Par 20mai.net 6 avril 2008 5 commentaires

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Amateur de football, j’avais entrepris d’intégrer l’équipe africaine dès mon arrivée en Chine. C’était une équipe bien structurée, pourvue de nombreux joueurs de talent et bénéficiant de l’appui financier de nombreuses ambassades africaines.

Nous jouions à un niveau à peu près égal à la troisième division chinoise. Plusieurs équipes participaient à ce championnat dont de nombreuses équipes chinoises mais aussi d’autres équipes étrangères. Les matchs se déroulaient généralement le samedi sauf exception dû par exemple aux conditions météorologiques.

C’est dans cette équipe que j’ai rencontré Tchouma qui avait un rôle déterminant au sein de la défense. Evoluant comme gardien de but, Tchouma et moi étions appelés à beaucoup collaborer étant donné que nous étions les derniers remparts de notre équipe.

Originaire de Zambie, il était en troisième année de médecine quand je suis arrive en Chine. Il lui restait deux ans d’études pour décrocher son diplôme et rentrer en Zambie apporter sa contribution dans le développement de son pays.

Tchouma était très réfléchi et intègre. On ne le voyait jamais dans les soirées mondaines, occupé qu’il était à réviser ses leçons. Les quelques heures de loisirs qu’il s’offrait étaient les entraînements de football les jeudi et les matchs de football traditionnels tous les samedi.

Ceux qui lui étaient très proches racontaient qu’il avait une autre passion. Elle se nommait Abigail, une jeune fille namibienne qui étudiait les Relations Internationales. Tchouma lui faisait une cour assidue mais la fille lui opposait une résistance douce mais ferme. Elle ne le rejetait pas mais elle voulait aller doucement, prendre son temps et surtout s’assurer qu’il était vraiment le bon choix.

Quand il avait passé la journée à essayer de décortiquer quelques passages complexes dans ses livres de médecine, il s’en aller le soir venu retrouver Abigail avec qui il échangeait longuement. Ils allaient souvent au restaurant ensemble et parfois, ils se baladaient dans le campus autour du lac rafraîchissant. De ces randonnées, Tchouma devait certainement tirer le plus grand bien. A chaque fois qu’il avait rencontré abigail, il était resplendissant, son visage était rayonnant de ce sourire éclatant. Il devait beaucoup l’aimer Abigail.

C’est peut-être cette proximité platonique avec cette fille qui a réussi à te sauver Tchouma. Abigail avait remarqué que tu avais changé. Tes visites étaient devenues de véritables supplices pour elle. Tu étais vulgaire, menaçant, grossier. Tu ne prenais plus soin de ton corps. Ton menton d’habitude si bien tenu, était maintenant la demeure d’une barbe sauvage. Tu n’assistais plus aux cours et même le football, ta passion de toujours, ne t’intéressait plus.

La rumeur se propageait. Tchouma avait perdu la tête, il était devenu fou. Etait-ce vrai ? J’en ai eu la certitude ce jour ou la providence avait voulu que tu rencontres Alain en compagnie d’Abigail. Quelle colère avais-tu alors manifestée ! Vêtu d’un manteau dont-on se couvre normalement au plus froid de l’hiver, ton visage suintant était bien la preuve qu’en ce mois de juillet, quelque chose d’anormal se produisait en toi.

Il s’avança vers Alain et Abigail. La pauvre fille tremblait à la vue de cet homme devenu terrible. Il hurla des mots incompréhensibles. L’homme devenu encore plus bavard, avait maintenant entrepris de prendre la main d’Abigail. A quelques mètres de là se trouvaient deux policiers qui suivaient attentivement la scène. Ulcéré d’être repoussé, Tchouma assena une gifle violente à Abigail et voulut cravater Alain. Il eut heureusement le réflexe rapide et put éviter cet affront qui s’annonçait terrible.

L’excitation de Tchouma avait atteint son comble. Les deux policiers voulurent intervenir mais ils n’eurent pas le temps de réagir car à peine s’étaient-ils approchés que Tchouma les avait roués de coup d’une violence démentielle. Il réussit à les maîtriser et n’eut été l’intervention musclée de quelques autres policiers rapidement appelés en renfort, Tchouma aurait pu commettre l’irréparable.

