La réincarnation des autocraties totalitaires à l’Union Africaine
Une évaluation du dernier sommet de l’Union Africaine (31 janvier - 02 Février 2008) permet d’avoir une idée sur le rôle et l’influence de l’Afrique dans le concert diplomatique planétaire.
De prime abord, de nombreuses incohérences à l’instar du départ précipité de Kadhafi, sont suffisantes pour conclure à la défaillance de l’institution. Pourtant, ce qu’il ya de mieux à faire, c’est d’expliquer, de comprendre, de servir pour l’information du plus grand nombre d’africains inquiets, une grille de lecture susceptible de fixer au moins les causes, avant les conséquences supposées.
En effet, s’il fallait encore une preuve du plongeon du Continent dans d’interminables turpitudes hautement préjudiciables pour sa dignité, son honorabilité et le respect des générations futures, ce sommet arrive comme une ultime démonstration.
L’Organisation de l’Unité Africaine OUA a été remplacée par l’Union Africaine, dans le but de disposer d’une institution plus efficace sur les plans conceptuel et fonctionnel, capable de favoriser l’intégration du Continent à brève échéance et sa respectabilité internationale. Les Chefs d’Etat dont plusieurs n’ont en réalité d’africains que la couleur de leur peau ou l’origine de leur certificat de naissance, entendaient, en essayant de plagier l’Union Européenne, construire une solide maison commune, une machine de représentation et de présentation des intérêts globaux de notre espace géopolitique.
La confusion des débuts qui n’a jamais pris fin entre les partisans des Etats-Unis d’Afrique d’une part, et les partisans de l’autre version soft, aboutit aujourd’hui à une grave déroute, pour ne pas dire à un trou noir. Certains en sont à souhaiter une monnaie, d’autres un gouvernement ou une armée, mais tous sans conviction, ni prédispositions internes, et encore moins les indispensables soutiens populaires. Réalise-t-on de telles ambitions avec des potentats, des dictatures corrompues et obscurantistes, des jouisseurs, des pères de famille irresponsables et des traîtres ?
Le constat aujourd’hui est tout simplement pathétique. L’Afrique n’a rien bénéficié de la fin de la guerre froide qui ailleurs, a libéré les énergies et accéléré le développement. Les doctrines nationalistes progressistes ont été étouffées par des assemblées des rois fainéants, professant une fausse idéologie d’apaisement politique qui n’a servit qu’à priver les élites technocratiques d’accéder aux leviers de décision.
Ce qui est finalement la vraie nature de l’Union Africaine, c’est une institution conservatrice qui a validé les modifications constitutionnelles illégitimes et les tricheries électorales, laissant triompher les dictatures et écraser les peuples. Nous sommes obligés de constater le retour des pouvoirs totalitaires qui triomphent partout et plombent toutes les promesses de changement. La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples qui fut adoptée à grandes pompes par l’OUA, est aujourd’hui tombée dans les oubliettes, au moment où en Amérique Latine, la Cour inter américaine des Droits de l’Homme, vient de condamner le Gouvernement mexicain pour son refus des candidatures indépendantes.
L’Union Africaine est en total recul par rapport aux avancées réalisées sous l’Organisation de l’Unité Africaine. Lorsqu’en effet s’effectue le passage de témoin , un certain nombre d’acquis théoriques sont perceptibles sur le continent et influencent déjà la conduite des Etats. Ce n’est pas sous l’UA, mais sous l’OUA, que les coups d’Etat sont déclarés proscrits. Par ailleurs, les conditions dans lesquelles se déroulent les discussions pour le choix du tout premier Président de la Commission de l’Union Africaine, ne laissent aucun doute sur l’équilibre des forces sur la scène diplomatique continentale. Tout le monde se souvient comment et pourquoi l’ancien Président malien Alpha Oumar Konaré fut préféré à Amara Essy, ancien Ministre des Affaires Etrangères de Côte d’Ivoire, dernier Secrétaire Général de l’OUA, et Président intérimaire de la Commission. Les progressistes avaient le vent en poupe.
Le dernier sommet marque une rupture, avec le retour à une politique de trahison des intérêts de l’Afrique sous la prépondérance des conservateurs dictatoriaux. Les traîtres qui avaient perdu de la voix et s’étaient refugiés dans une sorte de honte, reviennent en force pour dicter un révisionnisme idéologique dont le corollaire logique est la soumission implicite aux maîtres de l’Occident. La grande dynamique constituée par Abdoulaye Wade, Tabo Mbéki et Olusegun Obasanjo autour du NEPAD a disparu en un laps de temps, pour laisser la place aux machinations de crapules dont Libreville est devenue un des centres de gravité. Pendant ce temps, le prince chroniquement absentéiste de Yaoundé, n’existe tout simplement plus, et sa chaise plus que jamais vide, fait le jeu ouvert du camp conservateur. Quelle autre trahison, pour un pays dont la diplomatie fut jadis qualifiée de sage, d’équilibriste et de pacificatrice.
