Cameroun – Du protectorat vers la démocratie: un livre de Bouopda Pierre Kamé
Du protectorat vers la démocratie. Une quête permanente de libération et de libertés politiques. Cette longue quête démarre après la Conférence de Berlin en 1884. Cette date initialise les processus de colonisation territoriale du Cameroun et d’asservissement de ses populations par l’empire allemand. L’ère coloniale, qui démarre ainsi après 1884, renvoie à ces périodes rudes durant lesquelles les populations du Cameroun sont dépouillées de l’essentiel de leurs droits politiques et sociaux. Ces injustices sont progressivement corrigées sous la pression des élites et des populations du Cameroun.
L’indépendance nationale consacre la libération du Cameroun de la tutelle des Nations unies. Mais la période postcoloniale n’est paradoxalement pas l’âge d’or des libertés politiques et de la démocratie au Cameroun. Bien au contraire ! Le pluralisme politique et la démocratisation deviennent, après l’indépendance, les exigences les plus emblématiques du combat politique d’une partie de l’élite camerounaise, au point de leur apparaître comme consubstantiels de l’émancipation coloniale.
Évoquer le cheminement du protectorat vers la démocratie au Cameroun, c’est donc, dans une large mesure, évoquer la quête difficile et la conquête inachevée des droits politiques et sociaux des Camerounais sur une longue période. Tel est l’objet de ce livre passionnant qui traite de l’histoire politique du Cameroun sur plus d’un siècle.
Le rapport au colonialisme et le sujet de l’indépendance nationale couvrent la première partie de l’ouvrage qui est consacrée à l’ère coloniale. Viennent ensuite le régime politique postcolonial et le processus lent et tumultueux de la démocratisation du système politique camerounais.
Bouopda Pierre Kamé (Bopika) est enseignant à l’Université de Valenciennes et à l’Université de Yaoundé II Soa.
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Extrait du livre:
« Le procès de Rudolf Duala Manga et Adolf Ngosso’a Din se déroule au camp militaire allemand en territoire Bell (Bonanjo). Le juge Niedermeyer préside la Cour. Herrmann Röhm, l’administrateur du district de Duala est présent.
Il est 17 h 00, Rudolf Duala Manga est le premier à comparaître. Après la lecture de l’acte d’accusation de haute trahison, Rudolf Duala Manga plaide non coupable. Le juge Niedermeyer invoque l’épisode des émissaires envoyés par Rudolf Duala Manga et ses contacts fréquents à Duala avec Martin Paul Samba et Madola pour étayer son accusation de haute trahison.
Rudolf Duala Manga assume dignement sa démarche. A travers ses émissaires, il a souhaité sensibiliser les Kamerunais sur les abus des colons allemands. Quant aux rencontres avec Martin Paul Samba et Madola, elles se justifient par les réflexions qu’ils mènent ensemble sur l’avenir du Kamerun.
Le juge Niedermeyer lui oppose les propos accablants du sultan Njoya de Foumban. Rudolf Duala Manga met en doute la retranscription des propos du sultan qui ne s’exprime pas en allemand. En juriste avisé, Rudolf Duala Manga s’interroge ironiquement sur l’absence de ce témoin capital au procès. Il s’interroge également sur l’absence de preuves matérielles. Il a en réalité conscience que c’est une parodie de procès. Il n’est pas là pour se défendre. Il est là pour incriminer le racisme et l’arbitraire du système colonial ; il est là pour entretenir l’espérance des Kamerunais.
L’administrateur Herrmann Röhm intervient au cours du procès pour proposer un arrangement ultime à Rudolf Duala Manga. Herrmann Röhm invoque leur amitié et leur camaraderie pour justifier son initiative. Ce qui est proposé à Rudolf Duala Manga c’est de l’argent et la liberté contre l’acceptation de l’expropriation des terres des communautés duala. Indigné par le chantage de son ancien condisciple à l’Université de Bonn, le refus de Rudolf Duala Manga est catégorique. Herrmann Röhm brandit les menaces de mort qui pèsent sur Rudolf Duala Manga au regard de la gravité de l’accusation. Il souligne les bienfaits que Rudolf Duala Manga peut légitimement attendre de la vie à son âge (42 ans) et dans sa position sociale (chef de la communauté Bell). Il ne parvient pas à arracher le consentement de Rudolf Duala Manga pour l’expropriation des terres des communautés duala.
Le procès se poursuit avec la comparution d’Adolf Ngosso’a Din accusé d’être sorti sans autorisation du territoire et de complicité de haute trahison.
Adolf Ngosso’a Din plaide également non coupable dans une attitude digne, résignée et solidaire de Rudolf Duala Manga.
Peu avant 20 h 00, la Cour se retire pour délibérer. A 20 h 00, la Cour regagne le prétoire et rend son verdict :
« La Cour déclare Rudolf Duala Manga Bell coupable de Haute trahison. Elle le condamne à mort par pendaison. Il sera exécuté demain samedi 8 août 1914 à 16 heures et enterré dans le cimetière indigène ;
La Cour déclare Adolf Ngosso’a Din coupable de Haute trahison. Elle le condamne à mort par pendaison. Il sera exécuté demain samedi 8 août 1914 à 16 heures et enterré dans le cimetière indigène.
Ce jugement est sans appel ! »
Le procès a duré trois heures d’horloge.
Le 8 août 1914, Rudolf Duala Manga et Adolf Ngosso’a Din sont pendus dans la cour du Poste de Police allemand à Bonanjo en fin d’après midi. La ville de Duala est pétrifiée.
« Ces Allemands » ont réellement exécuté la sentence ! Ils l’ont fait en territoire Bell, publiquement. « Tet’Ekombo » n’est plus ! Il est privé de deuil. Sa sépulture au cimetière indigène de « Neu Bell » est négligée, bâclée. Ce sacrilège afflige tous les Kamerunais du district de Duala. Mais la ville est tranquille, silencieuse, « morte ». Aucune velléité de soulèvement. L’objectif est atteint. La théâtralisation de l’exécution de Rudolf Duala Manga a valeur d’exemple et d’avertissement en ces temps de guerre.»


Commentaire par Soni s. charles le 22 avril 2008:
La lecture de cet extrait suscite larmes et indigation.
A nos enfants nous enseignons l’Histoire,une histoire,celle d’un pays qui ne peut tirer des leçons de son passé .un passé pourtant plein de larmes et de sang .Sommes-nous déjà affranchis du joug colonial? Avons-nous réellement été colonisés? Qu’est-ce que la colonisation?
Prof, cette oeuvre de l’esprit que vous mettez à la disposition des camerounais aujourd’hui est un véritable miroir vers lequel toute conscience sensible devrait se pencher.
Je suis Enseignantet j’aimerais parcourir tout ce livre,car le petit extrait que j’ai lu me laisse dans une certaine soif…
Je ne vous félicite point, mais recevez mes encouragements des plus sincères.