Le grand bond chinois vers l’Afrique
On ne les a pas vus venir. Les contrats passés par les autorités de Kinshasa avec les entreprises d’Etat chinoises qui se sont engagées à doter le pays de routes, d’hôpitaux, d’écoles, de voies ferrées en échange des matières premières (cuivre, cobalt, bois tropical) n’ont surpris et indigné que les Belges. Partout ailleurs en Afrique, les jeux étaient déjà faits : en Angola, en Guinée, au Soudan, au Tchad et ailleurs, les travailleurs chinois sont déjà à l’ouvrage depuis plusieurs années. Ils travaillent vite et bien, vivent dans des conditions spartiates, désireux qu’ils sont de faire parvenir à leur famille l’argent de leur salaire, dix fois moins élevé que le coût des expatriés occidentaux.

En quelques années, s’ils continuent à ce rythme, les Chinois vont réussir ce que les Occidentaux, un demi siècle après les indépendances, n’ont pas réussi à réaliser : ramener le continent africain que l’on croyait à la dérive dans le mouvement général de la mondialisation, des échanges, du progrès.
Pour comprendre l’ampleur de cette révolution, deux journalistes suisses, Serge Michel et Michel Beuret ont délaissé livres, rapports et autres alignements de statistiques, ces documents sans âme auxquels les diagnostics sur l’Afrique se réduisent trop souvent. Ils ont plongé, en Chine d’abord, puis dans une quinzaine de pays africains, pour tenter de comprendre ce qui faisait courir ces petits hommes durs à la peine et peu soucieux de se mélanger aux populations locales. A Pékin, en novembre 2006, nos deux journalistes ont réussi in extremis à arriver à temps pour assister à une rencontre où les Occidentaux, journalistes et diplomates, n’avaient pas été conviés : le deuxième sommet Chine Afrique. Ils y ont pris la mesure de l’opération de séduction menée par les Chinois, compris l’admiration des Africains, témoins d’un développement inimaginable voici quelques décennies encore et invités à en partager les recettes. Ils ont constaté aussi avec quel respect les dirigeants africains étaient traités, bien loin de la condescendance manifestée par les « bailleurs » occidentaux…
A Mianyang, à deux heures au nord de ChengDou, la capitale du Sichuan, Peng Shu Lin fait ses bagages et s’apprête à partir pour le Nigeria. Un contrat de trois ans, qui lui fera gagner 373 dollars par mois, au lieu de 60 aujourd’hui. De quoi renflouer son père à la retraite, rendre le sourire a sa mère au chômage. De la même manière, d’autres Chinois prennent le départ, pour pouvoir payer les études des enfants, achever de construire leur maison. Aucun de ces travailleurs qui font les 3×8 sur les grands chantiers n’envisagent de s’installer en Afrique, ils laissent cela à des jeunes qui tentent l’aventure individuelle et précèdent les grandes sociétés avec leurs articles de pacotille ou leurs appareils électro-ménagers qui rendront enfin la société de consommation accessible aux Africains.
Le principal mérite de ce livre-reportage est de mettre côte à côte des dizaines d’aventures individuelles, comme celle de l’entrepreneur Jacob Wood, déployé au Nigeria et qui a ouvert un bureau de recrutement à Shanghaï ou celle de Philippe Zhang, qui s’est lancé dans le commerce du bois à Brazzaville et est secondé par sa sœur Jessica. Il apparaît ainsi que de l’Algérie à la Guinée, en passant par la Centrafrique, le Soudan, la Chine est devenue la principale opératrice d’un véritable miracle africain.
Sans concessions, les auteurs analysent, ou plutôt décrivent les étapes du lâchage occidental : le rôle de la Banque mondiale et du FMI dans les années 80 qui ont plongé les Etats africains dans la dette puis dans l’ajustement structurel, l’imposition de nouvelles conditionnalité s dans les années 90 (démocratie, bonne gouvernance) , l’afropesssimisme de la fin du siècle dernier «la France, économiquement, peut se passer de l’Afrique » déclarait Sarkozy en 2006 lors d’un voyage au Mali.
