Les nouvelles intolérances planétaires et la fin du modèle arc-en-ciel sud-africain
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En quelques jours, le monde entier a assisté en ce mois de Mai 2008, à ce qui pourrait être décrit plus tard dans les livres d’histoire, comme une révolution à l’envers en Afrique du Sud. Le pays de Nelson Mandela qui a enseigné les vertus de la tolérance au reste du monde en réalisant une parfaite transition d’un régime ségrégationniste de pouvoir exclusivement blanc à un régime de pouvoir à majorité noire fortement métissé voire mixé, s’est retrouvé plongé dans la logique des société fanatisées, où des personnes sont pourchassées et tués pour la seule raison qu’elles sont originaires d’un autre pays.
L’Afrique du Sud que le reste du monde connaît, pratique et fréquente depuis la fin de l’apartheid dans le milieu des années 1980, est en effet le pays qui a inventé le concept de « vérité et réconciliation », dans le but de remplacer la logique de vengeance et de l’exclusion des personnes mises en cause et fautives dans les temps passés, par celle de pardon et d’intégration. Plusieurs pays et peuples à travers le monde doivent ainsi à la sagesse et à l’intelligence de l’Afrique du Sud, une certaine renaissance politique et l’invention de nouvelles solidarités nationales.
Lorsque le président Tabo Mbéki déclare après deux semaines de chasse aux étrangers et d’assassinats publiques qui ont entraîné plusieurs morts, que ces actes constituent une barbarie et une humiliation inacceptables pour son pays, il n’a fait que lever un pan du large voile qui masque dorénavant, la mise à mal sinon un certain échec de la belle promesse qu’avait constitué la transition pacifique d’un pouvoir d’apartheid à un pouvoir de consensus majoritaire. Ceux qui attribuent les prix Nobel s’étaient-ils trompés en sacrant De Klerk et Mandela, l’ancien et le nouveau Président de la nation Arc en ciel ?
Des scènes à l’instar de Mandela puis Tabo Mbéki porté en triomphe par les joueurs blancs de l’équipe sud africaine de Rugby, victorieuse de la coupe du monde, n’ont-elles pas donné au commun des mortels, le sentiment imparable et légitime, que le racisme et l’exclusion, ne sont finalement qu’une tare d’imbéciles non civilisés ?
En fait, le mal sud africain, car qu’on le veuille ou non, c’est de ce la qu’il s’agit, constitue un trouble profond pour tous ceux qui pensent et réfléchissent au de la des simples symboles. Le choc que l’événement emporte est de nature à détruire toutes les idées reçues et à compromettre moult thèses et théories. Ce n’est pas un hasard si très peu de voix seulement se sont élevées pour condamner ou pour commenter sur ce qui est arrivé au pays de Nelson Mandela. L’affaire aura été traitée exactement comme un inceste que les membres d’une famille cachent ou évitent d’évoquer en public. Nulle prise de position de quelques organisations des droits de l’Homme trop connues. Nulle déclaration fracassante de l’ONU, de l’Union Africaine ou de l’Union Européenne. Qui oserait aujourd’hui parler mal de Mandela ? Qui oserait oublier d’où vient l’Afrique du Sud et ce que son peuple a connu durant plus de quatre siècles ? N’a-t-on pas entendu qu’une des raisons pour lesquelles certains avaient du mal à condamner Mugabe, réside dans sa longue lutte contre le régime d’Apartheid ?
Un grand journaliste camerounais aujourd’hui disparu qui aura marqué notre enfance, Ebongue Sollè, avait un jour posé cette question à propos de la politique d’Israël vis-à -vis des palestiniens : avoir souffert donne –t-il le droit de faire souffrir ? Nous lui emboîtons le pas, pour demander si à cause de son histoire douloureuse, le peuple d’Afrique du Sud peut se permettre d’enfourcher les trompettes de l’exclusion et de la chasse aux étrangers, en toute impunité ? Le passé militant et combattant de Mugabé lui ouvre t-il la porte à l’impunité et à l’oppression ? Mbéki est-il exonéré de toute critique ?
Il faut situer ce qui se passe en Afrique du Sud, dans un cycle de renaissance des intolérances qui agitent et consacrent la mutation de l’espèce humaine vers un cycle dangereux de remise en cause des valeurs de solidarité, de compassion et de partage. Ce ne sont ni les bourgeoisies, ni les capitalistes têtus et méchants qui organisent les battues dans de nombreux pays contre les étrangers, ce sont les pauvres qui chassent les pauvres, les misérables qui en veulent à d’autres misérables venus de loin. C’est l’autre mort de Karl Marx et de la belle théorie communiste à l’heure où le complot de la mondialisation devrait plutôt les rapprocher. Prolétaires du monde entier, unissez vous, est en train de devenir, misérables du monde entier, haïssez vous.
