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Message de Shanda TONME à Paul Biya: « Le plus important demeure la destruction du système» 

Dans l’histoire, les peuples n’ont jamais triomphé de la peur, de la guerre, de la haine et de toutes sortes de travers et de menaces pour leur cohésion, leur unité, leur respectabilité, leur dignité et leur souveraineté, sans qu’à un moment donné, les citoyens ne se lèvent individuellement pour enfin prendre position, s’exprimer sur la situation du moment et sur les perspectives qui se dessinent pour leur destin.


Au plus fort des guerres, au plus fort des dictatures et des mal gouvernances, au plus fort du règne de la tricherie, de l’injure, de l’humiliation et du désespoir, il s’est toujours trouvé et il doit se trouver, des citoyens suffisamment motivés et sensibilisés, pour s’offrir, pour dire la colère, pour dicter le chemin de la raison collective, pour annoncer la révolte de tous les exclus et de tous les mécontents.


Le réveil salutaire des citoyens est donc devenu impératif, parce qu’il en fut toujours ainsi dans l’histoire et dans les faits, parce qu’il ne pourrait en être autrement sans faire courir le risque de la disparition du peuple, de la mort de l’entité républicaine, et de la banalisation définitive des attributs inviolables de la nation. Il ne faut pas confondre la révolte insensée sans orientation ni objectif avec le réveil attendu. Il ne faut point voir dans le réveil, la mise à mort de toute la république, ni la condamnation automatique de ses différents pouvoirs.


Nous n’engageons pas la grande palabre des lendemains des changements sans tête ni profession de foi. Nous engageons la marche vers la responsabilité individuelle puis collective sans laquelle, il n’y aurait plus d’humanité que de lâcheté. Nous entendons envoyer au reste du monde comme le firent d’autres peuples dans les mêmes circonstances, le message de notre existence et de notre prédisposition pour une fois, à lutter jusqu’à la victoire sur toutes les injustices.


Les procès qui s’annoncent d’un bout à l’autre du monde, ne sont pas seulement ceux des dirigeants totalitaires ou des putains de l’impérialisme interne. Nous sommes en face comme avant-hier et hier, et sans doute comme demain, des démonstrations tantôt des lâchetés humaines, tantôt des arrogances subalternes venues des gens qui jadis marchèrent en faisant pitié.

  1. Il faut avoir vu Richard Nixon pleurer et quitter la Maison Blanche au sommet de sa gloire.
  2. Il faut avoir vu partir le Général De Gaulle après la déception du référendum.
  3. Il faut avoir vu Jacques Chirac devant ses juges quelques mois seulement après son départ de l’Elysée.

La bêtise humaine ne s’arrête jamais avant que les procès n’aient eu lieu et que les juges aient prononcé la sentence. Mais c’est le sens, la substance, le fondement, la justification et la finalité qui nous inquiète en autocratie.

