Chers Représentants,
Pour un Président de la République, ce n’est pas seulement dangereux de jouer avec une Constitution. C’est criminel. Changer l’article 6.2 de la Constitution du Cameroun qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels est de ces crimes dont sans doute notre pays payera lourdement le prix dans le futur.
Pas seulement nos compatriotes qui déjà en 1990 de leur sang avaient écrit les articles qui légifèrent notre actuelle République ; c’est avant tout la barbarie dont nous protège une Constitution et les institutions qu’elle comporte qui conseillent la retenue. C’est la paix civile dont le respect des textes de notre pays fonde le principe sacré qui vous interpelle !
Le Président de la République du Cameroun a décidé d’utiliser la majorité de fait que vous députés du RDPC lui donnez à l’Assemblée nationale, pour piétiner la Constitution de notre pays. Et déjà il utilise les armes de la police pour assassiner ceux des Camerounais qui osent ouvertement s’opposer à son projet. Même s’il a fait mention de l’appel de ‘toutes les provinces favorables à une révision qui lui parviennent’, nous savons qu’il a décidé de lire votre voix seule comme étant l’expression du peuple Camerounais.
Nous savons qu’il a décidé d’utiliser la peur du futur que sa gestion des richesses de notre pays a insufflé à certains d’entre vous, pour s’imposer comme étant la seule alternative possible pour le Cameroun en 2011.
Pour une fois, faites preuve de courage et de grandeur ; ne prêtez pas votre voix à l’infamie ! Notre futur est précieux; ne le bradez pas pour un seul homme! Mais surtout, ne jouez pas avec le feu ! La révolte populaire est déjà évidente. Changer l’article 6.2 de la Constitution du Cameroun, c’est affaiblir les institutions qui seules peuvent nous protéger contre la barbarie. Trop longtemps nous avons vécu comme si les catastrophes qui s’abattent sur nos voisins Africains ne nous concernaient pas.
Or l’histoire de la Côte d’ivoire, du Kenya, de la Sierra Léone, du Liberia, de la Somalie, et même du Tchad nous montre qu’il suffit d’une escroquerie constitutionnelle pour empoisonner le futur de toute une nation. Les guerres qu’ont traversé ces pays nous montrent que notre paix civile est fragile, très fragile. Nous tenons à la paix chez nous; ne la liquidez pas ! Vous répondrez sinon devant le tribunal de l’Histoire.
Patrice Nganang, écrivain
Jean-Marie Watonsi, journaliste
Eugène Ebodé, écrivain
Jean-Marie Teno, cinéaste
Aggée Célestin Lomo Myazhiom, essayiste et éditeur
Muepu Muamba, écrivain
André Djiffack, critique littéraire
Kolyang Dina Taiwé, écrivain
Joseph Fumtim, écrivain et éditeur
Ntone Edjabe, éditeur
Léonora Miano, écrivain
Cilas Kemedjio, critique littéraire
Peter W. Vakunta, écrivain
Boubacar Boris Diop, écrivain
Makhily Gassama, essayiste
Jean-Luc Raharimanana, écrivain
Alain Dichant, éditeur
