La doctrine américaine de stabilité globale
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Le jeudi 21 février 2008, le général WILLIAM E Ward, un des officiers supérieurs les plus prestigieux et les plus gradés de l’armée américaine, et surtout Commandant de AFRICOM, le Commandement américain en Afrique, est reçu par Monsieur Paul Biya, président de la République du Cameroun en fin d’après midi.
Un peu plus tard, à 20 heures, devant un parterre de personnalités de la société civile, du corps diplomatique, de la politique et du gouvernement réunis à la résidence de l’Ambassadeur des Etats-Unis à Yaoundé, le Général, dans un exercice de démonstration très convaincant digne des cours de géostratégie des académies militaires, déclare: l’objectif des Etats-Unis en créant AFRICCOM, est de promouvoir une stabilité globale des pays africains, en prenant en considération leurs besoins de sécurité et de coexistence pacifique avec leurs voisins, mais également en tenant compte des orientations de la politique étrangère américaine dont le Département d’Etat est le Maître d’œuvre sous la responsabilité du Président des Etats-Unis, et dont l’Ambassadeur ici présente, assure concrètement l’exécution sur le terrain.
Quatre jours plus tard, le 25 Février, alors que le Général américain a quitté le Cameroun pour continuer son périple dans un autre pays africain, les camerounais descendent en masse dans la rue, selon un mouvement contestataire spontané digne d’une irruption volcanique. Des pancartes apparaissent dans plusieurs grandes métropoles du pays pour contester le régime. La capitale n’est pas épargnée, et on peut lire dans les rues de Yaoundé, des affiches réclamant le départ du Président. Le mouvement est tellement profond et tellement radical, qu’il apparaît clair pour tous les analystes, qu’il ne s’agit pas seulement d’une banale grève des transporteurs contre le renchérissement du carburant. La jeunesse dénonce violemment la dictature et la faillite du régime. Leurs parents suivent en arrêtant toutes les activités et le pays tout entier est paralysé. C’est comme le présentera la presse locale, une intifada où l’on retrouve des enfants de six ans armés de gourdins et de toutes sortes de projectiles. Cers jeunes se battent pour eux-mêmes contre des forces de l’ordre débordées, surprises, hors sujets, et perdues. Contrairement à ce qu’affirmera le Président de la république après deux jours de mise à nue de son régime, les enfants ne sont manipulés par personne.
Voici donc planté l’équation la plus troublante de la politique étrangère des Etats-Unis aujourd’hui. Nous sommes, sans aucun doute, en train de revivre, mais cette fois pour l’Afrique, la prédilection de Henry Kissinger qui dans un discours programme au National Press club de Washington en 1973 publié dans la revue Dialogue, déclarait : Le plus grand défi qui se présentera à la politique étrangères des Etats Unis dans les années à venir, sera de nature philosophique. Il s’agira pour elle, de comprendre des peuples qui se lèveront et se soulèveront. Ces peuples qui pendant longtemps auront considéré la domination et l’oppression comme une malédiction divine, se lèveront et marcheront tout droit pour leur liberté.
Cette citation, sans être mot pour mot ce qui fut dit, traduit intégralement la substance de la pensée d’un des énigmatiques et des plus puissants diplomates du précédant millénaire, et cadre toujours avec les préoccupations d’aujourd’hui. Il faut dire qu’entre temps, la révolution des mollahs en Iran est passée par là , la fin de la guerre froide, la libération totale des colonies portugaises d’Afrique Australe, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, l’indépendance du Timor oriental, l’effondrement des dictatures latino américaines et des Républiques bananières d’Amérique Centrale et des Caraïbes.
La doctrine américaine de stabilité globale, bien que prenant en compte un certain nombre de paramètres permanents dans l’expression de la politique étrangère des Etats-Unis, doit inévitablement faire face au dilemme que constitue la coopération sécuritaire avec des pays dirigés par des régimes autocratiques.
Le danger du dogme de la sécurité
En réalité, les données de la compétition et de l’expansion entre les grandes puissances ont changé à deux reprises : une première fois avec l’effondrement du mur de Berlin et la destruction subséquente des blocs idéologique ( 1988 ), et une deuxième fois avec l’apparition du terrorisme comme vecteur important dans la planification de la conduite internationales des Etats ( 2001 ).