Alors que l’Afrique n’intéressait plus personne, la Chine, elle était preneuse. Désireuse de s’affirmer comme grande puissance sur la scène internationale, de déployer son savoir faire, de s’assurer des sources d’approvisionnement. Sa différence ? Faire du commerce et non de la morale, ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures, respecter les autorités en place, même s’il s’agît d’autocrates corrompus ou autoritaires, remporter haut la main les appels d’offres internationaux, en proposant des devis deux fois moins chers que ceux des entreprises concurrentes…
Vues du terrain, les guerres au Tchad, en Centrafrique, au Soudan prennent une autre allure : il apparaît que les rebelles qui faillirent déstabiliser le président tchadien Idriss Deby étaient équipés d’armes chinoises, que Pékin bloque résolument toute résolution condamnant Khartoum au Conseil de sécurité. Peu à peu, Pékin quitte son rôle strictement commercial pour assumer son statut de grande puissance, intensifier sa coopération militaire et vendre des armes, participer à des opérations de maintien de la paix…
L’irruption de la Chine sur le continent noir, étape ultime de la mondialisation, comporte bien des risques, entre autres pour l’environnement, et la forêt tropicale risque de faire les frais de cette nouvelle ruée. Décrivant l’ampleur des changements, les deux auteurs minimisent peut-être les capacités de résistance dont les sociétés africaines sont capables, et ils oublient de relever que si la Chine ne veille pas elle-même à l’entretien des routes et à la maintenance des grands projets, on risque de découvrir, d’ici quelques décennies, des cathédrales dans le désert et autres éléphants blancs.
L’intérêt chinois pour l’Afrique représente cependant une chance, car sans infrastructures, aucun développement n’est imaginable et sans concurrence, aucune amélioration des termes de l’échange ne peut être envisagée.
Les auteurs de « La Chinafrique » décrivent les ingrédients dont se compose se compose le succès de la Chine en Afrique, mais surtout, ils font vivre ses acteurs, décrivent leur enthousiasme, leur ardeur au travail, leur discipline. Et rappellent, au passage, que si la puissance économique joue un rôle, c’est le facteur humain qui fait la différence…


Commentaire par Patrick le 15 juin 2008:
Bonjour,
Avant que on ne fasse éclater ce forum en intervention tapageuse dans le genre « les chinois gâtent le marche» , ou « ils sont des envahisseurs» …Je voudrais préciser que tout ce que l’humain ne connait pas fait peur a priori. Nous avons une chance idoine de comprendre ce pays qui 50 avant était sous développé. Comment ont-ils fait pour parvenir a se hisser parmi les 3 puissances économiques du Monde en 2008 ? Voila la question que je me pose. Ce que je connais d’eux, ce qu’ils ne sont pas friands de grosse cylindrées, ils consomment ce qu’ils produisent contrairement a nous. Et ils sont humbles. Ils n’admirent pas la facilite (feyman, prostituee)
Regardons la crise alimentaire qui a secoue les États africains. Cette crise est le fruit de l’importation par les africains de certains comportements. Je prends un exemple simple. Le petit déjeuner : Le petit déjeuner d’un camerounais est constitue a 90% des produits importes (blé, beurre, lait, nescafé…) Alors qu’a l’époque on réchauffait la nourriture de la veille. En chine au petit déjeuner on consomme du riz…Produit par les chinois.
Au Congo Kinshasa en échange des matières premières ils fourniront routes et écoles. Les Européens ne donnent rien en échange. Ils cultivent même la dépendance vis a vis de la corruption de quelques personnes.
Je suis pour un développement sud-sud. En dehors de la Chine nos états ont intérêt a se rapprocher aussi de l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud…
Commentaire par Africain le 15 juin 2008:
voici un article qui n´a pas directement à voir avec l´article mais concerne la situation de l´Afrique http://www.cadtm.org/spip.php?article3458.
Commentaire par Arthur appolinaire NOUMBI le 16 juin 2008:
Les chinois et nous! je suis d’accord avec toi africain! mais j’ai un problème. depuis qu’on parle de ne pas plus manger occidental le matin, j’ai du mal à trouver ce que je peux faire consommer à mes enfants chaque matin en substitution du pain, du lait, du beurre etc…
sauf peut être pour ce beurre où la sauce d’arachide fait l’affaire.
A Yaoundé, le manioc semble ces derniers temps aussi cher que le pain!
