Le Nigéria, cette mastodonte de 120 millions d’âmes, frontalière du Cameroun est un pays plutôt mal connu au Cameroun, la France ou les USA nous sont plus familiers que notre précieux et souvent dangereux voisin.
Nous devrions pourtant apprendre à mieux le connaître, car il y’a des opportunités dans ce pays, et l’économie camerounaise pourrait en tirer profit, en s’y prenant bien. Voici quelques informations sur le Nigéria qui permettent de le comprendre un peu mieux.
1- Le Nigéria et la corruption
Le nouveau président Umaru Yar’Adua a indiqué le 13 Décembre 2007 que le Nigéria adhèrerait à l’initiative STAR de la Banque Mondiale pour la récupération des biens public détournés.
L’initiative STAR a été lancée en septembre par la Banque mondiale en partenariat avec l’UNODC pour aider les pays en développement à retrouver les biens volés par les dirigeants corrompus et les investir dans des programmes de développement destinés aux populations.
2- Le Nigéria et les Télécoms
Les investissements dans les NTIC sont passé de 6 milliards de nairas (~23,3 milliards CFA) en 2003 à 180 milliards de nairas (~698 milliards CFA) en 2007, annonce faite en Décembre 2007 par le vice-président de la Commission nigériane des Communications (NCC), Ernest Ndukwe. Les investissements ont donc été multipliés par 30 en l’espace de 5 ans. C’est une prouesse, comme peu de pays africains l’ont fait.
Le pays a déjà tiré 242 milliards de nairas (~938,3 milliards CFA) de la vente de licence de son spectre de fréquences entre 2002 et 2007.
La télédensité est passée de 0,4% à 27% (cette télédensité est d’à peu près 20% au Cameroun. Je dis à peu près car l’ART du Cameroun ne publie pas des chiffres à jour sur son site web), et le pays compte un peu plus de 38 millions d’abonnés à la téléphonie mobile.
3- Le textile au Nigéria
Le Nigéria veut booster le secteur textile. Le gouvernement du Nigéria a mis en place un fonds de 50 milliards de naïras (~193,9 milliards CFA).
Le secteur qui employait près de 250.000 personnes en 1992 n’emploie plus que 60.000 personnes en 2007, soit plus de 4 fois moins de personne. Le gouvernement de Yar’Adua veut relancer ce secteur avec une stratégie vigoureuse.
Des entreprises camerounaises comme CICAM, déjà en proie à une conjoncture difficile, doivent s’attendre à des lendemains pires. Le textile nigérian et le textile chinois risquent d’avoir très vite raison du textile camerounais, si celui-ci ne se repositionne pas très rapidement sur un créneau plus porteur et non encore exploité (luxe, habillage industriel, ou d’autres à inventer).
4- La diplomatie du Nigéria
Le président Umaru Yar’Adua a demandé au sénat nigérian de valider l’annulation de la dette du Libéria pour un montant de 13 millions $ sur un montant total dû de 48 millions $. Ce qui représente un allègement de 27% de la dette du Libéria envers le Nigéria.
Le président nigérian écrivait notamment à son sénat:
« Le fardeau de la dette du Liberia constitue actuellement un obstacle au redressement économique de ce pays et à ses efforts de reconstruction, qui sont nécessaires pour une paix durable. (…)
Les arriérés dus aux institutions multilatérales empêchent le Liberia d’avoir accès à des prêts, mais aussi de tirer profit de l’allègement de sa dette dans le cadre de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE)« .
L’intégration régionale passe par la paix, et est dans l’intérêt de tous. Le Nigéria comprend que la perte à court terme de 13 millions $ va beaucoup plus à son pays sur le moyen terme et le long terme en terme de paix, de stabilité, mais aussi d’opportunités d’investissements du Libéria.
5- Le Nigéria et le pétrole
Le Nigéria veut augmenter sa production pétrolière d’ici 2010, la faisant passer de 2,5 millions de barils/jour à 4 millions de barils par jour. Le pays espère ainsi engranger 3,8 mille milliards de nairas (~1473 milliards CFA) sur son exercice fiscal 2008 (82% des revenus de 2008 de la fédération). Au Nigéria, l’heure est donc encore à la pétro-dépendance, mais pour le moment, le pays utilise judicieusement sa manne pétrolière pour relancer d’autres secteurs de son économie.
6- Le Nigéria et la bonne gouvernance
Les informations ci-dessus montrent bien que le pays emprunte la voie de la bonne gouvernance. Bien-sûr, ce n’est pas parfait, mais c’est encourageant.
La volonté gouvernementale est fournie spontanément à la société civile sans qu’il faille aller la chercher, et des chiffres précis sont fournis et publiés par la suite.
Diverses personnalités corrompues ont été jugées et condamnées, et les biens détournés ont été récupérés.
7- Le Nigéria et la « baba»
Si dans les années 90, les camerounais se moquaient de la « baba» (nom ‘affectueux‘ donné aux produits venant du Nigéria par similitude avec le président de l’époque Ibrahim Babangida) qui étaient des imitations de produits dits originaux provenant d’Occident, bon nombre d’entrepreneurs camerounais aujourd’hui rigolent moins. Balbutiante et imprécise à ses débuts, la production nigériane est désormais plus organisée et mieux structurée et mets à mal les économies de la région (textile, matériels informatiques, ciment, carburants, vêtements, outils agricoles, etc..) qui se sont sont spécialisées dans l’import-export, et jamais dans la transformation.
Aujourd’hui, au Nigéria:
- on assemble des voitures
- on assemble des ordinateurs et des périphériques informatiques (même si nos revendeurs continuent à aller les chercher à Dubaï)
- on fabrique des chaussures, des sacs
- on produit des médicaments
- on produit des accessoires de santé (seringues, perfusions, blouses, etc..)
- on invente des services financiers sur mobiles
Ce n’est certainement pas assez, mais c’est mieux que rien. Au rythme de somnolence du Cameroun, on risque de se réveiller, de fait, sous la coupe économique, du voisin nigérian. Et ce réveil pourrait être bien brutal.
PS: Les conversions monétaires ont été faites sur http://www.xe.com
