19h 25, ce samedi 26 Avril désormais de triste mémoire au Cameroun.
Mais pour les jeunes qui étaient là, le responsable est connu : «Pourquoi Orange par 2 fois trouve des excuses pour le loupé de Diams », se demande une jeune fille dépitée. Une autre voix lance dans la foule : « Pourquoi MTN n’a pas de problème avec Sean Paul, pourquoi Coca Cola n’a pas de problème avec Fally Ipupa ? ». Il est vrai que la veille de ce concert de Diams, Fally Ipupa a fait carton plein au camp Sonel d’Essos. Dès 16h, il était là et a chanté jusqu’à 22h, devant une foule satisfaite. Le phénomène Diams a-t-il simplement dépassé les organisateurs ? « Si j’étais DG d’Orange, des têtes allaient sauter dès lundi. Ce n’est pas possible, on ne peut pas jouer avec l’image d’une entreprise comme ça». ajoute Dexter. A 23h 57, la foule dense s’éparpille, elle a compris que Diams ne chantera pas ce soir.
Un jeune homme, dépité et désespéré réussit à monter sur le podium qui est censé accueillir la rappeuse française DIAM’S en concert pour la première fois au Cameroun. Il arrache un micro, et clame: « Annulez ce concert ! Annulez ce concert ! ».
Immédiatement, deux agents de sécurité surgissent de nulle part et le prennent pour l’éloigner de force. Peine perdue pour les organisateurs visiblement débordés par cette marée humaine hystérique et énervée. Certains sont arrivés là depuis 14h. D’autres sont en provenance de Douala, Bafoussam et même Ngaoundéré. But unanime, Diams.

Il est vrai que depuis un moment, affiches, spots radios et TV ne martèlent plus que cela, Diams est enfin au Cameroun, après le rendez-vous manqué du 19 janvier dernier. Cette fois-ci, la jeunesse est en délire, mobilisée depuis devant les grilles fermées du cercle municipal de Yaoundé, une grande première puisque la communauté urbaine accepte la tenue d’un concert de rap dans ses locaux.
Pour cela, Orange Cameroun a d’abord annoncé la gratuité du concert, puis des banderoles et des affiches ont annoncé que: « Un forfait joker activé donne droit à un pass gratuit pour le concert ». Les pass, voilà la clé du problème, beaucoup n’en ont pas et veulent avoir accès au concert. Alors, les spéculations commencent : Nombreuses personnes, se disant proches des organisateurs, vendent lesdits pass de 1500frs à 5000frs le pass. Il y en a deux sortes, les pass VIP et les pass GP (Grand Public).
A 17h, heure annoncée pour le début du concert, les esprits s’échauffent, car les grilles de la Mairie sont toujours closes. Les 5 entrées du cercle municipal sont entourées de gardiens nerveux et de chiens policiers. Cela n’empêchera pas pourtant cette foule en délire, de braver ce dispositif sécuritaire, et d’escalader vigoureusement les murs de l’hôtel de ville, devant le regard impuissant des gardiens et des organisateurs.
Des scènes nous rappelant les émeutes de février 2008
Encore une fois, la jeunesse s’est illustrée par la bêtise et la violence. Des filles et garçons, poussés par une énergie venue d’ailleurs ont bravé les grilles et sautent par-dessus-elles, pour ensuite se munir des sièges du carré VIP et essayer d’obtenir les meilleurs places devant le podium afin attendre Diam’s.
Pendant ce temps, à l’entrée principale, face Cnps et Mincom, des jeunes filles trébuchent, tombent et se font marcher dessus. Certaines y perdent leurs lunettes, leurs chaussures et leurs téléphones portables, à la grande joie de nombreux délinquants et badauds qui profitent du cafouillage et de la confusion pour arracher des sacs et piller les pauvres enfants, étouffant dans cette marée humaine surchauffée.
Pas de trace d’un seul policier, la foule est libre de ces mouvements.
Le cercle municipal est transformé en un grand marché. Les pass n’ont donc servi à rien. Les plus peureux, découragés, ont préféré ne pas se livrer à la bousculade et rentrer chez eux. Mais cela n’a pas empêché 10.000, 20.000, 50.000 et bientôt 100.000 âmes de converger comme un seul homme devant le podium. Cris, pleurs et étouffements font suite à l’enthousiasme démesuré de départ.
