Nous avons bien souvent pris l’habitude de voir les faits à posteriori, de nous critiquer sauvagement tout en posant très peu d’actes concrets qui prouvent que nous soutenons vraiment des positions que nous sommes prêts à défendre parfois de la façon la plus rude.
Je vous propose en ce jour une démarche patriotique, humanitaire et stratégique, laquelle conduira le Cameroun vers de meilleurs lendemains. J’en appelle dans cette note à toutes les forces vives de la nation : décideurs politiques, opérateurs économiques, vecteurs de la pensée publique, diaspora, peuple camerounais, c’est le moment plus que jamais d’œuvrer sur une question qui pourrait compromettre de façon permanente notre avenir ou de le propulser.
En Janvier dernier le gouvernement d’Israël signe un accord de partenariat avec le groupe franco-japonais Renault Nissan pour la production massive et la vulgarisation d’un véhicule électrique. En avant première de cet accord, un groupe allemand à capital-risque nommé « Project Better Place », lequel se charge désormais de vulgariser des stations de rechange de batteries. Nous l’aurons compris, au lieu d’introduire du carburant dans un véhicule à une station d’essence, on remplace simplement la batterie déchargée par une batterie pleine, moyennant bien sûr coût.
Près de 6 mois plus tard, fort des résultats probants en Israël, c’est au tour du Portugal de signer un tel même accord de partenariat avec le même constructeur automobile. Les raisons évoquées pour ce pays du Sud de l’Europe tournent autour de sa dépendance énergétique, liée surtout au fait qu’il ne produit aucune énergie fossile. Ce qui est intéressant c’est que l’accord intervient dans un climat d’essais de missiles de l’Iran, sous-jacent la menace de fermer Harmuz, point stratégique du Golf Persique par lequel transite 40% de la production pétrolière brute mondiale.
Ce qui est aujourd’hui bien compris et très largement partagé, c’est qu’il est impossible de continuer de compter très longtemps sur l’énergie fossile, dont les réserves mondiales sont d’ailleurs estimées à 30 ans tout au plus. Et même si rien n’empêche des miracles ou la découverte de nouveaux gisements, l’impact environnemental qui ira d’ailleurs croissant avec la croissance de la population mondiale et les besoins en développement d’infrastructures est tel qu’il devient nécessaire de développer des solutions alternatives. C’est donc ici la grande opportunité que nous devons saisir, car la question énergétique est une question avant tout stratégique.
1- Au niveau de l’Etat
Si l’Etat du Cameroun aujourd’hui décidait de basculer par exemple une partie de son parc automobile fortement polluant en parc non polluant (peu d’émissions ou zéro émission), il gagnerait beaucoup d’argent en vendant des crédits de CO2 selon les accords du protocole de KYOTO pour lequel il est d’ailleurs signataire. Ceci permettrait de financer plusieurs projets de développement sans faire recours au moindre prêt. Sans compter que la moindre incitation dans ce sens, sans poser le moindre manque à gagner pour l’Etat créerait tout au contraire des opportunités nouvelles à la fois pour l’Etat lui-même et pour les populations. Les pays occidentaux signataires du Protocole de Kyoto ont bien compris que nous n’avons à tous qu’une seule et même planète, ils payent donc pour promouvoir la réduction des gaz à effet de serre ; il existe un barème officiel : tel nombre de tonne réduites correspondent à tel montant reversé à l’entité responsable de la réduction.
2- Au niveau des opérateurs économiques
De grandes opportunités d’affaires sont liées au passage à l’énergie propre. Aux Etats-Unis depuis 2007, on voit se créer de plus en plus dans chaque Etat des entreprises spécialisées dans la conversion des moteurs à explosions des véhicules en moteurs électriques. Les entreprises comme EV America fournissent les composantes d’une telle conversion jusque sur le continent européen. Les particuliers qui optent pour ce genre de conversion ont souvent, et c’est ce qui est intéressant, au-delà de la conscience environnementale des raisons économique ; la maintenance et le coût d’opération d’un véhicule électrique n’étant qu’une infime fraction du coût lié à un véhicule Diesel ou à essence.
3- Au niveau du Public
Alors que le Cameroun compte encore fortement sur la destruction de ses forêts pour doper sa croissance, nous ne pouvons rester plus longtemps spectateurs béants devant la croissance de nos populations urbaines, lesquelles bientôt pour se déplacer, n’auront plus d’autres choix que de se cacher dans un engin hermétiquement fermé, lequel rend l’air ambiant encore moins respirable. Le choix des solutions alternatives est non seulement générateur d’emplois, mais aussi pose des conditions environnementales propices à l’épanouissement de tous, sans compromettre l’espérance de vie, déjà fortement diminuée chez nous par d’autres fléaux.
4- Au niveau Global
Même si nous produisons aujourd’hui de l’énergie fossile susceptible de satisfaire partiellement une demande locale d’un certain type, notre dépendance aux fluctuations globales n’est pas négligeable. Les incidents de février 2008, lesquels ont beaucoup entamé l’image du Cameroun au plan géopolitique ne sont plus souhaitables.
Mais nous ne pouvons pas nous voiler les yeux, le réajustement des prix par l’accentuation du manque à gagner de l’Etat ne fait que repousser à une autre échéance une réalité inéluctable, la flambée du baril de brut n’arrangeant rien dans ce sens.
Alors chers Camerounais, je vous appelle au-delà des clivages sociopolitiques qui sont les vôtres, au-delà des aspirations individuelles parfois très légitimes qui vous animent, au-delà enfin même du bien fondé des reproches que nous pouvons tous nous faire les uns les autres, d’unir nos forces maintenant pour œuvrer dans le sens de l’indépendance énergétique du Cameroun.
Je lance en ce jour l’idée de création d’une Agence pour l’Indépendance Energétique du Cameroun.
Une telle agence pourra recevoir différentes contributions : intellectuelles, humaines, financières publiques, financières privées etc afin de promouvoir, de mettre en place ou de réaliser les actions et projets qui vont dans le sens de notre indépendance énergétique.
Pionnière en la matière en Afrique, cette Agence pourra commencer par la promotion du véhicule électrique, elle pourra catalyser des projets susceptibles d’augmenter notre production électrique lorsque celle-ci est non polluante.
