[L'éclairage de Shanda TONME] Pour qui travaille le tribunal pénal international?
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L’arrestation de Jean Pierre Bemba, Sénateur, ancien vice-Président de la République et surtout chef du principal parti d’opposition au régime de Joseph Kabila, est venue jeter le trouble dans l’esprit de plus d’un observateur des affaires africaines, et créer un doute sur le but, les objectifs, et les commanditaires du Tribunal Pénal international. Dans une de nos précédentes analyses, nous exprimions déjà nos fortes réserves sur cette institution et n’hésitions pas à la qualifier de Tribunal des vainqueurs.
Il convient de replacer l’institution dans son contexte réel. Tout d’abord, le Tribunal Pénal actuel, issu du Traité de Rome que les Etats Unis n’ont du reste jamais ratifié, se veut l’héritier des projets de vengeance concoctés et appliqués par les grandes puissances victorieuses de la deuxième guerre mondiale (1939-1945). Sans doute faudrait-il rappeler, que la manifestation la plus visible de cette soif de vengeance, fut le Tribunal de Nuremberg, lequel fut constitué à la hâte pour juger les dirigeants du régime de l’Allemagne Hitlérienne.
L’on notera pour s’en inquiéter, que de la période qui va de la création de l’Organisation des Nations Unies en 1945 à San Francisco jusqu’à la fin de la guerre froide, les mouvements favorables à la création d’un Tribunal Pénal international, ne prospérèrent que difficilement, en dépit de multiples massacres et génocides résultant des nombreuses guerres. C’est justement parce que les conflits à l’instar de ceux d’Indochine, de l’Algérie, d’Afrique au Sud du Sahara et du Vietnam, furent menés directement par les grandes puissances dans le cours de leurs rivalités idéologiques, qu’il n’apparu pas opportun pour les maîtres du monde, de mettre en place une institution judiciaire qui risquait de s’intéresser d’abord à leurs nombreux crimes.
Les massacres de triste mémoire à l’instar de ceux de Mai lai au Vietnam, ou du pays Bamiléké au Cameroun, sont passés dans l’histoire en pure perte pour les peuples et en gloires implicite pour les criminels.
Dans ce contexte, l’agitation qui a aboutit après de durs efforts de la Commission du droit international de l’ONU à la définition des notions d’agression, de génocide, de mercenaire, de crime contre l’humanité et de crime de guerre pour finalement produire le Traité instituant le Tribunal Pénal International, a été fortement dépendante des nouvelles programmations du commandement stratégique du monde par les mêmes grandes puissances.
Ce que les petits pays découvrent aujourd’hui, c’est la manipulation de l’ensemble des institutions internationales par ces puissances alliées aux milieux d’affaires mafieuses, aux seules fins de contrôle des vastes ressources des matières premières. La fin de la guerre froide n’a pas mis fin à l’impérialisme des nantis et des commandeurs des places boursières, elle aura simplement modifié leur mode opératoire, et changé les vieilles appellations. La crise alimentaire que subissent les peuples, consécutive à une spéculation extravagante sur les cours du baril du pétrole brut, en témoigne. Russes, chinois, américains, et monarchies du Golfe ne sont-ils pas logés dorénavant à la même enseigne spéculative ?
En fait, il est apparu judicieux, après le contrôle des flux financiers et des pouvoirs politiques dans les pays de la périphérie, de concevoir une instance judiciaire qui agirait comme le procureur protecteur des intérêts des nantis. La stratégie consiste alors à mettre en cause, à traquer, à juger, à condamner et à mettre hors d’état de nuire, tous ceux qui au nom de quelconque nationalisme arrogant, seraient en mesure de menacer les pouvoirs fantoches imposés aux peuples. Ces pouvoirs à l’instar de celui de Joseph Kabila, sont clairement et uniquement les gardiens des intérêts des grandes puissances.
L’affaire Jean Pierre Bemba prend une signification encore plus choquante, lorsque l’on se penche sur la situation politique interne du Congo démocratique. L’arrivée de Joseph kabila au pouvoir s’est faite exactement selon le même schéma que celui de Mobutu un demi-siècle plus tôt, avec mort d’homme, et entente parfaite entre les intérêts américains et européens, sous le regard complice des nations Unies. Si le crime de Jean Pierre Bemba est de constituer une menace ouverte contre le pouvoir de Kabila, celui de Lumumba fut exactement de la même nature, c’est à dire l’opposition à un complot extérieur pour piller les richesses du pays, et maintenir l’ensemble de la Sous région dans le giron des colonialistes prétendument libéraux.
Le dossier d’accusation retenu contre l’ancien Vice-Président congolais, tel que révélé à la presse, est d’une légèreté criarde qui déshonore complètement les prétendus juristes du parquet de la Cour Pénale internationale.
