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Sankara vs Compaoré: Poursuivre la lutte contre l’impunité en Afrique


A l’issue de sa 92 session, achevée ce mois d’avril 2008, le comité des droits de l’homme de l’ONU dans l’affaire Sankara a statué que l’État partie Burkina Faso avait rempli avec satisfaction ses exigences.
Thomas Sankara, premier président du Burkina Faso, a incarné un développement autocentré et panafricain. Il a été assassiné à 37 ans, en compagnie d’une dizaine de ses camarades, sans qu’aucune justification officielle ne soit à ce jour émise.

En 1997, la CIJS, Campagne internationale justice pour Sankara, entamait au nom de sa veuve Mariam Sankara et de ses enfants une procédure judiciaire devant toutes les instances juridiques du Burkina Faso avant d’être déboutée. pour ne pas avoir déposé au greffe 5000fcfa (15$ can), somme dont en plus était dispensée un des plaignants parce que mineur. A cette époque l’instruction avait déjà coûté 1 millions de Francs à la famille.

Devant le manque d’indépendance judiciaire de la magistrature du Burkina, le 15 Octobre 2002, la CIJS a porté l’affaire devant le Comité des droits de l’Homme de l’ONU. La plainte de la CIJS s’articule sur la violation par le Burkina Faso de ses engagements au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et ses deux Protocoles.

En 2005, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU a rendu son verdict historique en faveur de la CIJS. En Afrique, ce fut un précédent contre l’impunité où le comité reconnaissait dans ces termes le droit de la famille de connaître les circonstances de la mort de Sankara et d’obtenir justice :« le refus de mener une enquête sur la mort de Thomas Sankara, la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille, et la non-rectification de l’acte de décès constituent un traitement inhumain à l’égard de Mme Sankara et ses fils, contraire a l’article 7 du Pacte. Par. 12.2 La famille de Thomas Sankara a le droit de connaître les circonstances de sa mort (.)

Le Comité considère que le refus de mener une enquête sur la mort de Thomas Sankara, la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille, et la non-rectification de Pacte de décès constituent un traitement inhumain à l’égard de Mme Sankara et ses fils..)» Les experts n’avaient paradoxalement recommandé que deux choses; soit la reconnaissance du lieu de sépulture et une compensation.

Le Burkina n’a apporté aucune preuve pour justifier le lieu de sépulture. La somme offerte en indemnisation à la famille, minime au regard de la pension légitime de feu Sankara, totalisait quarante trois millions quatre cent quarante cinq mille (43 445 000 Francs CFA, soit 66 231,475 Euros, ou 65 000$ (1 CFA Franc BCEAO = 0.001524 Euro). Certains des experts ont estimé que cette somme était plus généreuse (soit 650 000 $ - 434 450 000 FCFA) et que l’État partie faisait montre de beaucoup d’effort en biffant le mot «naturelle» du certificat de décès. La CIJS a alors pris la peine de leur rectifier le chiffre, en explicitant qu’il y avait un 0 en trop, que biffer le mot «naturelle», n’explique pas pour autant les circonstances de la «mort» de Sankara, qu’aucune preuve du lieu exact de sa sépulture n’avaient été avancée et surtout que le droit d’enquête qu’ils avaient reconnu et l’ordre de poursuite du procureur devaient être respectés. Mais l’ONU, en dépit de ces rectifications, a considéré que l’État a rempli ses exigences et on pouvait même lire il y’a quelque mois avec stupéfaction dans un communiqué de presse interne de l’ONU ceci:
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2007/DHCT690.doc.htm

«(Passant au suivi d’une plainte à l’encontre du Burkina Faso, le Comité a décidé de ne pas clore le dossier Sankara (Thomas), Président de la République du Burkina Faso, qui avait été condamné à la peine de mort et exécuté. Le Comité avait recommandé que ses ayants droit perçoivent des dommages-intérêts et qu’il y ait une reconnaissance officielle du lieu de sa sépulture, a rappelé M. Shearer. C’est ainsi que le pays a reconnu indirectement sa faute, versé des dommages-intérêts importants à la famille et annoncé qu’un monument serait érigé en la mémoire de M. Sankara qui a été élevé au rang de héros national. Mais, la famille ayant insisté pour qu’une enquête publique soit menée afin d’établir les circonstances du décès, le Comité a décidé de continuer à étudier ce cas dans l’attente de la réponse de l’État partie à la demande de tests ADN»).

Le GRILA est déterminé à poursuivre sa lutte contre l’impunité en Afrique et dans les juridictions internationales. Il en profite pour déplorer la tribune offerte à Radio Canada en partenariat avec Vues d’Afrique à l’épouse du président du Burkina Faso, Mme Compaoré.

Le GRILA rappelle que le FESPACO qui alimente Vues d’Afrique a été promu par le régime Sankara. Ce dernier a probablement été le meilleur avocat en Afrique de la condition féminine. Aussi patronner cette conférence sous le titre «les contraintes faites aux femmes» ne doit pas faire oublier que l’une de ces contraintes a été l’assassinat d’êtres chers en toute impunité, et surtout, pour toutes ces femmes, l’incapacité d’obtenir justice dans leur pays. L’une de ces femmes se nomme Mariam Sankara, remplacée dans le sang par Mme Chantal Compaoré.

Elle incarne aussi un régime violant en toute impunité les droits de la personne et dont le train de vie détonne de celui des burkinabé qui ont protesté en grèves nationales de 48 heures la semaine dernière.

www.thomassankara.net www.grila.org

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Il y a 2 commentaires en ce moment. »

  1. On peut tuer un homme, mais on ne peut pas tuer une idée. Et Sankara n’a pas emporté ses idées dans la tombe.
    A bon entendeur…

  2. Eddy, les idées de Sankara sont où?
    ça a donné des enfants depuis le temps, ou c’est resté des idées naines?

    Si on ne peut pas tuer une idée, on peut tuer tous les hommes qui peuvent utiliser cette idée.

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