Le professeur Madame Rachel Bidja Ava enseignante au département de philosophie de l’Université de Yaoundé 1 (Cameroun) a consacré un ouvrage entier sur cette question soulevée par Prof. Je vous donne la référence : “Hegel et le monde africain, Yaoundé, Presses universitaires d’Afrique, 2005. Le Professeur Amady Aly Dieng de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) a aussi rédigé un livre sur la question soulevée par Prof : Hegel et l’Afrique noire. Hegel était-il raciste ?Dakar,Codesria, 2006. Le Capverdien Tavares Pierre avait soutenu en 1990 une thèse de doctorat en Sorbonne (Université Paris I), intitulée Hegel, critique de l’Afrique. Dans cette thèse, Tavares avait montré comment de son vivant, sur ses propres manuscrits, Hegel n’a jamais falsifié l’histoire de l’Afrique noire. Un autre ouvrage plus hermétique est celui de monsieur Medewale-Kodjo jacob Agossou : Hegel et la philosophie africaine, Paris, Karthala, 2005. Il faut travailler avec des textes en vigueur, ayant élagué la question avant de la livrer avec émotion aux lecteurs. Prof doit, avant toute chose, nous produire :
    - un texte écrit par l’Allemand Hegel ;
    - un discours du président Nicolas Sarkozy ;
    - la caractéristique d’un discours raciste ;
    - argumenter la similitude entre ces trois discours.
    C’est léger de s’exprimer sur des questions aussi graves par une formule du type “il parait que”. C’est une opinion. Ce n’est pas penser. M’Boka Kiese.

  7. Indépendamment de ce débat, il vous faudra souffrir la discussion avec les non initiés, sauf si vous préférez un débat d’experts.

    De plus, l’existence de tous ces livres prouvent bien qu’il y’a malaise, car de “Platon était-il raciste?”, il n’en existe pas.

    De plus, partir forcément des oeuvres tierces n’est pas penser non plus, c’est reprendre la pensée de untel ou untel.
    Si “il parait” n’est pas penser, “Mme Bidja a dit” ou “Mr Dieng a dit” ou “Tavares a montré que” n’est pas penser non plus. C’est juste synthétiser la pensée d’autrui et la restituer.

  8. Le débat soulevé par Prof entre Hegel et l’Afrique, est un débat intéressant et très large, parce qu’il se déploie autour de deux problèmes: a) Rapport de Hegel à l’Afrique
    b) rapport de l’Afrique à la philosophie.
    Beaucoup de technitiens de la philosophie se sont penchés sur ce problème y compris moi-même. A mon sens, tous ces techniciens a l’acception de ceux cités par M. MBoka qui m’ont parus sérieux et objectifs, les autres ne se sont même pas posés cette question simple: peut-on être à la fois philosophe et raciste?. C’est cette question qui doit d’abord être débattue, si nous voulons cerner ce qu’on appelle ” philosophie” et de voir la contribution de Hegel à la philosophie. J’avais présenté l’ouvrage du curé béninois Mèdéwalé-Kodjo-Jacob Agossou, sur Hegel et l’Afrique, dans un article, publié dans la Revue, Paari, Vol.4. 2003-2004, qui m’a paru l’ouvrage le plus sérieux et le plus puissant de ce débat.

  9. Voici ce texte:

    Compte rendu de l’ouvrage : Hegel et la philosophie africaine
    Par
    Mèdéwalé-Kodjo-Jacob Agossou

    Voici un ouvrage sur Hegel, un de plus dira-t-on, par rapport à l’immense bibliographie que constituent les recherches sur le Philosophe du Concept. A la différence des autres écrits jusqu’ici connus, celui-ci suscite une attention particulière parce qu’il est écrit par un Africain et tente de montrer le lien qu’on peut établir entre philosophie africaine et philosophie hégélienne. En clair, l’ouvrage veut insister sur le fait suivant : en quoi la philosophie de Hegel, son Système peut-il éclairer l’Esprit africain pour lui permettre de l’aider à voir clair en lui-même ? L’ouvrage consiste donc à identifier l’effort hégélien dans son rapport qu’il peut entretenir avec la philosophie africaine.