En réalité, le dossier a été ouvert, lorsque les services spéciaux des grandes puissances à Kinshasa, ont rédigé des notes pour révéler que la popularité de Bemba était trop grande, et son impact sur la population trop dangereuse. La réalité c’est encore que cet homme fut probablement le vrai vainqueur de la présidentielle.
La similitude avec le cas Taylor saute aussi aux yeux, dans la mesure où il apparaît dans les deux affaires, que c’est lorsque les grandes puissances perdent le contrôle sur un individu et se retrouvent incapables de le manipuler, qu’ils le mettent en cause et le pourchassent par le truchement du Tribunal Pénal international. Comment ne pas valider cette affirmation, lorsque l’on sait que près de trois cent citoyens du Congo Brazzaville ont été massacrés par le régime de Sassou Nguesso qui n’a jamais été inquiété à ce sujet. Sassou, c’est le produit des pétroliers coloniaux.
L’on n’a pas entendu un seul instant le TPI évoquer le dossier du Beach, ni même s’intéresser à bien d’autres situations graves ayant entraîné des pertes en vies humaines. Même seulement de banales enquêtes n’ont pas été initiées pour évaluer l’ampleur des pertes lors des soulèvements successifs en Guinée, au Cameroun et au Burkina Faso.
Nous devons préciser utilement que les personnes de Bemba ou de Taylor, ne nous inspirent aucune sympathie et encore moins une quelconque humanité. Ce sont dans tous les cas, des responsables politiques et des chefs de guerre avides de pouvoir qui à un moment donné de leur histoire propre et de l’histoire de leur pays, ont engagé des hostilités pour s’imposer par tous les moyens.
Il reste que le procédé utilisé par leur censeurs pour les écarter, ressemble de plus en plus à de la lâcheté et une certaine raison du plus fort. En faisant une projection de l’évolution politique du Congo Démocratique, il est incontestable que le pouvoir de Kabila n’aurait jamais été stable avec Jean Pierre Bemba en liberté. C’est la même logique qui prévaut en réalité dans les poursuites contre Hissen Habré. Le pouvoir de Ndjamena dont la survie relève d’un accord minimum entre Paris et Washington, n’est pas en sécurité tant qu’un passionné de guerre et de pouvoir comme ce Habré, n’st pas définitivement réduit au silence.
- Mais comment donc poursuivre Habré sans poursuivre Déby qui fut son chef d’état major ?
- Comment s’acharner sur Bemba en oubliant Bozizé qui faisait la même chose de l’autre côté et qui de toute évidence, à rompu le cycle démocratique en procédant à des tueries ?
- Comment en effet ignorer Patassé, le demandeur de l’intervention de Bemba ?
Ce tribunal n’est pas clair.
Le fait de positionner aujourd’hui le bouillant et très populaire Chef de parti congolais dans les longues procédures du TPI, envoie plusieurs messages à tous ceux qui ambitionnent de conquérir le pouvoir en Afrique et ailleurs dans le monde. Le TPI est devenu l’arme sécrète des puissances impérialistes contre les leaders populistes. Mulosévic de Serbie est mort en prison pour s’être opposé au conglomérat géostratégique occidental qui entendait continuer la guerre froide sous d’autres termes.
En somme, celui qui veut le pouvoir en Afrique aujourd’hui, subira soit le sort de Sankara, soit celui de Kabila, s’il refuse de composer avec les intérêts des grandes puissances tutélaires. Les termes de colonisation, de néo colonialisme, de tutelle, que certains ont cru très vite devoir ranger dans les archives poussiéreuses de l’histoire, sont plus que jamais d’actualité. Le renchérissement des prix des principales matières premières minérales, vient rappeler que la malédiction du continent africain pour son énorme potentiel, n’est pas prête de s’arrêter.
Ce que fait Lafarge dans le ciment, est exactement ce que font Total, Exxon et Shell dans le pétrole, le groupe CEFAO dans l’automobile, et Bolloré dans le transport maritime, les services, le courtage, et ailleurs. Tous les régimes en place en Afrique centrale sont dorénavant aux ordres de ces multinationales qui à défaut de liquider physiquement les opposants, s’en remettent à la stratégie douce du Tribunal Pénal International qui ne manque pas de dossier, même vide.
Il demeure que embastiller les leaders populistes à la hâte aujourd’hui, c’est compter sans les implications des mutations technologiques immenses qui offrent des perspectives terrifiantes aux peuples en colère. Ces mutations ont changé de façon irrémédiable et inattendue, les données de la guerre, voire de la plus petite des confrontations des intérêts.

