L’un des principaux points focaux de l’actualité politique internationale depuis quelques mois est bel et bien la crise du zimbabwé, cette crise qui continue de faire couler beaucoup d’ancre et de salive.
Une analyse froide de ce conflit laisse entrevoir combien les appréhensions de beaucoup d’observateurs sont assez empreintes de subjectivité et de passion, des attitudes qui approuvent ou tantôt désapprouvent l’un ou l’autre des divers protagonistes de la scène, Robert MUGABE, Morgan TSVANGUIRAI, la communauté internationale ou l’union Africaine (UA).
En ce moment où les diverses délégations politiques Zimbabwéennes s’acheminent vers l’Afrique du Sud en vue de négocier la forme d’un futur gouvernement d’union nationale, il ne serait certainement pas tard pour apporter d’autres éléments de réflexion.
QUEL MUGABE?
C’est peut –être le personnage non seulement central, mais aussi le plus controversé de la pièce. Il a été et reste quelque peu l’objet de tous les regards et de toutes les pressions médiatiques et internationales, quasiment autant que SADDAM HUSSEIN et Laurent GBAGBO ( pour ne citer que ces derniers) l’ont chacun été à son temps. Un martien qui débarquait sur terre en ce moment croirait même que MUGABE est un nouveau dentifrice très prisé des terriens.
Pour s’être permis 28 (vingt-huit) ans au pouvoir alors que « l’urgence » est à la démocratie, pour avoir « chassé » les fermiers Blancs de leurs propriétés, ou encore pour avoir « massacré » les militants du M.D.C.de Morgan TSVANGUIRAI, l’homme n’est pas seulement diabolisé. Pour beaucoup, il est indiscutablement l’homme à abattre.
- Et si l’on pouvait se permettre un autre regard de l’homme ?
- Et si l’on concevait plus tôt que ce dernier combat contre la recolonisation de son pays depuis 28 ans ?
D’autre part, certains se sont-ils demandé pourquoi MUGABE n’a pas manipulé les résultats des élections pour gagner le premier tour en mars dernier, ou encore pour empêcher au MDC d’avoir sa majorité actuelle à l’assemblée ? Nous savons qu’un parti au pouvoir en a les moyens, en Afrique comme aux Etats-Unis. Mais, MUGABE n’a pas fait de trucage, preuve tout de même qu’il y a du démocrate en lui.
S’agissant du cas des militants du MDC, et si c’était plutôt de la légitime défense contre des manipulés. Pour ce qui est de la minorité blanche, s’il s’agissait plutôt d’apprécier que MUGABE a procédé à une redistribution des terres pour réduire le monopole agricole (Agriculture équitable ?), voire économique des Blancs, pour une meilleure intégration raciale au Zimbabwe. Cette lutte en faveur de la pauvre majorité noire ne serait – elle pas une action positive (discrimination positive ?) devant Dieu malgré l’usage de la force ?
N’est ce pas approximativement le même combat que celui mené par Nelson Mandela pour les Noirs Sud-africains, il y a quelques années ?
DE MORGAN TSVANGUIRAI
Celui-ci est accusé par MUGABE et ses partisans d’être un pion de l’impérialisme, une accusation qui est probablement partagée par une bonne frange de la communauté Internationale. Que ce soit les milliers de dollars qui ont servi au financement de la campagne du MDC, ou encore son dernier refuge à l’ambassade des Pays-Bas à Harare, ce sont là autant d’arguments qui plaident en faveur de ladite thèse.
- Que répond Monsieur TSVANGUIRAI lui-même vis-à-vis de cette allégation ?
- Promet- il à l’opinion Internationale et aux Zimbabwéens, garanties à l’appui, qu’il n’y aura pas un retour au colonialisme ?
- A cet effet, que répondent les capitales occidentales enragées contre MUGABE ?
L’antagonisme MUGABE – TSVANGUIRA s’apparente quelques peu aux antagonismes historiques SEKOU TOURE – DIALLO TELLI, LUMUMBA – MOBUTU ou encore SANKARA – COMPAORE.
Quoi qu’il en soit, la dualité impérialisme – panafricanisme est une donne que les négociations prochaines en Afrique du Sud devraient prendre en compte.
DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE
La crise Zimbabwéenne semble avoir dégagé dans la communauté internationale, la communauté internationale occidentale, et la communauté internationale non occidentale. Pendant que la Russie et la Chine votaient contre les sanctions au conseil de sécurité, les chefs d’états Africains dans la même lancée, se démarquaient du point de vue de nombreuses capitales occidentales. Ces dernières, dont l’attention est surtout porté sur l’alternance démocratique et la réinsertion de la minorité blanche au Zimbabwe, ne devraient – elles pas plutôt mettre en avant le problème de la pauvre majorité noire, pour être plus loyales ?
Peut-être donc devra- t- on désormais faire souvent la part des choses quand on évoque l’expression “communauté internationale“.
DE L’UNION AFRICAINE
Celle- ci a été et reste largement l’objet de nombreuses critiques tant de la part des Africains que de l’occident naturellement. Beaucoup d’observateurs lui ont reproché le long silence face à la crise du Zimbabwe, un silence qu’ils trouvaient complice.
Mais, enfin, certains critiqueraient-ils l’U.A. juste parce que c’est un théorème depuis l’O.U.A, ou alors le feraient-ils vraiment suite à des analyses objectives ? Il faut le dire franchement, les chefs d’Etats Africains ne sont pas dupes.
Si beaucoup d’intellectuels Africains n’ont pas toujours atteint le niveau de conscience nécessaire, ou par ailleurs, si beaucoup d’entre eux pensent encore en fonction de leurs intérêts personnels vis-à-vis de l’occident, eh bien les chefs d’Etats Africains eux, ils ont toujours véritablement pris en compte l’aspect panafricaniste du problème, sans ignorer la nécessité de la démocratie et surtout de la paix. Beaucoup conçoivent toujours inconsciemment la position de l’occident comme la position légale. Même si la raison du plus riche est toujours la « meilleure », l’UA possède malheureusement une conscience propre, et ne saurait être un instrument de la communauté internationale. Le silence de l’U.A. n’était donc pas complice, mais plutôt une sage expression d’objectivité (une prise en compte du point de vue de MUGABE autant que celui de TSVANGUIRAI), simplement différente du regard orienté de l’occident.
Alors que beaucoup de médias incriminaient ce silence, d’autres trouvaient en la décision prise au sommet de Sharm-El-Sheik (Egypte), une faillite de l’UA Oui, mais c’est peut-être la logique du pauvre devant toujours avoir tort.
Quoi qu’il en soit à la fin:
- vives félicitations à l’U.A. qui a son droit à la pensée différente, et dont les actions quand elles sont bonnes sont souvent volontairement ignorées ou mal appréciées. N’est-ce pas que grâce à sa diplomatie une lueur de pacification est en ce moment perceptible au Zimbabwé ?
- Des félicitations particulières à la baraka du Pr BONGO, à la tempérance de THABO MBEKI et de la SADDEC, et au doigté de M Jean PING, Président de la commission africaine.
- Félicitations tout autant à M Emmanuel BAROSSO, Président de la commission européenne, pour son soutien à la diplomatie de l’U.A.
Par pauvreté, beaucoup d’Africains, jusque là, seraient en mesure d’accepter qu’une même chose est bonne ou mauvaise, chaque fois que l’homme Blanc le décide. Mais, l’on devra plutôt encourager la pensée libre, comme l’a manifestée l’U.A. dans la crise zimbabwéenne.
Enfin, tout le monde devrait se demander objectivement si MUGABE est véritablement un dictateur ou un dictateur éclairé.
- Son fameux “ Please help me GOD “ ne laisse t-il pas réaliser que l’homme, et bien d’autres avec lui, croit à la justesse de son combat devant DIEU ?
- C’est vrai, certains diront que même le diable prononce le Dieu. MUGABE serait-il plutôt un héros africain au présent ?
Plutôt que d’une recolonisation, il est logique que les négociations en Afrique du sud prennent sérieusement en compte une meilleure intégration raciale au Zimbabwe. De ce fait, il serait souhaitable, de façon assez naturelle que des représentants de la minorité blanche soient invités à la table des négociations, afin qu’ils disent ce qu’ils sont prêts à perdre dans le cadre des concessions.
Ceci peu paraître partial à certains, mais n’est ce pas nécessaire pour accéder à un meilleur équilibre social ?
Tant que le risque de recolonisation du pays ne sera pas écarté, il y a fort à craindre que le conflit perdure dans le futur entre les dignes successeurs de MUGABE et TSVANGUIRAI.
Bonne chance à l’U.A. et que Dieu veille sur le Zimbabwé.
