Il ne faut pas négliger la rumeur qui circule à Yaoundé depuis quelques semaines au sujet du célèbre procès-verbal d’audition à la Police judiciaire de l’ancien administrateur directeur général de la Camair, Yves-Michel Fotso (YMF).
Dans l’entourage du Délégué général à la sûreté nationale, Edgard Alain Mebe Ngo’o, on croit mordicus que la fuite subséquente a été suscitée par le clan adverse « pour discréditer et faire enlever à la Police la conduite des enquêtes préliminaires de l’Opération Epervier ». Il s’agirait de démontrer à la plus haute hiérarchie de l’Etat la légèreté avec laquelle les poursuites y sont menées.
La manœuvre aurait alors pour but final de faire communiquer les dossiers au camp d’en face, celui du Ministre de la défense, Rémy Ze Meka dont l’ami et bras séculier, Jean Baptiste Bokam (patron de la gendarmerie), est l’un des actionnaires les plus connus de la Commercial Bank of Cameroon (CBC), filiale du groupe… Fotso. A la gendarmerie évidemment, les enquêtes seraient alors menées plus sereinement…
Même si, en réalité, beaucoup dans cette manœuvre relève de la conjecture et du simple soupçon, l’offensive policière subséquente – qui s’est étendue aux hommes des médias – n’en traduit pas moins la complexité des conflits qui minent la cohésion gouvernementale en cette veille de remaniement gouvernemental.
C’est que, « il règne au cours des conseils de cabinet à l’Immeuble Etoile une atmosphère de fin de séjour. Tout le monde est contre tout le monde », reconnaît, dépité, tel membre du Gouvernement. L’une des cibles de choix des cabales en cours est le Premier Ministre Ephraïm Inoni. Beaucoup de membres du Gouvernement le disent sur les départs, « bien qu’il ait été rassuré du contraire lors de sa dernière entrevue avec le chef de l’Etat, Paul Biya » (sic). « Nombre de Ministres se comportent déjà comme si le PM ne l’est plus », se plaint un proche du souverain Bakweri.

« Tout ceci crée une atmosphère de guerre froide généralisée » qui provoque toutes sortes d’exégèses. Entre autres exploitations « diaboliques » de la situation ambiante, des petits malins ont fait passer auprès du chef de l’Etat ce capharnaüm pour un ressentiment diffus mais collectif contre la récente révision de la constitution qui lui permettra de briguer à nouveau en octobre 2011…
- Invective publique.
Car, dorénavant, ça tire dans tous les sens dans le sérail. Le PM a été publiquement invectivé par la Ministre de la protection de la femme et de la famille, Suzanne Bomback, un pion du réseau Atangana Mebara. On lui a prêté des activités occultes lors d’une double descente de terrain en avril dernier à Yaoundé-Nkolbisson où des inondations venaient de faire des morts et d’importants dégâts matériels. Au passage, la même Ministre a ouvertement engueulé son homologue des affaires sociales, Cathérine Bakang Mbock, à Nkomkana.
Il y a plus dans ce jeu de petites trahisons et de peaux de bananes. L’animosité qui se développe entre les entourages du vice-premier ministre en charge de la justice, Amadou Ali, et du locataire de l’Immeuble Etoile est proverbiale. Comme c’est le cas pour d’autres membres du gouvernement indexés, tout aurait peut-être été déclenché avec la publication il y a quelque temps d’une liste de candidats à l’Opération Main Propre. L’authenticité en fut démentie par Amadou Ali. Mais cela n’a rien changé dans l’imaginaire gouvernemental. Personne n’a oublié que Amadou Ali avait annoncé devant les députés une vingtaine de dossiers en instance…
En tout cas, tout le gouvernement le sait. L’Opération Epervier est directement conduite par le secrétaire général de la présidence, Laurent Esso. « L’exécuteur » c’est Amadou Ali à qui il arrive souvent de s’oublier pour instruire directement une enquête préliminaire au directeur de Police judiciaire, le commissaire Ateba Onguéné, un des derniers fidèles du réseau de l’ex secrétaire général de la présidence, Jean Marie Atangana Mebara. Entre Laurent Esso et Amadou Ali, une anicroche est vite née quant au degré de propreté des mains des gourous de l’Opération. Les autres membres du gouvernement soupçonnent le tandem de régler des comptes personnels dans les choix des candidats au gibet. Ce qui n’est pas pour renforcer la cohésion gouvernementale.
- Morceaux choisis.
En fait, en dehors de ces axes inspirés par l’Opération Epervier, il en existe d’autres, parfois plus violents. Morceau choisi : au cours d’un brainstorming au cabinet du secrétaire général de la présidence de la République en février, le Ministre d’Etat en charge de l’administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, a subi, en direct, les foudres de son homologue de la Défense, Ze Meka. Marafa Hamidou Yaya avait osé s’étonner, devant Laurent Esso, de ce que son homologue de Défense ait abusivement instruit certaines actions aux autorités administratives de son giron sans en référer à son ministère. C’était pour juguler les manifestations insurrectionnelles qui, alors, ont éclaté à travers la République. Le patron de l’armée eut à cœur de jouer les royalistes villageois en outrepassant sa compétence limitée aux forces de 3ème catégorie et à certaines de 2ème. « Bad Boy » a mal pris la gentille admonestation et, agressif, a prétendu l’avoir fait pour suppléer la « défaillance » et « l’incompétence » du Ministre de l’Administration territoriale. Marafa ayant décidé de quitter la petite réunion d’Etoudi qui dégénérait, Zé Meka a promis qu’ils étaient prêts à le remplacer si il partait. Eux qui ? Remplacer du Gouvernement ou de la petite séance ? Toujours est-il que la figure de pensée fut si lourde de sens, et l’homologue de l’AT ne l’a guère perdu de vue. Il a demandé si « Bad Boy » avait désormais le pouvoir et la qualité pour remplacer ad libitum des ministres en fonction…
C’est, en tout cas, le prochain Gouvernement qui se fabrique actuellement sur les berges du lac Leman qui tranchera.
Jean-Marc SOBOTH