Une sonorisation décevante. Les spectateurs aperçoivent devant eux, de part et d’autre du podium trois écrans de fortune, à peine grands de 2 mètres, pas suffisamment élevés pour permettre à ces milliers de jeunes de regarder convenablement le spectacle. Commence alors la course à la meilleure position visuelle, course autant plus accrue par une sonorisation faible, couvrant à peine 10 mètres à la ronde.
C’est à ce moment là que le mc Tony Nobody atterrit pour entonner son célèbre : « Qui c’est qui fait le show ? ».
Le public répond : C’est Diam’s !
Tony Nobody crie et veut à tout prix se faire entendre. Le micro grésille et les enceintes sont défectueuses. On comprend dès lors que les choses vont très mal se passer. Surtout que les premières victimes de syncope se font enregistrer. Des enfants asthmatiques, des filles piétinées, des morts aussi.
A 20h 30, Tony Nobody annonce déjà trois morts et demande à la foule de reculer. Celle-ci est de plus en plus immaîtrisable. Les câbles de connexion sont aussi exposés, et la pression de la foule vient à créer des dysfonctionnements techniques. Le beat boxeur Thierry Olemba est appelé à la rescousse pour calmer le public. Malheureusement et malgré ses efforts vocaux persistants, Thierry Olemba a du mal à se faire entendre. Ce sont les huées qui sont les plus audibles au cercle municipal.

Une attente insoutenable.
Un train spécial a été préparé depuis Douala pour accompagner les fans de Diams pour Yaoundé. Des familles entières sont parties des provinces et de l’arrière pays pour assister au spectacle de la diva. C’ est ainsi depuis le matin, des centaines de jeunes ont commencé à traîner autour des bâtiments de la mairie, relayés ensuite par des curieux et des fanatiques dès le début de l’après-midi qui lorgnaient et observaient au loin les installations des oriflammes et autres plate formes publicitaires d’Orange Cameroun. La musique se faisait entendre timidement et c’est Paul Mahel d’Orange Cameroun qui s’avance devant une des grilles closes pour expliquer : « Nous faisons les balances en ce moment et personne ne pourra entrer avant ». Sauf qu’à ce moment là, il est déjà 18h 30. L’ambiance en devient surchauffée et la foule s’impatiente. Lasse d’attendre, elle se décide alors de se frayer son propre chemin en escaladant les grilles.
Un amateurisme singulier.
Tout a commencé le jeudi soir avec l’arrivée annoncée de Diams par vol Air France. Un bus attendait la presse à Orange, Avenue Kennedy depuis 16h, mais c’est à 18h que ledit bus est arrivé. Les journalistes sont arrivés après Diams qui les attendait déjà au salon d’honneur de l’aéroport. Par ailleurs, ces mêmes journalistes ont insisté auprès de Mahel, Blaise Etoa et Christian Anicet Enyegué pour obtenir des pass et des badges presse pour les back stages.
Malheureusement, ils ont répondu que ce n’était pas disponible, et qu’il fallait attendre d’être appelés le lendemain. Finalement, ce sont les journalistes qui se sont retrouvés en train de courir après les personnels Orange pour obtenir le fameux pass VIP devenu un sésame si précieux que Blaise Etoa en conservait dans sa voiture, lui qui annonçait le jeudi en conférence de presse que : « 20.000 pass ont été préparés pour cet événement. C’est un concert gratuit, mais nous privilégions d’abord les clients Orange ».
Les badauds, les truands, et les agresseurs en ont eu pour leur compte en tout cas. En l’absence du dispositif de sécurité, seuls ces bandits et quelques commerçants ont été les véritables privilégiés de ce concert. Le jour du concert, le promoteur culturel Tony Mefe s’indignait : « Comment font-ils pour être en retard, comment vont-ils contenir cette foule ? ».
La réponse, on la connaît. Les organisateurs n’ont rien maîtrisé, et ont même sous-estimé la force de mobilisation de l’artiste Diams. Les journalistes ont attendu donc la fin des escalades pour pouvoir se frayer un chemin.