Les Etats-Unis n’avaient pas jusqu’au milieu des années 1970, une véritable politique africaine. Il faut remonter aux circonstances de l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo en 1960, et à la guerre d’indépendance de l’Angola dans le milieu des années 1970, pour leur attribuer un rôle sur le continent. En fait durant toute la longue période de la guerre froide, Washington avait plus à cœur de contenir le communisme selon la doctrine du containment définie par le Président Harry TRUMAN en 1947 dans son célèbre discours au Fulton college à Mobil dans l’Etat de l’Alabama, que de concevoir et d’appliquer des stratégies consistantes de grande envergure pour une implantation en Afrique. C’est Jimmy Carter qui amorcera une politique de rapprochement et d’intérêt réel pour un continent qui ne compte ni pour Coca Cola, ni pour Boeing, ni pour EXXON. Ce sera une fumée sans feu, parce que au-delà d’un certain idéalisme, rien de consistant ne soutiendra cette démarche faite de simple pitié et de flatterie de la communauté afro américaine. Ronald Reagan y mettra fin, avant que Clinton ne relance, mais très timidement, la démarche.
Les organisations terroristes en globalisant la menace contre les objectifs économiques et diplomatiques planétaires des grandes puissances, ont contraint les Etats-Unis à repenser la place de l’Afrique dans leurs projections géostratégiques, et à prendre les dispositions conséquentes pour se faire entendre. AFRICOM se situe dans cette trajectoire, mais alors, comment la grande Amérique pourra-t-elle combattre Al-Qaïda avec le concours de régimes corrompus et anti démocratiques, sans compromettre ses promesses permanentes de promotion de la démocratie à l’échelle de tous les peuples et de toutes les nations ?
Le dogme de la sécurité présenté comme un facteur dans la lutte contre le terrorisme, favorise le maintien et le renforcement implicite des régimes sales qui oppressent leurs peuples. La question se pose donc de savoir, s’il est normal pour les Etats-Unis, de laisser tomber les idéaux de liberté, pour se prostituer avec des Etats voyous ? Il faut rappeler que c’est au nom de ce principe, que des régimes dictatoriaux comme celui de Mobutu, ont perduré avec le soutien complice de l’Occident. La sécurité des régimes sales se confond ainsi souvent, regrettablement, avec la protection des dictateurs. Dans ce cas, si les Etats-Unis arrivent pour confier leurs soucis de sécurité régionale à des Etats où les citoyens ne participent pas librement et pleinement au choix de leurs dirigeants, ils construisent une stratégie sur du sable mouvant. En fait, ils investissent dans le vide et prennent au contraire des risques énormes incompatibles avec une planification et une analyse géopolitique efficiente à long terme.
Contestation de la stabilité anti démocratique
De façon consistante, tous les ambassadeurs des Etats-Unis en Afrique, mènent des actions très visibles en faveur de la démocratie et de la liberté d’expression. Cet activisme qui fait une large place au soutien de la société civile à travers de nombreux programmes d’information, de sensibilisation et d’échanges divers, est devenu un vrai caillou dans la chaussure des régimes totalitaires sur le continent. Cela veut dire clairement, que la politique américaine dans ses fondements et ses principes doctrinaux, n’admet pas des situations conservatrices non-conformes aux exigences d’Etat démocratique moderne.
En prenant pieds au Cameroun, en procédant à la formation des éléments d’une armée que l’on a vu se déployer dans les rues pour tirer sur des enfants aux mains nues, l’Amérique ne va-telle pas se trouver dans une impasse compte tenu du formidable travail abattu par ses ambassadeurs par ailleurs? Le fait que le Président des Etats-Unis n’ait pas mis le Cameroun dans la liste des pays qu’il a visité lors de son dernier voyage sur le continent qui a eu lieu presque au même moment que la tournée du Général William Ward, traduit le rejet du régime de Paul Biya et marque la désapprobation de son système de gouvernance décrié comme anti démocratique et totalitaire.
