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Hommage à Aimé Césaire, par M’Boka Kiese

« [...] ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée
contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’oeil
mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale
[...]
Aimé Césaire (1).


Ya Césaire, je te dédie ce poème kongo intitulé, Bunzonzi, interprété en français, Le sermon.

Bunzonzi Le sermonYi yinga ! En vérité !
Yi yinga ! En vérité !

Makuenda, Makuiza. Tout s’en va, tout revient.
Makuiza, Makuenda. Tout revient, tout s’en va.

Mfumu na mfumu, Politique pour Politique,
Nganga na nganga. Savant pour Savant.

Nganga na nganga, Savant pour Savant,
Mfumu na mfumu. Politique pour Politique.

Mfumu wa moolo, Oh ! chef indolent,
Nkangu wu fuidi nsatu. Le peuple souffre de faim.

Kimfumu, tumbua. On est investi d’un pouvoir.
Kinganga, semua. Le savant est désigné par ses pairs.

Nzonzi tele ngana. Un magistrat énonce un préjudicat.
Bangula ngana. Il doit le démontrer.

Wa lembobangula, S’il s’y dérobe,
Ubudikila ebanga. Il se cassera la mâchoire.

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Bole bantu L’union fait la force.
Bukaka nsongo. La solitude est un mal social.

Nianzi za zingi Plusieurs mouches rassemblées
Ka zinengomonanga Ne peuvent soulever
Mbizi ko. La viande du gibier.

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Muntu ua soba muntu ? Les hommes sont-ils si différents ?
Muntu wa fuana muntu. Tout homme en vaut un autre.

Bu buana muntu, Nul,
Ka bu lembua N’est à l’abri
Buana muntu ko. Des vicissitudes humaines.

Nsongi kabela Quand le colibri est malade
Tuna si katuna. Il charge des boucs émissaires.
Mpola sila Il dresse des ventouses
Mu n’tu wa kuti. Au hibou son voisin.

Nza ia kala nsongo, Dans un monde sans maladies,
Banganga salu kifuidi. Les médecins chôment. …/…

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Diwu bidiwu, Tout se mange,
Futu bifutu. Tout se paie.

Fua dia mfuenge, L’héritage de la belette,
Biadila m’baku. Est échu au martre.

Kidie mfuenge, Si la belette est corrompue,
Kufuti m’baku. Le martre paie.

Nza ia kondo bimpumbulu, Dans un monde sans délinquance,
Banzonzi bafuidi nsatu. Les magistrats meurent de faim.

Ngualo ! Je vais parler !
Wa yoka. Nous t’écoutons.

Wa dia fua Tout héritage
Yika dio. Doit s’accroître.

Wa fua Tout mortel
Sisa nkuasa. Doit laisser un héritage.

Tu sidi vuvu evo, Ainsi espérons-nous,
Mbandu’antemo Qu’une génération d’éclairés
Yandi ulenda evo Saura combler
Mana malembana ban’kulu. Les insuffisances de leurs aînés.

Mpasi kalembika ngoma Pourvu qu’elle tempère le tambour
Malavu, yoovo makinu ; La boisson et les danses ;
Yoovo nienze Ni plaisirs d’aucune sorte
Zi bakitula bimpumbulu. Pouvant nuire à leur lucidité.

Tombe, tombe Les ténèbres sont les ténèbres
Ntemo, ntemo. La lumière reste la lumière.

Nza ia kondo mvita Dans un monde sans guerres
Bisadi mata dia pele. L’industrie d’armements chôme.

Na wa ku tuma zonza ? Qui t’autorisa à parler ?
Lembo ni lembo. Ah ! J’abdique.

Ngati ka buako ? Me suis-je bien exprimé ?
Ni buna bua buna. Sans doute.

Na poo, na yeko. J’en ai terminé.


(1) Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1983, p.46-47.

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