    Agossou indique d’emblée qu’il ne s’agit pas dans son interrogation sur Hegel d’ouvrir une problématique quelconque. Ce qui l’anime c’est la dialectique. C’est la Méthode dialectique de Hegel que l’auteur s’efforce d’ouvrir, en essayant d’en pénétrer les moments et le sens qui anime le dépassement des contradictions chez
    Hegel, contradictions que Hegel a repérées comme étant celles de son époque, en les poussant vers la véritable conception de l’Esprit, la Vie de l’Esprit.

    Il faut dire d’emblée que l’époque de Hegel est une époque de crise, et ce qui s’empresse aussi de souligner Agoussou. En ce sens comme l’a bien souligné Gouliane, la philosophie de Hegel est une philosophie de crise qui s’efforce de dépasser la crise de son temps, cette crise est une crise de la « conscience de soi ».

    L’idée de départ ainsi identifiée, Agossou pose le parallèle entre l’époque de Hegel et la conscience africaine en indiquant comment s’est déployée cette crise dans toute l’Afrique ( esclaves de toutes sortes : arabes et occidentaux ; influences de toutes sortes : religions et politiques venues des autres ). Agossou indique aussi les éléments qui ont poussé à la crise surmontée par Hegel ( Terreur révolutionnaire, romantisme, critique de la raison par Kant qui a donné selon Hegel, un idéalisme curieux, qu’il nomme l’idéalisme subjectif, que nous pouvons identifier comme un idéalisme séparatif de l’entendement et qui s’oppose à l’idéalisme absolu ou spéculatif de Hegel).

    Partant de là, la problématique est posée. Il s’agit de suivre les contradictions de la conscience afin de les dépasser. En termes hégéliens, il s’agit d’ « exposer le mouvement réflexif de l’intériorité-extériorité de l’immédiat et du médiat ou la vie de l’esprit». Chez Hegel, ce mouvement qui s’assigne de dépasser les contradictions s’appelle la dialectique. C’est donc ce mouvement que tend à suivre Agossou dans son ouvrage. Autrement dit, il s’agit de repérer le projet hégélien dans son mouvement d’ensemble, c’est-à-dire faire l’examen du Système. C’est ce vers quoi s’achemine le discours de Jacob Agossou.

    D’entrée de jeu, Agossou écarte, pour son examen, ceci pour des raisons qui lui sont propres et qui peuvent susciter discussions, les oeuvres de jeunesse
    de Hegel, les oeuvres de maturité qui commencent à partir de 1801. La Différence entre les systèmes philosophiques de Fichte et de Schelling, Droit naturel, Foi et raison ( 1801-1803). Il écarte même les Vorlesungen über die Philosophie der Weltgeschichte, qu’il ne prend qu’en seconde main. Ce choix est le sien. Beaucoup de spécialistes de Hegel l’on fait avant lui, des esprits éminents comme Eric Weil mais aussi A. Leonard. Ils considèrent que Les Leçons professées par Hegel à Iéna, d’abord, à Berlin ensuite, ne sont pas de la main du maître lui-même. D’autres avec J. Hyppolite pensent au contraire, qu’il faut regarder les Leçons de plus près pour cerner le mouvement complet du Système et même s’il le faut, pour comprendre la philosophie de Hegel. Ce qui intéresse Agossou c’est de s’atteler plutôt aux oeuvres systématiques de Hegel, ce que certains appellent les « Quatre Grands Piliers » du Système : Phénoménologie de l’Esprit ( 1807); Science de la logique(1812-1816) ; Principes de la philosophie du droit (1821) ; Encyclopédie des Sciences philosophiques ( 1817-1827, 1830).

    Pour atteindre son objectif, Agossou ne ménage pas ses efforts. Il ne prend pas le parti de la facilité. Au contraire, cet homme aime la difficulté et évite la
    voie de la synthèse. Il pénètre sur le terrain difficile de Hegel autour de la question de l’Esprit, examine comment chez Hegel, l’Esprit s’incarne dans la
    philosophie dans les tous niveaux de la conscience, et comment cet Esprit dans son auto-mouvement affirme la philosophie comme Système. Sans oublier que ce qu’on appelle Système n’est pas autre chose que la réalisation du vrai. Le vrai est le tout, le Savoir absolu, c’est-à-dire « l’esprit qui se sait soi-même
    dans la figure de l’esprit, ou le savoir conceptuel ». Plus clairement : « Cet esprit, partout présent dans toute l’ouvre ( de Hegel ) surgi et apparu en première
    instance dans la forme de la conscience, s’est montré à la fois la raison et la raison d’être du système qu’il parcourt en son extension comme en sa
    compréhension ». Voilà l’itinéraire de la Science de Hegel que Jacob Agossou a parcouru.