La sentence était sans appel. Après un bref passage dans un hôpital psychiatrique, la décision fut prise, après consultation de l’ambassade de Zambie, de renvoyer Tchouma au pays. Il était devenu fou.

Cher équipier, ce qui t’est arrivé aurait pu nous arriver à tous. La providence a cependant voulu que tu sois celui-là qui devait subir ce destin injuste. Tu as heureusement pu retrouver toutes tes capacités dans ta Zambie natale. C’est vrai que tu pleures en pensant à tes études que tu étais sur le point d’achever mais réjouis-toi d’avoir pu guérir. D’autres, très nombreux, n’ont pas eu ta chance brave ami. Dahirou et Lazaro par exemple.

Dahiru, de tous les africains que j’ai eu l’honneur de connaître en Chine, tu étais le plus simple. Tu étais étudiant à Tianjin, petite ville située à deux heures de train de Pékin. Quand tu arrivais à Pékin pour rendre visite à tes amis, tu prenais la peine d’aller dans toute chambre où logeait un étudiant africain pour dire bonjour. C’est d’ailleurs de cette façon que je t’ai connu. Et ce jour où tu étais venu frapper à ma porte, nous avons longtemps bavardé car je me sentais encore dépaysé. J’étais là depuis ä peine six semaines. On s’était échangés nos numéros de téléphone et on s’appelait de temps a autre.

Comme la plupart des étudiants africains dans l’empire du milieu, tu étudiais la médecine. Depuis cinq ans que tu étais en Chine, tu n’étais plus rentré au Niger. Ta famille te manquait. Dahirou, cette famille là dont tu parlais constamment n’allait plus jamais te revoir comme tu étais parti. Le monde austère dans lequel on vivait et les études qui demandaient des efforts surhumains ont fini par te rendre fou.
Le plus triste dans cette tragédie, c’est que tu t’en étais plusieurs fois inquiété. Je me souviens bien de la dernière visite que tu m’avais rendue.
«Hervé, les gens disent que mon comportement a changé. On me trouve bizarre. Est-ce que tu remarques quelque chose d’anormal chez-moi ? »

Non Dahirou, ce jour là je n’avais rien remarqué et on a continué de blaguer, de rigoler comme à l’accoutumée. Et un jour on m’annonça que ton ambassade avait décidé de te renvoyer au Niger pour y subir des soins. Tu avais complètement disjoncté.

Reconnais-tu seulement ta mère? Cette mère, tu m’en avais tellement parlée Dahirou ! Quelle tristesse de savoir que tu n’as pas pu recouvrer ta mémoire. Quelle tristesse!

La vie, pauvre Dahirou, est un long chemin périlleux. Tu n’as pu aller jusqu’au bout de tes rêves, tu n’as pu achever tes études de médecine. Mais ta gentillesse et ta disponibilité continuent de m’illuminer au quotidien.

Pour toi Dahirou j’ai décidé d’écrire, de témoigner. Mais aussi pour toi Lazaro.

FIN

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  • didier

    C’est dommage que l’auteur de ces recits ne signe pas ses écrits. Sache frangin que t’as un vrai talent d’écriture. Ton style est vraiment particulier, bien meilleur que ce que j’ai pu lire dans bon nombre de revues confirmées. beaucoup de courage à vous là bas en chine.
    Didier

  • Elisabeth

    c’est tres touchant,quelle peut etre la cause de la folie pour des africains en Chine?

  • Lulo

    Quel courage; tu es l’exemple meme du terme « humain» , tu es chaleureux, cher frere.
    Oui, l’hostilite de la vie tres loin des notre n’est pas facile et parfois la depression est inevitante. Cher Ami, il ya des milliers de gens qui dans leur sollitude pensent a tous tes recits et refletent meme leur propre vie par rapport a cela. la sollitude est interne, parfois meme on la recent au milieu d’une foule. Sois fort et nous sommes de tout coeur avec toi et tous les autres.
    Salut

  • dudani

    Votre premier récit me rappelle l’histoire écrite par un ami : « Xiao Hong» 

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