Un jeune rappeur indigné pose la question à Alain Dexter et à Dania : Comment se fait-il que vous ne soyez pas en train de d’animer ce concert. Pourquoi Tony Nobody vient présenter un événement de Yaoundé alors que vous c’est votre ville.
« Nous ne sommes pas demandeurs, a répondu Alain Dexter. Dania et moi avons reçu Diams en exclusivité sur 94 FM. Depuis l’aéroport, la FM 94 a déployé un dispositif de communication lourd. Nous n’avons donc rien à prouver. Orange ne nous l’a pas proposé, alors on reste tranquille. Quant à Tony Nobody, laissez-le savourer ces instants ».
Un autre rappeur du groupe MBITAKOLA s’indigne : « Mais pourquoi cette sono est inaudible ? ». Alain Dexter, amusé rétorque : « J’ai présenté Yaoundé en fête pendant 10 jours, et la sono s’entendait à des dizaines de kilomètres. On n’avait pas besoin de se bousculer pour entendre. Si ces enfants se bousculent, c’est parce qu’ils n’entendent rien. Il faut donc se demander pourquoi ils sont allés chercher ce matériel minable ».
Une question fondamentale quand on sait que le même Dexter a posé la question de ce matériel lors de la conférence de presse. Les organisateurs ont laissé Diams répondre naïvement, mais tous, notamment Paul Mahel, ont reconnu devant les journalistes que « Le matériel de Sylvain KOM doit être remplacé ». Un matériel au son sourd, dont l’écho était inaudible, désagréable et pas digne d’un concert.
Autre fait étrange, Panie, manager culturel et sollicitée pour organiser la scène de la première partie a annoncé les artistes suivants :
- Francky P (Rnb)
- Thierry Olemba (Beat box)
- Lady b (rap féminin)
- X triller P (Battle)
- Layone (Diaspora).
Ce dernier ne sera même pas visible pendant le concert, tout comme Francky P et Lady B. Panie aura-t-elle eu des soucis de derniers minutes avec ses artistes ou avec les organisateurs ? Tout ce qu’on sait c’est que, le public s’est contenté de subir les assauts répétés des artistes de l’émission Stars 2 demain, un concept diffusé sur Canal 2 et sponsorisé par…Orange. On comprend donc la présence forcée de Tony Nobody à cet endroit. Une fille lui lance : « Tu te crois à Caravane Mobile ici ? ».
Caravane Mobile, une autre émission de Canal 2, sponsorisée également par Orange. Jean Laurent Nkembé de Ajajo Entertainment estime pour sa part que : « Serge Tamba, je suis désolé n’a pas la même notoriété que Tony Nobody. Je l’ai vu au concert de Fally Ipupa, et franchement ce n’est pas quelqu’un comme ça que je prendrais pour présenter mes soirées ». C’est vrai que Ajajo était là en tant que prestataire et protecteur de la sonorisation de Universal. Énervé quand on lui parle de la défaillance de son matériel, il réagit en ces termes : « Ce n’est pas une question de son. Le Multi terre manquait. On a sous estimé les volet sécurité. Le groupe électrogène est parti en couille. Ce n’est donc pas la faute du son. ».
Reconnaissant néanmoins que la sono de Sylvain Kom était incomplète et qu’il fallait associer un matériel venant de l’étranger, Ajajo accuse les organisateurs de n’avoir pas su demander 40 millions de Francs CFA qui auraient permis d’après lui d’avoir une sono de qualité.
La vérité est donc là, le concert a manqué de prudence et de magnanimité. Mais au fait, à qui la faute finalement ? Ajajo accuse la maison Capricorne Productions de Yves de Mbella, qui d’après lui, a négligé l’aspect sécuritaire du matériel et des personnes. «On craignait que les gens ne meurent étouffés c’est pourquoi on a arrêté la sono ».
Or, ladite sonorisation a bel et bien pété dès les premières rimes de Diams à 22h 30 sur le titre, la boulette. 40 secondes, à peine et le plateau s’est retrouvé dans le noir. Les machines se sont arrêtées et le public est resté médusé. Aucun personnel Orange n’a été aperçu au moment de cette coupure. Tony Nobody a essayé de s’égosiller en entonnant même un moment, l’hymne national de manière pathétique. Le délégué du gouvernement, Tsimi Evouna, est également passé par deux fois pour calmer l’hystérie du public. Sa popularité n’y a pourtant rien fait. Le public s’est alors mis à raller et à insulter Orange. Les chaises VIP ont volé en éclat. Certains démonstratifs ont même enlevé leurs puces Orange en criant : « Je change d’abonnement, Orange on ne te veut plus ».