En fait, nous assistons à la montée de nouvelles intolérances planétaires qui annulent tous les discours intégrationnistes et dévalorisent les idéologies humanistes les plus avancées. En France, la dimension nouvelle donnée au traitement des séjours des étrangers et des naturalisations, a indiqué clairement que le nouveau Président Sarkozy, est porteur d’une vision de la coexistence des peuples et des nations fonctionnant par ségrégation. Le concept d’immigration choisie n’est pas loin de ce que célébrait vraiment l’idéologie nazie concernant le traitement des races. En Italie, le premier ministre Berlusconi qui a repris le pouvoir, lui a emboîté le pas, en faisant adopter par son gouvernement, un train de mesures dures qui feront des clandestins, des bêtes traquées jours et nuits sans la moindre pitié. En Espagne, c’est le même son de cloche pour le premier Ministre Zapatero qui vient de remporter les élections et va gouverner pendant cinq autres années. .
Non, l’Afrique du Sud n’a pas annoncé réellement la fin du modèle arc en ciel, mais elle l’a sans doute certifié et consacré, si l’on se penche dans le même temps sur les dérapages ou les vérités de la campagne électorale pour les primaires dans le camp démocrate aux Etats Unis. Il ne s’agit plus d’un insignifiant repli identitaire, il s’agit du processus de façonnement d’un autre monde, de nouvelles valeurs d’égoïsme dont les implications vont détruire les Etats nations, et vont pousser à la recomposition des principaux centres de décision nationaux et internationaux.
La construction d’un mur de 1200 kilomètres (mille deux cent ) entre la frontière des Etats Unis et le Mexique était déjà tout un symbole, non pas que c’était le signe de la fermeture de la plus grande puissance du monde, mais parce que à travers une lecture plus analysée, l’on pouvait percevoir le refus d’une certaine immigration de déchets. La question centrale se trouve dorénavant dans cette réalité cruelle : s’agit-il pour quelques pays ou pour quelques gens, de condamner à la destruction et à la mort, ceux qui ont faim, ceux qui sont pauvres, ceux qui n’ont pas ou plus d’espoir dans leur terroir naturel ? Mais peut-on alors parler de terroir naturel, si le monde est traité et présenté comme un grand village ? Comment qualifier les mêmes imbéciles qui chez nous et ailleurs, manipulent des notions d’autochtones à des fins insoupçonnables ? Ces cancres de la pensée ont-ils une place dans le monde intelligent et divin ?
Nous sommes en train de verser dans une inextricable contradiction qui désoriente toutes les religions et perdent toutes les chapelles idéologiques. Il n’y aurait plus de classe ouvrière internationale, plus de pauvres universels, plus misérables pitoyables, et surtout plus de solidarité entre ceux mêmes qui présentent une homogénéité de condition sociale. Ce que l’on reproche aux autocrates africains dans la gestion ethnique du pouvoir, ne serait pas finalement différent de ce que font les américains qui ne perçoivent plus les candidats Obama et Clinton qu’en terme de noir et blanc, ni différent de ce que font italiens et espagnols, lesquels ne traitent plus les aventuriers, que comme des emmerdeurs venus par les mers pour polluer leur pays et répandre la misère. On disait déjà que l’on refusait de louer des chambres à des étudiants africains en Europe à cause de leurs odeurs et des senteurs de leurs mets trop épicés. Ce n’est plus de cela qu’il s’agit maintenant, ou du moins pas seulement de cela. La situation est autrement plus grave.
Du noir ou de l’arabe en Europe, l’on ne voudrait que sa capacité de travail, son potentiel de rendement comme facteur de contribution à l’avancement de la société et l’accumulation des richesses. Cette sélection, les sud africains l’on interprété à leur manière, pour les mêmes résultats. Celui que l’on chasse et massacre, c’est celui qui est perçu comme le voleur de travail, et non celui qui apporte le travail et la richesse. Les pauvres zimbabwéens ont le malheur d’être pauvres, et de fuir la misère de leur pays. Ils ne sont pas différents des autres africains qui échouent sur les berges italiennes ou qui sont massés dans les centres de rétention de clandestin en France, en Espagne ou en Allemagne.
Le monde se découvre-t-il enfin radicalement divers, fait de particularismes inconciliables et de nationalismes trop opposés et fondamentalement sectaires ? C’est l’idée de base d’une société multinationale, multicolore et arc en ciel qui est battue en brèche dorénavant. Les émeutes de la faim vont bientôt détruire tous les leviers de la solidarité entre les pauvres, et finir par des insurrections qui casseront les idéologies humanistes jugées romantiques et laxistes. C’est ce processus qu’il faut finalement percevoir dans les événements d’Afrique du Sud. Nous sommes à l’aube des nouvelles intolérances planétaires./.

Comment par Makala Ma Mbassi le 4 juin 2008:
L’homme est l’ennemie de l’homme.
Wouaiiiiiii! Ceux là même qui ont ouvert leurs portes et acceuilli les Sud Africains durant l’apartheid…Quelle honte.
Comment par Napo Ghonda le 7 juin 2008:
C’est simplement honteux et penible
Napo Ghonda
Comment par bruno le 24 juin 2008:
merci pour cette analyse parfaite de mon sentiment , les kémites, et leurs lots de bienfait…et ô combien de soufrance souvent embarrassante pour l’humanité touche presque a leur terme (enfin je le souhaite pour les mes semblable) hotep …