Récit de la vie d’un étudiant noir en Chine (10/13)
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Dès notre retour à Pékin, Alain se montra très entreprenant. Il multiplia toutes sortes d’initiatives pour retrouver son grand amour. Et comme l’expérience montre bien qu’on sort difficilement indemne d’une grave crise comme celle que nos deux amoureux traversaient, la relation entre Alain et Xiao Yu se dégrada considérablement.
La nuit, dans les longues avenues pékinoises, nos balades étaient devenues des moments de réflexion. Partant de Zhongguaxun, on marchait le long de la Haidian qu pour aboutir sur la fameuse Xueyuan Lu. Ce fameux périmètre était devenu notre milieu naturel.
Lors d’une de ces balades nocturnes, on fit la rencontre de Liu. Ce garçon allait jouer un rôle déterminant dans ta vie. Assis au bord de la chaussée à cette heure très avancée de la nuit et sous la seule réverbération d’une lumière lointaine, Lui toi et moi causions. Tu lui racontas toute ton histoire. Il en était très affecté le bon Liu et offrit de jouer les médiateurs.
Entre temps, le comportement de ta dulcinée avait bien changé. Relayant parfaitement les invectives de son père, elle ne manquait plus une occasion de te faire comprendre qu’il n’était pas normal qu’un africain épouse une chinoise. Affalé sur ton lit, tu étais là, la mine grave et ne sachant plus que faire. Et puis un autre jour, Xiao Yu revenait , le discours moins narquois, le visage attendri, la peau sensible à chacune de tes caresses, les yeux arborant cette mine unique typique d’une femme qui ne veut qu’on la fasse trop attendre. Elle était là parce qu’elle te désirait Alain. Après son départ, le souvenir de ces ébats t’ébranlait encore plus. Que voulait-elle au juste?
A cette question, Xiao Yu répondit un jour les yeux pleins de larmes qu’elle ne savait pas. Elle disait subir la pression de sa société qui refusait de la laisser vivre son amour comme elle le souhaite. Elle était victime de commérages parce qu’elle osait sortir avec toi Alain. Cette réalité, toi et moi en sommes conscients. Xiao Yu mérite bien de l’indulgence. Elle ne savait vraiment pas où mettre la tête..
Liu faisait maintenant partie du décor. Il nous rendait visite quotidiennement. Je me souviens de ce premier jour où il a rencontré Xiao Yu. IL n’en revenait pas. Il nous dit tout simplement « cette fille est très belle. Pour un chinois ordinaire comme moi, je n’ai aucune chance« . Mais fidèle à l’image d’intégrité qu’il avait su imprimer dans nos cœurs, Liu réussit à convaincre Xiao Yu que le monde avait changé. La Chine, disait-il, avait le privilège d’être dorénavant ouverte sur le monde. IL ne fallait certes pas tout copier bêtement, tout accepter mais il était nécessaire de se libérer de certaines pesanteurs qui anéantissent tout espoir de briser les tabous enfouis dans l’inconscient de tout chinois. Liu continuait en disant qu’il était urgent que chaque chinois s’assume pleinement sans se soucier de l’entourage.
Quel orateur ce Liu ! Grâce à lui, Alain allait peut-être réussir à reconquérir la femme qu’il aimait. Ses visites étaient redevenues fréquentes. Les deux amoureux avaient recommencé à explorer le clair de lune et à profiter du scintillement des étoiles pour se livrer à quelque activité « interdite» . Les arbustes de ce parc qu’ils visitaient nuitamment plusieurs fois par semaines redevinrent tout flamboyants, contents de ces retrouvailles.
Ces histoires, il faut les avoir vécues de près pour comprendre. Je ne m’étais jamais imaginé que cette peau sombre que je porte pouvait autant irriter autrui. Pourquoi cette haine doublée de mépris? Je me sens pousser la tentation de dire comme Jacques Chevrier « l’angoisse d’être nègre débouche sur un problème qui nous concerne tous, l’angoisse d’être homme« . Oui, le problème relatif à notre peau est une question universelle et il nous incombe la responsabilité de lui trouver des solutions. C’est un défi grandiose d’où la nécessité de parler ici comme Franz Fanon « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir« .
Tu avais décidé d’accomplir la tienne Alain. Ne pas céder à ces parents bornés est déjà la preuve que tu voulais contribuer à l’éradication de ce mal qu’on appelle racisme. Je te félicite pour ce courage. Tu avais gagné la première partie de la bataille, la plus importante peut-être, Xiao Yu étant dorénavant prête à faire face à ses parents. Elle voulait devenir ta femme contre vents et marées.


Rétrolien par 20mai.net le 23 mars 2008:
Récit de la vie d’un étudiant noir en Chine (11/13)…
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