En votant sur l’insistance de la France, une résolution demandant aux membres de l’Onu de venir en aide au Tchad, en fait au régime en perdition de monsieur Idriss Déby, le Conseil de sécurité a ramené l’institution plusieurs décennies en arrière. Nous sommes en effet en présence d’un acte juridique très inquiétant, qui vient remettre à l’ordre du jour, les dysfonctionnements observés dans l’évolution des relations internationales depuis l’effondrement du mur de Berlin et la fin subséquente de la guerre froide.
Ce que vient de faire le Conseil de sécurité, rappelle si besoin est, que la nouvelle répartition des zones d’influence ne tient plus qu’à des intérêts marchands sans coloration idéologique. C’est la pensée unique qui place maintenant le contrôle des réserves des matières premières au centre des enjeux. L’unanimité observée lors du vote de cette résolution dangereuse, étonne et suscite le trouble dans les esprits des peuples encore sous l’oppression des dictatures obscurantistes.
Ce qui est en cause dans le dossier tchadien, c’est le jugement du reste du monde face à la résistance contre un régime anti-démocratique et anti-populaire installé par la force et maintenu par une puissance colonialiste. On comprend d’ailleurs mieux dorénavant, l’objectif caché dans l’empressement des Européens à envoyer des troupes sur les territoires tchadien et centrafricain. L’argument de la nécessité de protéger les populations des massacres et d’atténuer les dommages collatéraux de la guerre civile au Darfour, semble plus fallacieux que jamais. Le problème du Tchad, c’est la France et rien que la France ; une France incapable de tourner la page de la colonisation, et une France incapable d’exister sans ses fantoches placés à la tête de ses derniers comptoirs esclavagistes.
Deux choses au moins devraient retenir l’attention pour une analyse prospective et la projection des conséquences pour nous autre Africains.
La première c’est que si l’on s’en tient aux prescriptions strictes du Droit international classique, le Conseil de sécurité de l’Onu ne peut pas prendre une résolution qui, de toute apparence, procède de situations graves prévues au chapitre 7 de la charte relative au maintien de la paix et de la sécurité internationale, sans avoir auparavant apporté la preuve de l’existence d’une agression. L’agression telle qu’elle a été clairement définie par l’Assemblée générale, n’a rien de commun avec la situation en cours au Tchad.
Un régime imposé par la force est contesté par des mouvements nationaux qui lui reprochent la modification de la Constitution, l’absence d’élections transparentes et libres, le refus de toute alternance démocratique, et la suppression des libertés individuelles.
La deuxième chose, c’est que l’Onu qui a connu ses plus grands moments de gloire lors des luttes anti-colonialistes, se trouve aujourd’hui en train de voter une résolution qui va à l’encontre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et du principe sacré de l’autodétermination. Il convient de rappeler que le droit international classique considère comme légitime le recours aux armes y compris le recours aux mercenaires pour renverser un régime oppressif et impopulaire. Toute la doctrine de libération qui a conditionné la codification de nombreux préceptes du droit classique des relations diplomatiques, intègre justement comme un processus acceptable, l’orchestration continue jusqu’à la victoire finale, de la subversion à des fins d’indépendance.
Le Conseil de sécurité a donc voté une décision illégale au regard de la Charte et au regard du Droit international classique, dans l’intention de valider les ambitions françaises d’une confiscation prolongée de la souveraineté de sa colonie. Le fait que la France se soit placée aux avant-postes pour jouer les premiers rôles dans le déploiement des troupes européennes dans la région, participe de plans pour éviter l’effondrement annoncé, des régimes impopulaires qu’elle soutient à bout de bras en Afrique centrale. En réalité à travers le Tchad, c’est la chute des pouvoirs fragiles du Gabon, de la Centrafrique, du Cameroun et même du Congo qui préoccupe. La France tremble et ne dort plus devant la montée du danger dans les rues.
Lorsque l’on entend le ministre français des Affaires étrangères soutenir que le régime de monsieur Idriss Déby a été élu démocratiquement, l’on réalise la hauteur de l’hypocrisie, de l’injure et de la malhonnêteté d’un individu qui n’a cessé de se présenter comme un grand humaniste. Il devient dès lors difficile de ne pas s’interroger sur la véritable nature du régime de monsieur Sarkozy dont les premiers actes diplomatiques concernant l’Afrique, prouvent qu’il est sans doute encore pire que Chirac et compagnies. Que monsieur Déby soit présenté comme le dirigeant que le peuple africain du Tchad s’est donné, devrait nous instruire d’avantage sur ce que veulent, pour nous, ces prédateurs occidentaux (…)
En réalité la France veut parler aux Camerounais, aux Gabonais et aux Congolais, à tous ceux qui seraient tentés de renverser par la force, les potentats à sa solde qui ont tous pris des dispositions pour s’éterniser au pouvoir, et au besoin pour se faire succéder par leurs progénitures ou leurs épouses. C’est ici que transparaît la nature de la présidence Sarkozy, faite de faux calculs, de mauvaise lecture de la géopolitique africaine, et d’une grossière ignorance des exigences de notre époque. Nulle part en Afrique, les troupes françaises ne pourraient se mettre en exergue comme en 1950 ou même en 1970, sans rencontrer des résistances déterminées. Les temps ont changé et la France doit en prendre définitivement acte sous peine de subir tôt ou tard une humiliation semblable à Dien Bien Phu en Indochine.
Paris a cru recourir à la couverture du Conseil de sécurité de l’Onu, pour perpétuer sa politique d’impérialisme et de colonialisme outrancier, mais ce que préparent les jeunes Africains sur le terrain, est en mesure de faire sauter tous les verrous, et de faire démentir tous les calculs diplomatiques du nouveau monde unipolaire et marchand.
La résolution du Conseil de sécurité vient seulement conforter une guerre que Paris menait déjà (…) En tout état de cause, ce n’est pas tant cette ingérence militaire française qui choque, c’est la manipulation de l’Onu et le retour qui en découle, de l’idéologie impérialo-colonialiste dans la gestion des guerres.
Le 07-02-2008

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