Comment par Me kamgaing darios le 30 mai 2008:
A propos de l’eclairage du DR Shanda Tonme
LE DR Shanda est parmi ces Camerounais que j’ai cotoye et qui sans flagoneries aucunes de ma part reste le noyau dur sur lequel les generations futures du cameroun et d’afrique devraient compter. Son analyse sur le TPI reste pertinente, d’autant plus que les Grandes puissances n’entendent pas ceder leurs differents privileges et avantages en Afrique et dans le tier monde.
Le DR Shanda fait une analyse profonde et pertinente mais, tel qu’il apparait aucune reelle lueure d’espoir n’apparait.Alors que l’histoire montre que rien ne peut etre eternel et que des peuples qui sont des creatures de dieu ne sauraient etre damnes.Il existe toujours un espoir ,celui de se liberer un jour et le peuple Camerounais ne se laissera pas prendre dans ce piege mondial du desespoir .
Comment par Africain le 30 mai 2008:
le TPI, L´ONU, la Banque Mondiale, le FMI et bien d´autres organisations ne sont que des instruments de néocolonialisme qui servent les prédations de l´occident et meme l´Asie en Afrique. La Francafrique, l´Eurafrique, la Chinafrique et autres concepts intercontinentaux ne maintienent l´Afrique que dans cette dépendance. Le seul moyen pour les Afriains d´eviter cette juridiction fantoche qu´est le TPI est de permettre le developement économique de leur pays. Vous ne verrez jamais un dirigeant chinois, japonais, nord Américain ou de l´europe centrale devant cette juridiction.
Comment par thot le 30 mai 2008:
Excellente analyse qui fait ressortir la mutation du système quant à ses funestes desseins, mais sans jamais avoir changé quoique ce soit quant aux objectifs: La DOMINATION A TOUT PRIX.
Mais la nouvelle donne devra être de comprendre que aucune armure n’a des failles et que la moindre alliance avec ses sangsues se soldera par la mort de celui qui s’y aggripe!
Songez tout de même qu’ils ont pendu Saddam. Qui l’aurait prédit en pleine guerre Iran-Irak quand ce dernier jouait un rôle “positif”.
Y a de l’espoir! Les coups d”‘état en Amérique Latine sont de plus en plus difficiles à réaliser (comme l’astuce TPI, regardez comment les occidentaux veulent destituer Evo Morales, légalement élu, en cautionnant des référendum d’autonomie des provinces “riches”, volant ainsi la victoire d’un Mr pour lequel les intérêts des populations est primordial), le petit Hezbollah malgré la propagande et la guerre fait mieux que résister, l’impossibilité de détruire l’Iran même sous le fallacieux prétexte du nucléaire, les Chinois joueurs de trouble fête…
Le contexte change, mais ce qui perdure est l’absence de visionnaire de notre côté, l’aliénation culturelle et le jeu de la corruption en plus. Sans oublier la croyance au développement (quelque soit le contenu que vous donnez à ce mot) par l’aide!
Là se doivent de peser nos efforts, la solidarité réelle en plus! Nous n’avons pas, n’avons jamais eu et n’aurons jamais d’amis chez les prédateurs.!..
Comment par Maitre Momo Jean de Dieu le 4 juin 2008:
Ce que dit mon ami le Docteur Shanda ne manque pas d’interet.ce sujet est sensible et merite que nous nous y attardions.Il faut faire une difference entre le TPI et La CPI. C’est de cette derniere que parle notre ami Shanda.Le TPI, il y en a trois pour le moment( Le TPIR, Le TPIY et le Tribunal special pourla siera Leonne) sont crees par le conseil de securite des Nations Unies, tandis que la Cour Penale Internationale qui a proceder a l’arrestation de Bemba, est cree par la volonte des etats ayant ratifies les statuts. Ce ne sont pas les Nations Unies qui ont cree la CPI.les USA et le Cameroubn n’ont pas ratifies les statuts de Rome.C’est un instrument jeune indispensable a la preservation de l’ordre et a la lutte contre l’impunite de certains dictateurs. Maus c’est vrai Shanda a raison, nous devons veiller a ce que ce outil indispensable soit independant de toute pression politique. Je ne peux pas encore prendre position dans le fond du debat et me positionner pour ou contre les juridictions penales internationales.Je soutiens pour le moment la CPI et j’organiserai au Cameroun, a Yaounde en Aout 2008, une conference sur les juridictions internationales, la CPI notamment qui enverra un expert pour nous en parler.Ce sera un bon moment pour lui poser nos questions.Shanda je t’enverrai une invitation, ce serait interessant que tu vienne, je cherchais justement un moderateur.
Comment par Kibila Cyrille le 30 juillet 2008:
Merci d’abord à tous les intervenants. Je voudrais juste demanderà Shanda de ne pas se rendre à cette mascarade de conférence. Cette invitation est une forme de corruption. On risque même de l’empoisonner au cas où il refusait d’approuver leurs points de vue.