Or, alors que tous les médias étrangers, tendent à présenter le Cameroun comme un pays stable, toutes les analyses sérieuses, montrent que le pays est une poudrière qui peut exploser du jour au lendemain. Les citoyens africains qui vivent sous le joug de ces régimes oppressifs, ont donc du mal à comprendre que le critère de la stabilité soit avancé comme un référentiel diplomatique positif dans de nombreux cas. La misère, la pauvreté, la mauvaise gouvernance et la dictature sont des fléaux constitutifs de crime contre l’humanité, des sources de génocide contraires aux valeurs humaines de justice, d’équité, de solidarité et de bien être. Tous les régimes qui sont responsables des ces fléaux doivent être combattus par tous les hommes de bonne volonté, et leurs dirigeants sont de bons clients pour la Cour Pénale Internationale.
C’est d’ailleurs une terrible ironie, de constater que les citoyens camerounais et burkinabés, sont descendus dans la rue pour exprimer leur rejet des régimes de BIYA et de COMPAORE, avant que le Commandant de AFRICOM n’achève son périple sur le continent. Or il ; s’agit de deux régimes régulièrement qualifiés de stables.
Les peuples ne pouvaient pas délivrer meilleur message de contestation de ce critère de stabilité que sous cette forme, avec des morts, des pancartes demandant la démission des princes, et des revendications de la démocratie.
En réalité, la stabilité entendue comme un statut quo, est contraire aux intérêts des peuples oppressés qui désirent une forme de déstabilisation seule susceptible de redessiner un système plus juste et démocratique. C’est pourquoi, les guerres civiles et les coup-d’Etat sont souhaités ou tolérés en guise de voies et moyens pour mettre fin à des régimes de dictateurs qui manipulent la constitution pour s’éterniser au pouvoir. La stabilité est donc inacceptable d’un point de vue populaire et ne peut être recommandée que dès lors que la démocratie et un régime responsable ont été installés à la suite de consultations électorales libres et transparentes.
Il est d’ailleurs concevable et raisonnable, de penser que les Etats instables et anti démocratiques, sont les principaux courroies de transmission des organisations terroristes, parce qu’ils ne jouissent pas de la confiance des citoyens, et sont par conséquent exposés à toutes sortes de pénétrations et d’influences négatives comme les sectes. Pour mieux combattre le terrorisme, les Etats-Unis ont donc intérêt à détruire d’abord les régimes dictatoriaux existants, pour bâtir une coopération sur des bases solides avec de nouveaux Etats démocratiques.
La recommandation est d’autant plus importante, que le contexte qui va se présenter en Afrique avec la perte de l’influence française dans les dix prochaines années, sera propice à l’émergence de nouvelles idéologies novatrices de gouvernance, de même qu’à la compétition entre plusieurs petits ou sous impérialismes conduits par les puissances émergeantes d’Asie, d’Amérique latine, et du Sous continent indien. La société civile africaine est de plus en plus exigeante sur les termes de référence de la coopération et le contenu des relations de coopération comme l’on vient de se rendre compte avec la levée de bouclier contre les nouveaux accords de partenariat économique proposés par l’Union Européenne. Il n’y a aucun doute que de son libre arbitrage, dépendra l’adhésion des Etats aux nouvelles influences, et par conséquent à toutes les stratégies projetées sur le continent, y compris celles concentrées sur la lutte contre le terrorisme.
En fait, c’est dès maintenant qu’il faut faire le choix de prendre en considération les revendications de cette société civile, au risque de déplaire aux régimes autocratiques en place et même d’entrer en conflit ouvert avec eux. C’est cette vision que Henry Kissinger commençait à promouvoir dans son fameux discours de 1973 au national press club. De ce point de vue, et au regard de la conduite de ses ambassadeurs, les Etats-Unis sont les mieux placés pour capitaliser les faveurs de la société civile. Washington doit sans tarder, montrer ses muscles en Afrique comme il l’a fait dans d’autres parties du monde jusqu’ici. Les visites de quelques navires de guerre par intermittence dans les ports africains ne suffisent pas. Il faut apporter des moyens lourds, du matériel et beaucoup de dollars.
L’Afrique demeure un champ vierge, et tant mieux si les terroristes l’ont compris plus vite, et amené les Etats-Unis à se réveiller. Washington doit faire vite avant même que la Chine n’utilise son immense réserve de devises pour enfermer le continent dans un autre impérialisme plus sournois. Le général Ward doit pouvoir délivrer ce message à ses patrons du Conseil National de Sécurité à la Maison Blanche.