Commentaire par Ti Aya le 16 juin 2008:
En même temps, Appolinaire, si on ne produit pas localement, on ne peut pas avoir de produit locaux à consommer. Si les chinois peuvent venir produire du riz chez nous, alors que nous importons du riz depuis longtemps, c’est bien qu’on a pas fait d’efforts pour favoriser la production locale.
Je me souviens qu’à une certaine époque au Cameroun on parlait de faire du pain avec en partie de la farine de manioc. Personne ne sait ce que cette idée est devenue, et pendant ce temps on importe du blé.
Commentaire par Dominique le 16 juin 2008:
Bonjour,
Nous nous rendons de plus en plus compte qu’au delà des querelles sur les interets des uns et des autres, l’Afrique veut s’ouvrir à l international, trouver des clients pour ses matières premières, comme l’Europe vend ses avions en Asie.La Chine fait des affaires en Europe comme en Afrique. Comme l’Europe continue d’être présente en Afrique.Dans ce contexte de mondialisation des affaires,la question n’est plus de savoir si tel pays fait des affaires avec tel autre, mais comment pourrions nous collaborer tous ensemble EUROPE AFRIQUE ASIE et faire des bonnes affaires? Il est important que des experts, des cabinets-conseils,etc…accompagnent désormais des entreprises africaines à l international pour des partenariats « GAGNANT-GAGNANT» . Nous avons pensé réunir des PMI/PME des trois continents non seulement le 17 Juin à Paris, mais aussi les 7 et 8 Octobre lors de la création de la 1ere plateforme EUROPE AFRIQUE ASIE ( http://www.cicp.biz ) pour refléchir afin de ne plus avoir des contrats mal ficellés,où l Afrique est toujours cette vache à lait !
Commentaire par VERONIQUE JOHNSON le 16 juin 2008:
SHAME SHAME SHAME WHO IS CAUSING PROBEMS IN DARFUR
CHINA WHO HAS DESTABELIZED THE WORLD ECONOMY? china who does not respect human rights =CHINA WHO IS EXPOETING FAKE MEDICATION, POISONNED PRODUCTS STEALING OTHERS INVENTION. THIS TIME AFRICA IS CHOOSING ITS OWN MASTER. BUT THIS TIME THE RUTLESS ONE, WHEN ARE WE GOING TO LEARN?WHY ARE WE ALWAYS CONCERNED WITH IMMADIATE GRATIFICATION WHAT FEELS GOOOD FOR NOW.HISTORY IS REOEATING ITSELF MY PREDICTION IS THAT IN 50 YEARS AFRICANS WILL NOT HAVE A PLACE THEY CALL HOME BECAUSE THEY HAVE TRADED IT FOR A FOOT BALL STADIUM, FOR A HOSPITAL LOADED WITH INCOMPETENT CARLATANT FROM CHINA AND GRASS FROM THE BUSHES OF CHINA. WE START THINKING FOR THE NEXT GENERATIONS. ARE WE SO STUP THAT WRE CAN ONLY BEG WE HAVE LOST OUR DIGNITY. A HUMAN BEING WITH DIGNITY IS WAS THAN A DRY PLANT
Commentaire par Patrick le 18 juin 2008:
My Dear Veronique, I’m sure that you read only Occidental newspapers. What do you prefer France, United kingdom, US to follow our developpement ? Since forty years what those countries have done for us ? Nothing. Corruption may be. Now China is the third economic country in the world. In a few years it will be the first. You talk about Human right ? Why US doesn’t say to Saudi Arabia « you must elect your president» . « You must give to the woman freedom» . You know why ? Because saudi Arabia has petroleum. Don’t talk about human right ? What US did in Irak ? It’s the human right when you leave your country to put trouble in a another country ? You asked « who is causing problem in Drafour ?» And I ask you who is causing problem in Irak. You talk about poisonned products.
My dear Veronique, do you know that during the construction of pipe line Chad-Cameroon US buried toxic products near Belabo ?
You talk about the world economic ? China destabilize world economic because he is selling good at the just price? I’ts you who lost the dignity. You believe in what the European and american say to you
Commentaire par Eddy le 19 juin 2008:
@Veronique
give us a break, would you?!