  • Citoyen, je veux que la République ne devienne point le champ des vengeances et des luttes à reculons pour faire triompher quelques clans pressés de changer le sens de l’histoire. Ce qui est en cause n’est ni la faute d’un individu, ni celle de sa famille ethnique, ni celle de ses grands parents et parents. Ce qui est en cause c’est la morale, ce sont les valeurs, ce sont toutes ces déontologies déformées, ces imbécilités cultivés explicitement ou implicitement.
  • Citoyen, je ne veux point de procès qui ne soit le produit d’une volonté effective de tourner la page et de changer les couleurs de nos idéologies sauvages et prédatrices. Je veux voir partout la réflexion en lieu et place des accusations infantiles et stériles. Je veux croire que nous sommes tous habitants d’une République qui fut gérée par ses premiers maîtres comme un porte monnaie privé et qui sombra dans une succession illégitime qui ne tint jamais compte de la moindre volonté populaire. Ce qui fut en cause au Chili de Pinochet, en Italie de Mussolini, à Haïti de Duvalier, en Russie de Staline, ne fut pas la simple personne ou la puissante stature des autocrates régnants. Ce qui fut en cause, fut le système, pas même le régime mais le système, un système de gestion des choses, des hommes, et des rapports sociaux dans toutes leurs dimensions matérielles, philosophiques et politiques.
  • Citoyen, je veux dire à toute la cité, que nulle part je n’accepte d’applaudissements à l’annonce des arrestations ou des privations de liberté, de quelques gestionnaires d’hier. Je n’accepte rien de ces proclamations de joie, parce que nulle part, je n’ai rencontré de courageux qui prit la parole pour annoncer son suicide en vue de faire entendre et connaître au monde entier, sa protestation suprême contre le système. Je n’accepte point ces applaudissements parce que je ne connais pas de gens qui ne furent point impliqués même contre leur gré dans le système. Je ne connais pas de citoyen qui se mit en exil avec toutes ses pensées et toutes ses ressources mentales en protestation contre de fausses élections.
  • Citoyen, je déclare que je veux voir s’installer ce que le régime totalitaire appela renouveau et moralisation, mais à la seule et stricte condition que le peuple soit entretenu, renseigné et rassuré sur le calendrier des opérations et sur leur finalité. Je ne me prendrai point pour le Procureur de circonstance, dans un pays où je n’ai pas pris le temps de me suicider ou de me jeter sous un train pour annoncer ma colère et mon refus de la mauvaise gouvernance. Je ne me mettrai jamais en travers des cercueils de ces gens morts de chagrin pour avoir un jour perdu tous leurs privilèges en écoutant des nominations à la radio.
  • Citoyen, je déclare notre lâcheté collective, en assistant à la fuite et à la trahison de la part de quelques gens qui hier, occupèrent les anti-chambres des cabinets ministériels à la recherche des interventions et de quelques faveurs. Je ne me reconnais point dans un pays où la seule raison est devenue celle triomphante des détenteurs du pouvoir du moment. Je ne me donnerai point en spectacle pour saluer injustement ces coups sans orientation ni programme, qui envoyèrent quelques gestionnaires en prison.
  • Citoyen, je veux comprendre ce qui anime le prince, ce que pense le prince, ce que prévoit le prince, et où nous mène le prince. Machiavel ne fut pas seulement un esprit dérangeant dans l’art d’étourdir ses sujets, il fut aussi un esprit construit qui su promener ses sujets dans un jardin de cynisme tout de même éclairé par quelques lumières indiquant les limites de son pouvoir et la substance de sa cruauté. Je ne veux pas me contenter d’entendre que mon voisin dont le confort me fit mourir de jalousie, est devenu l’hôte d’une sombre pièce dans un commissariat de police. Levez-vous, vous tous ces citoyens qui demeurez propres et qui aspirez au bien-être. Mais levez-vous donc, vous, tous ceux qui ne feront point comme Mugabe au Zimbabwe.
  • Citoyen, je veux une République ordonnée qui nous traite en sujets de droit et non en esclaves suspendus à la volonté d’un prince qui fait le procès des gens au lieu du procès du système qu’il a consacré, cristallisé, banalisé, et encastré dans nos entrailles. Je veux voir le prince se remettre en cause dans un élan d’humilité, avant d’annoncer la république nouvelle, l’aube nouvelle et la gloire de la vérité, car sans son autocritique préalable, toute entreprise judiciaire n’est que vanité des vanités et distraction des distractions.
  • Citoyen, je veux faire entendre dans tous les confins où se décident les malheurs de l’autocratie régnante, que le plus grave dans la perdition de la cité et la mort de l’espoir commença avec de fausses élections, de fausses promesses de démocratie, de fausses techniques de gestion, de faux critères de sélection des responsables, et finalement de faux procès. Je déclare que le plus grand malheur que nous ayons connu, ne fut point quelques détournements, quelques vols, quelques agapes de salauds constitués en gangs au sein de l’Etat, mais plutôt le refus du droit fondamental du citoyen à se prononcer librement sur son destin, sur le choix de son plus haut dirigeant.
  • Citoyen, je veux que l’on sache, que dans la République autocratique de chez nous et d’ailleurs, le plus important demeure la destruction d’un système. Je veux faire entendre qu’il ne fut point besoin d’intellectuel ni de sorcier, pour changer le monde. Je veux dire et le dire à haute voix, qu’aucun peuple n’a jamais triomphé de ses péchés, de son obscurantisme, de ses haines et de toutes ses maladies, en déroulant des précis infinis.

Il m’a semblé qu’en citoyen éclairé, ma responsabilité d’éclaireur dans cette phase de ma brève existence, imposait que j’interpelle le prince suprême de façon ouverte et brutale, pour lui signifier l’inadéquation de sa démarche./.

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1 commentaire »

  1. MERCI POUR LES ECLAIRAGES

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