En fait, l’échec de certains dirigeants à l’instar de Wade, initialement annoncés à tort comme des chevaux de relance d’une idéologie progressiste en Afrique, a ruiné pour longtemps, les chances de revoir le Continent triompher sur la scène mondiale et mériter le genre de respectabilité que les Boumediene, Nyerere, Kaunda et autres surent imposer. C’est bien dommage pour le continent, que le grand âge de Mandela et son état de santé chancelant, l’aient contraint à quitter si vite la scène.
Le Continent se présente aujourd’hui sous un jour de défaite, de désordre, et même de désespoir diplomatique. Le choix du Ministre gabonais des Affaires Etrangères pour présider la Commission de l’Union Africaine, en est le signe le plus patent. Entre le nouveau venu et son prédécesseur, il y a un fossé idéologique et doctrinal qui correspond en réalité aux choix des perspectives, lesquels ont toujours été et demeurent un enjeu majeur pour le destin du continent. Il est possible et certainement raisonnable maintenant de conclure à la victoire des partisans de la vassalisation de l’Afrique, face à l’inexistence de leaders forts et charismatiques capables de conduire une Afrique militante, nationaliste et résistante.
Omar Bongo et une poignée de Chefs d’Etat lourdement corrompus sont en train de prendre leur revanche sur l’histoire. Il n’y a pas meilleure lecture des nouvelles articulations géostratégiques continentales, après les montages louches et humiliants survenus au dernier sommet de L’UA. Les totalitaires d’hier, convaincus de complicité avec les puissances coloniales pour casser les mouvements de libération du continent, ont entièrement repris l’initiative et sont en mesure de livrer les africains sur un plateau à n’importe quelle puissance dans le concert diplomatique.
Longtemps avant ce sommet, notre analyse, rejointe par celle de nombreux autres spécialistes crédibles, aboutissaient à la conclusion selon laquelle, la présidence de la Commission devait impérativement revenir à un candidat venu d’Afrique Australe, pour donner au continent les chances d’une plus grande influence, et lui permettre de refonder une véritable idéologie d’indépendance et de dignité. La pire des choses annoncions nous de façon anticipée, serait l’issue connue aujourd’hui. Hélas, le constat est amer, sinon cruel. Les Kibakis et les Déby vont prospérer librement, sans condamnation aucune, et ainsi vont continuer sous les yeux impuissants ou complaisants de l’Union Africaine, ce qu’il est convenu d’appeler massacres ou génocides.
Comment dans ces conditions imaginer autrement que comme la continuité du bras des colonialistes, un Président de la Commission attaché comme un mouton à l’un des plus serviles Présidents du colonialisme et de l’impérialisme international ?
La situation diplomatique de cette organisation est plus qu’inquiétante, et son rôle politique à l’échelle du continent est proprement troublant. En lieu et place d’une institution qui servirait d’outil pour édicter des normes et des valeurs pour la bonne gouvernance et le progrès des peuples, nous sommes dorénavant en présence d’une machine qui sert les autocrates impopulaires, cristallisent les fraudes électorales, et légitime les pratiques anti démocratiques.
Face à cette condamnation à l’enfer, les peuples africains ont sans aucun doute, besoin de réinventer une idéologie de libération et du combat, une autre capacité de révolte, une autre étape de résistance, un autre âge de la subversion intellectuelle et politique./.

Comment par Theo le 15 février 2008:
Bien dit Tonme.
Pour rebondir sur la fin de votre argumentaire, et en très court, je dirai que le plan directeur du développement social (déportation à travers les documents télévisuels), économiques (aujourd’hui les APE et leurs prédécesseurs), et politiques (nos constitutions sont des héritages coloniaux), oui, ce plan directeur a toujours été défini outre atlantique (et méditerranée). J’en suis réduit à trembler devant le spectacle de ce qui nous arrive, sans personne pour sonner de la trompette et avertir notre jeune génération sur les bases de la globalisation qui se précisent aujourd’hui, au nez et à la barbe des africains.
Les questions cruciales sont: Qui défini la politique de développement de l’Afrique ? (c’est ici que la nomination Ministre gabonais des Affaires étrangères est un signal très fort). Nous et nos enfant hériterons d’une Afrique définie par l’Occident, l’Orient, ou par nous même ? Avons nous la maitrise des outils de conscientisation (routes transfrontalières, douanes, télé, radio, Internet, etc…)?
Je me suis permis de laisser ouvert la réflexion…