Bases américaines contre influence française ?
La question des bases américaines en Afrique prend une triple signification dans ce sens. D’un point de vue de l’analyse de l’équilibre stratégique, les africains attendent aujourd’hui de voir se diluer l’influence française au besoin par tous les moyens. L’on pense ici que seule l’Amérique est en mesure de briser tranquillement et franchement, la domination pernicieuse française. La théorie du pire a gagné les esprits surtout après les dernières actions françaises pour soutenir le régime totalitaire d’Idriss Deby au Tchad. Les africains ne seraient même plus gênés de voir les chinois implanter à leur tour des bases militaires, simplement par répulsion de l’influence française. Deuxièmement, la perspective d’une coopération plus poussée et plus importante avec les Etats-Unis, transcende toutes les appréhensions et est vécue comme une voie de salut plus dynamique et moins oppressante. Troisièmement enfin, l’Amérique est perçue comme étant plus disposée à une coopération innovante, enrichissante, et développante fondée sur une valorisation effective des compétences et du mérite.
Il faut noter, dans cet esprit, que les Etats Unis sont déjà la première préférence des jeunes africains en quête de formation à l’étranger. Ceux ci estiment à tort ou à raison, que le système français porte les germes du racisme, de l’obscurantisme et du totalitarisme.
Lorsque le Général américain annonce que pour l’instant AFRICOM n’envisage pas de bases militaires sur le continent, il ne va pas dans le sens des souhaits de la majorité des africains qui militent vivement pour le contraire. Dans cette situation, la réserve des Etats africains n’est pas une surprise, car ils sont pour plupart encore chroniquement dépendants des anciens maîtres coloniaux qui les gèrent comme des esclaves. Il est établi, que les pays à l’instar du Cameroun, le Gabon, le Sénégal, le Togo et consorts, sont en réalité des demi Etats, des parodies d’Etats, des Etats aux souverainetés imparfaites, pour reprendre un concept populaire du droit international progressiste.
Certes, la présence des navires de guerre américains dans les ports africains est une démonstration de muscles de volonté salutaire de la première puissance économique et diplomatique du monde. C’est un message clair de mise en garde à tous ceux qui seraient tentés de faire de l’Afrique, un autre terrain de conquête terroriste. Mais il reste que pour les militants des droits de l’Homme et de la démocratie, autant que pour les régimes dictatoriaux, il ne peut être question de double langage. Une clarification s’impose donc. La balance doit objectivement pencher d’un côté.
Il faut sans doute garder l’espoir d’une sage exploitation de cette présence même passagère, pour renforcer les organisations et les promoteurs de la démocratie. La seule conscience de l’existence d’un commandement consacré à l’Afrique est certainement salut psychologiquement réconfortant. Savoir aujourd’hui qu’à Washington, les stratèges considèrent l’Afrique comme un espace de travail et de planification diplomatique, est suffisant pour fragiliser les dictatures. Il ne s’agit pas de compter sur les navires américains ou sur les muscles de AFRICOM pour orchestrer des coup d’Etat, il s’agit de les utiliser comme appuis, outils, instruments, et alliés, dans les luttes démocratiques, sans les mêler ouvertement et directement.
La lutte contre le terrorisme a ce ci de bien, qu’elle coalise de larges forces qui vont au-delà des lignes idéologiques et économiques éventuelles, tout en obligeant les Etats-Unis, à investir effectivement de grands moyens matériels, financiers et humains. Ce qui ne va pas, c’est la polarisation vers les corps institutionnels, et l’obligation de jouer avec des dictateurs qui en profitent pour se donner un crédit. Les Etats-Unis sont obligés de travailler avec tout régime qui s’installerait en Mauritanie, en Algérie, en Tunisie ou au Sénégal. C’est la condition pour contenir Al Qaida qui sème la terreur dans cette région, profitant de la présence d’une forte implantation de l’Islam. Par contre pour l’Afrique centrale, cette obligation ne devrait pas avoir la même signification, compte tenu de ce que les musulmans y sont très minoritaires.