Orange décline pourtant sa responsabilité et accuse également Capricorne Prod. Un des personnels Orange martèle: « Nous n’étions que sponsors, pas organisateurs ».
Et pourtant, sur les affiches, on lisait bien: UN EVENEMENT ORANGE.
En outre, c’est bien Orange qui a accueilli Diams à l’aéroport. C’est bien Orange qui a produit les pass, c’est bien Orange qui communiquait sur l’évènement. Il est bien vrai qu’au Cameroun, les gens récupèrent les succès et rejettent les fautes sur les autres. Qui a donc fait quoi ? Patou Ebonguè, également indexé, s’est défendu en disant qu’il avait pour rôle de faire venir Diams, ce qui a été fait. Le reste ne dépendait plus de lui. On sait que, dans les prochains jours, à coups de médias interposés, les uns et les autres tenteront de sauver leur image et de rejeter la faute sur les autres.
Mais pour les jeunes qui étaient là, le responsable est connu : «Pourquoi Orange par deux fois trouve des excuses pour le loupé de Diams », se demande une jeune fille dépitée. Une autre voix lance dans la foule : « Pourquoi MTN n’a pas de problème avec Sean Paul, pourquoi Coca Cola n’a pas de problème avec Fally Ipupa ? ». Il est vrai que la veille de ce concert de Diams, Fally Ipupa a fait carton plein au camp Sonel d’Essos. Dès 16h, il était là et a chanté jusqu’à 22h, devant une foule satisfaite. Le phénomène Diams a-t-il simplement dépassé les organisateurs ? « Si j’étais DG d’Orange, des têtes allaient sauter dès lundi. Ce n’est pas possible, on ne peut pas jouer avec l’image d’une entreprise comme ça,». Ajoute Dexter. A 23h 57, la foule dense s’éparpille, elle a compris que Diams ne chantera pas ce soir.
Et demain les spectacles ?
Cet autre concert avorté nous a inspiré les recommandations suivantes :
- D’abord l’impératif de trouver une sonorisation adéquate au Cameroun. Acheter un matériel de 250 millions est plus économique que louer tout le temps du mauvais matériel à 10 ou 15 millions.
- Trouver et créer des espaces culturels et des lieux sécurisés pour les enfants et les adolescents.
- Limiter le nombre de places dans un concert gratuit, ou alors faire payer comme MTN l’a fait avec Sean Paul.
- Se débarrasser de cette génération de bluffeurs, de parvenus et d’arrivistes qui organisent nos spectacles ou qui les présentent.
- Donner des normes à nos enfants et ados, afin qu’ils aient des modèles, de vrais pour les valeurs et les vertus de demain.
- Que les services Marketing et communication des entreprises, fassent plus attention à leurs sous-traitants, généralement soucieux d’eux-mêmes plutôt que des marques et des produits qu’ils défendent.
- Que le hip hop soit désormais piloté par ceux qui en ont la parfaite connaissance et la maîtrise.
- Que les prestataires qui se prostituent tantôt chez camtel, tantôt chez mtn, et tantôt chez orange cessent de manipuler les gens et bloquer des concepts novateurs de plusieurs jeunes qui souffrent simplement de ne pas faire partie du réseautage du trafic d’influence.Que les sociétés suivent l’exemple de MTN: Everywhere you go. Le peuple a besoin qu’on investisse sur son football, sa culture, ses émissions de divertissements, ses lectures, ses hobbies, et surtout ses valeurs et ses espoirs de demain. Plus personne n’a le droit de penser à la place des Camerounais, sous prétexte qu’il ou elle appartient à la diaspora. C’est ici que nous devons faire nos preuves, c’est ici que nous devons servir le Cameroun, berceau de nos ancêtres. Merci à Diams d’avoir chanté « ma France à moi ». Mon Cameroun à moi n’est pas celui que je vois dans mes spectacles et sur mes chaînes de télévision.
DANIA.