Too much western media is not necessary good for the brain, unless you want to wash it.
Dont let’em fool you, darling.
Commentaire par leo le 22 juin 2008:
Je m´excuse de ne pas pouvoir répondre en Anglais parceque mon Anglais écrit n´est pas assez bon. mon intervention est à L´endroit de VERONIQUE JOHNSON@: je dirai arretez de faire de la diversion ici. J´ai travaillé au Darfour en collaboration avec l´union Africaine. L´origine du Drame Darfourien est à la fois du à la main sinistre de l´occident et de la betise des noirs. Je m´explique. les noirs et les Arabes vecurent toujours en paix jusqu´au jour ou le président Soudanais vint à l´idée de confier l´exploitation de som petrole aux chinois. Ce qui ne plu pas aux occidentaux (en tete les USA) qui vinrent à l´idée de monter et armer les noirs sous pretexte des revendications pour un meilleur partage des ressources du petrole. Ce qui se passe aujourdhui n´est que la suite logique d´une guerre d´interets. Pourquoi l´occident qui aime tant les doits de l´homme ne soutient pas les revendications Ogonies au Nigeria pour un meilleur partage des ressources de pétrole ou les revendications des équato-guinéens, des camerounais, des tchadiens etc pour une meilleure répartition des ressources. Non l´occident donneuse de lecons a à son compte l´esclavage, la colonisation, le massacre des Hereros (par les allemands), de mes anceteres les bamilekés (par les francais)son role trouble dans le genocide ruandais, son support aux dictateurs (biya, bongo, sassou,obiang, ben ali etc…). c´est cet occident si respectueux des droits de l´homme qui exporte les Armes vers l´Afrique via l´Asie, c´est cet occident soucieux des droits de l´homme qui refuse de baisser les prix des médicaments contre le sida dont ils prent pourtant les ingredients gratuitement en Afrique, c´est cet occident soucieux des droits de l´homme qui lutte contre le blanchiment d´argent et en meme temps garde l´argent detourné par les marionnettes qu´il a installé au pouvoir en Afrique, c´est cet occident soucieux des droits de l´homme qui dans sa politique d´emigration refuse que les enfants adoptés selon les traditions africaines ne rejoignet leur parents parcequ´ils n´ont pas la meme ADN, c´est cet occident soucieux des droits de l´homme qui au travers de ses organisations Banque Mondiale, FMI, ONU etc maintienent des milliers des d´Africains dans la dépendance économique par les politiques bidons de privatisation, les maintien des monopoles au profit de ses multinationales,le maintien d´une monnaie dépendante, des APE etc… c´est cet occident soucieux des droits de l´homme qui au nom de l´humanitaire procede à des trafics humains divers (commerce des enfants = Arche de Zoé, commerces des femmes Africaines pour la prostitution en Europe etc…)c´est cet occident soucieux des droits de l´homme qui fait de certaines villes Africaines (Kribi, nairobi, captown)plaque tournante du tourisme sexuel et de la pédophilie. C´est cet occident si soucieux des droits de l´homme qui a crée des tribunaux penaux pour le Ruanda, le Kosovo, le Liberia mais curieusement aucun pour la France, Les USA, la Grande Bretagne, l´Allemagne etc pourtant les génocides et crimes contre l´humanité sont des crimes inprescriptibles. C´est cet occident qui entretien des partis nationalistes (Front National en France, NPD et DVU en allemagne) au non de la liberté d´opinion et la démocratie, c´est cet occident qui losqu´il a affaire à des crimes racistes dirigés contre les victimes Africaines trouve toujours des circonstances attenuantes au coupables. C´est cet occident qui au non de la lutte contre le térrorisme cré des zones de non-droit comme les prisons sur des bateaux ou des enlevements d´innocents. Si ca ne vous suffit pas chère madame j´ai d´autres dizaines d´exemples de violations des droits de l´homme. Et si vous n´etes pas Africaine de grace tenez vous à l´ecart de ces discussions.
Commentaire par Thierry le 26 juin 2008:
Votre texte est remarquable :
La Chine en Afrique c’est une ouverture vers une nouvelle compétition , fruit de progrès et de prospérité pour nous tous .A nous Francophones d’apprécier aussi notre complicité linguistisque et dans faire bonne usage .