Par Nino 15 décembre 2007 Commenter

Cinq questions à Bamba-di-Lelo (Docteur en Sciences politiques de l’UCL. La thèse qu’il a soutenue en 2003 sur « La démystification du Parti-Etat au Zaïre»  est disponible intégralement ici)

1. Quelle est, à votre avis, la responsabilité de l’intellectuel face à la crise de son pays, la République démocratique du Congo ?

En son temps, le philosophe allemand Emmanuel Kant a dit qu’ «un concept sans pratique est vide et (que) la pratique sans concept est aveugle». Sans trop faire de démonstration ni, encore moins, de théorie, il faut dire dès le départ que si la République démocratique du Congo ne fonctionne toujours pas rationnellement, c’est parce que l’homme congolais est lui-même, dans sa personnalité, un problème. La sémantique du mot intellectuel est perçue comme la marque d’autosatisfaction personnelle éprouvée par le détenteur d’un graduat, d’une licence, d’un doctorat, ou d’une accumulation de titres académiques divers. Par ce fait même, toutes les portes de l’emploi sont censées lui être ouvertes et, par suite, la pratique conséquente.

On s’apprête donc à la corruption, à la concussion et à toutes autres pratiques à peine imaginables pour disposer enfin des moyens financiers conséquents qui permettront de confirmer la nette différence entre le nouveau diplômé et celui dont le parcours scolaire ou académique est resté problématique. L’intellectuel parvenu s’intéresse donc plus à la jouissance, à la vie facile, aux femmes, à la boisson, à l’achat de véhicules d’ailleurs inadaptés à la circulation sur les routes, pour la plupart dégradées, des grandes villes du pays.

2. A quelle époque remonte cette situation ?

Cette situation tire ses origines de l’époque coloniale ! En effet, à cette époque, on distinguait déjà deux classes sociales au Congo Belge : celle des évolués, proches des Blancs, parce que lettrés, et d’autre part celle des «basenzi», imbéciles, parce que les individus faisant partie de cette classe étaient pour la plupart des illettrés. Cette dualité est demeurée jusqu’à nos jours et ne permet plus l’évolution constructive du pays. Se sont érigées au sein de la société congolaise, des barrières qui ne facilitent plus la compréhension des problèmes et leur évaluation.

3. Doit-on croire que les « basenzi » seraient vraiment des imbéciles ?

Non. Les « non-lettrés » n’étaient pas des imbéciles (basenzi) mais bien des personnes inspirées d’une espérance et d’une notion de liberté. En effet, c’est tout de même grâce à eux que le Congo a pu gagner son indépendance face à la Belgique. Celle-ci a été gagnée par suite de leur ténacité et comme fruit de leur imagination débordante. Il est évident pourtant que le problème ne se limite pas uniquement à cet aspect des choses. Nous sommes en droit de considérer que le pays est, actuellement, un enfant mort-né et nous savons, tous, qu’une certaine classe politique contrôle toute la situation en RD Congo.

4. Ne faites-vous pas confiance au gouvernement Gizenga II ?

Au vu de ce que la classe dirigeante réalise aujourd’hui, nous sommes convaincu, qu’en dépit de la crainte sans cesse présente d’une crise hypothétiquement aggravée, la population congolaise n’a rien à attendre du gouvernement Gizenga II, et de sa cohorte « d’intellectuels ». Car, le Premier ministre a eu presque une année pour mettre en place un panorama politique assurant pacification et subsistance à son peuple. Au lieu de construire maintenant un système, nous constatons avec amertume que la matière grise, autour de Kabila, s’emploie à élaborer des stratégies pour soutenir « l’homme Kabila » en dépit de la situation catastrophique du pays : budget national insuffisant, systèmes de santé et d’éducation délabrés et défaillants, grèves à répétition des enseignants et des fonctionnaires. Bref, une absence totale de vision pour l’avenir. Comment donc expliquer un tel décalage dans un pays regorgeant de capacités importantes ?

5. Qu’en concluez-vous ?

Dans notre Congo actuel, il faut faire la consternante conclusion que les études faites n’ont pas servi à repousser les limites de la connaissance, afin d’éclairer le comportement d’une société en voie de développement, mais bien pour confirmer la jouissance immédiate et le profit organisé d’un entourage de privilégiés qui a usurpé son pouvoir. L’appel que nous devons réitérer sans découragement s’adresse avant tout à nos compatriotes dont la condition sociale leur assure la sécurité de survie, comparable à celles dont bénéficient les peuples européens dans leur grande majorité.

Il s’agit d’éveiller chez eux le désir de mettre leur épanouissement personnel, matériel et affectif aussi bien qu’intellectuel et spirituel au profit de la construction d’une nation prospère et apte à faire vivre décemment toute sa population qui se bat, de jour en jour pour « gagner sa vie », contre la mort qui la menace déjà de trop près. Il s’agit, en somme, d’une « responsabilité civique » à assumer, tant par les hommes et femmes qui optent pour l’engagement à partir « de l’étranger » que par ceux et celles qui se donnent le courage d’agir « sur le terrain ».

Par Angelo Mobateli

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