Compter avec la société civile
En fait le problème auquel sont confrontés les Etats-Unis, c’est la validation et l’appropriation des revendications populaires de liberté et de démocratie, dans un contexte où ils sont contraints de solliciter le concours des dictatures indésirables aux fins d’harmonisation et de mise en œuvre des stratégies de luttes contre les réseaux terroristes. Dans cette optique, la présence d’Al Qaida dans les régions du Sahel et du Maghreb, complexifie la tâche et jette le trouble dans toutes les projections stratégiques.
Les Etats-Unis ne supportent pas du tout le régime de monsieur Biya, mais comment engager une stratégie globale avec succès sur dans le Golfe de Guinée, sans travailler avec les potentats de Libreville, de Malabo, et autres signes de la forêt équatoriale ?
Les Etats-Unis sont confrontés ici, à un dilemme qu’ils ont connu dans les années 1980 en Amérique Latine, et qui a profondément rendu illisible à l’époque les orientations et les objectifs de leur politique étrangère. Ronald Reagan et ses stratèges Kirpatrick et Zbiniew Brezinski avait tenté de trouver une parade en faisant la distinction entre les régimes dictatoriaux et les régimes autocratiques.
Il demeure que les enfants de la rue et les écoliers qui de Yaoundé à Douala en passant par Ouagadougou et Bobo Dioulassou, exigent le départ de leur président, comptent sur les Etats-Unis comme un allié naturel, et ne s’attendent pas à voir un Général américain leur dire qu’il est obligé d’embrasser ces gouvernants contestés, parce que leur collaboration est indispensable pour lutter contre le terrorisme. Pour ces enfants aux mains nues, les présidents africains sont encore plus dangereux que Ben Laden.
Voilà en fait, à quoi il faut s’attendre, dans un contexte où des dictateurs pas du tout pressés de quitter le pouvoir, jouent à prendre en otage les partenaires internationaux de la démocratie, et à se faire indispensables dans toutes les stratégies de sécurisation des intérêts des grandes puissances. Le point de confrontation et de rupture deviendra donc inévitable, dès lors que par le nombre et l’ampleur de la colère, les peuples africains imposeront aux grandes puissances, de nouveaux dirigeants fabriqués dans le sang, les larmes, et des tas de cadavres.
En effet il est de plus en plus évident, que rien ne pourra empêcher les nouvelles révolutions violentes sur le continent. Et si les Etats-Unis arrivent en préparation d’une exploitation de cette éventualité inéluctable, il faut croire que leurs stratèges ont eu du génie. Le Commandant de AFRICOM devant ses auditeurs camerounais, a insisté sur une action permanente qui entend prendre en considération les besoins locaux exprimés par les dirigeants. Ce qu’il faut entendre d’avantage, c’est que les besoins locaux seront interprétés et analysés selon les propres considérations doctrinales et les termes de référence de Washington. C’est cette deuxième disposition de la démarche américaine, qui pourrait fonder les espoirs des peuples africains à long terme, et permettre d’entrevoir l’accélération des renversements des régimes anti démocratiques.
L’Afrique est à la veille d’un vaste mouvement de remise en cause identique à celui connu par l’Amérique latine dans le milieu des années 1980, lequel avait complètement et définitivement éradiqué les dictatures. Les Etats-Unis ont donc compris qu’il faut être sur place ou plus près, pour accompagner, encourager, et pourquoi ne pas gérer les implications. Welcome to AFRICOM.
Si l’Europe n’a eu qu’une histoire trouble avec le continent, soutenant les régimes pourris et maintenant les peuples africains sous l’oppression et le commandement des anciennes puissances coloniales et esclavagistes, les nouvelles ingérences, les nouvelles interférences, et les nouvelles présences, seront peut-être plus prometteuses.
Cela dit, nous n’entendons pas signer un chèque en blanc à l’Amérique, encore moins à la Chine, l’autre grande puissance qui se manifeste avec un appétit débordant pour les matières premières. Nous voulons observer, entendre, essayer, voir, et fréquenter d’autres influences, d’autres cultures, même d’autres impérialismes, dans le respect mutuel et avec nos exigences authentiques./.
SHANDA TONME 5 Mars 2008