    On arrive donc à la fin de l’ouvrage et on se demande quel rapport avec la philosophie africaine ? En tout cas, il n’y en a pas, parce que Jacob Agossou n’identifie pas la philosophie africaine pas plus qu’il ne nous éclaire sur la manière avec laquelle nous pouvons envisager ce rapport : Hegel et philosophie africaine. A y regarder de plus près, l’ouvrage aurait pu s’intituler Le Système hégélien au lieu du titre que l’auteur lui a donné. Il faut dire encore que cela n’est pas vraiment exact, parce que Agossou ne cherche pas uniquement à faire sortir l’esprit du système hégélien, mais plutôt à suivre la progression dans l’auto-réalisation de la chose. C’est cela qui explique même, qu’il n’y a pas proprement dit dans cet ouvrage aucune référence bibliographique africaine. Le titre du livre est-il donc abusif ? Non.
    Agossou a indiqué très clairement qu’il ne cherchait pas à donner sens ni à interpréter quoi que ce soit pour donner direction à quelque chose qui ne doit pas se prendre pour ce qu’elle n’est pas, et qui peut infirmer la réalité. Agossou laisse ce dessin à ses maîtres ( p. 62). Ce qui l’importe est de lire Hegel.
    Agossou veut seulement lire Hegel, il veut l’accompagner dans son expérience. Agossou veut expérimenter l’expérience de l’expérience du Concept, en partant de son point de départ jusqu’au bout de cette expérience. Les choses se passent comme si Agossou voulait réécrire La Logique. Cette expérience dans laquelle il s’identifie est nécessaire pour saisir ce qu’il tente de nous dire. Il voyage dans le corpus hégélien et déploie toutes les catégories hégéliennes qui donnent un peu le sentiment de lourdeur au discours, les redites le confirment ; toutes ces choses sont nécessaires parce qu’Agoussou a le souci de nous faire suivre le chemin parcouru par Hegel. Cette manière de procéder relève d’une pédagogie sûre et pragmatique, qui n’est pas autre chose que l’attention qu’il porte au discours pour ne pas en dénaturer le sens. Agossou est un penseur subtil qui inspire la nature même de Hegel, qui donne aux hommes une nourriture toujours difficile d’accès.
    Ce que Jacob Agoussou veut dire aux Africains, en essayant de poser avec pertinence la saisie du contenu du Système comme forme d’introduction rigoureuse et générale, c’est qu’ils doivent se tourner vers Hegel, mais pas vers un autre que lui, s’ils veulent un jour accéder à la philosophie. Hegel est l’avenir. Il n’y a pas de vrai penser que chez lui et lui seul peut les faire accéder au Vrai, lieu de la solution de la crise, lieu d’affirmation de soi à soi-même. C’est en s’appliquant à Hegel avec courage et fougue, qu’une philosophie africaine, claire peut surgir un jour, celle qui va nous permettre d’atteindre un Résultat ou le Vrai dans son élément propre.

    Pour Agossou il n’y a pas de doute là-dessus. Hegel n’est pas seulement celui qui lui enseigne la philosophie, il est aussi la Philosophie à lui tout seul. Hegel est l’incarnation de la philosophie, il est cette philosophie qui convient aux africains, cette philosophie nécessaire pour la réalisation de leur propre être : philosophie africaine et philosophie hégélienne dès lors peuvent devenir - le devenir comme résultat de la dialectique - identiques, c’est-à-dire avoir le même impact dans la conscience, si et seulement si les Africains eux-mêmes veulent en faire l’expérience. Agossou nous invite à cette expérience là. Son ouvrage apparaît dès lors comme une invitation à la philosophie.

    Pierre Nzonzi

  10. ERRATUM. Le texte Pierre NZONZI
    Lire:techniciens au lieu de technitiens;
    à ( l’ecception )l’au lieu de a.

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