En suivant de loin les séries de déguerpissement dont sont victimes certains habitants de Yaoundé, il m’a été donné de me rapprocher des sites et j’ai eu la chance de rencontrer quelques malheureux élus.
S’il m’était demandé de donner mon avis, je dirais que je suis entièrement d’accord avec Tsimi Evouna et que moi j’aurai même commencé plus tôt. Parce qu’une ville, même si c’est avec du retard, ça se construit sur la base d’un plan et d’une certaine architecture (même si nous ne savons pas à quoi va ressembler la nôtre) visible. Chaque ville doit avoir une âme.
A côté de ces lamentations fortes compréhensibles, il se dégage quelque chose de fondamental dans la manière de concevoir ce qu’est la famille chez le citadin camerounais ou chez le Camerounais en général. Comment se fait il que pratiquement 90% des personnes dont les domiciles ont été cassés disent ne pas avoir de proches ou mieux de village pour ne serait ce que faire un tour, le temps d’une semaine, pour rebondir avec des arguments plus solides ? C’est vrai que parmi les victimes, il ya des autochtones (natifs de Yaoundé) mais de la bouche de Jack Bauer, ils ont été dédommagés il y’a fort longtemps ! Au-delà de l’argument de pauvreté, ne doit-on pas conclure à une crise de fraternité dans les familles camerounaise où jalousies, haine, égoïsmes et contradictions de toutes sortes ont élu domicile ?
Nous savons que lorsque nous avons un malheur (quel qu’il soit), on se retourne vers la famille. Sommes-nous devenus des européens pour qui la vie se résume à : ma maison, ma femme, ma voiture, mon chien et mes enfants, les autres… on verra ça avec Dieu après la mort? Si ces personnes disent vrai alors il y’a quelques chose que les acteurs sociaux et ceux qui doivent orienter les pratiques sociales productrices de sens bénéfiques pour tous doivent faire de toute urgence pour réinstaller cet esprit de solidarité, d’entraide dont on vantait jadis les Africains.
Je ne sais plus dans quel quotidien une victime nous disait que sa grand-mère de 92 ans est morte de froid parce qu’ayant dormi à la belle étoile et que par suite Tsimi Evouna alias jack Bauer devrait penser à leur donner un cercueil et l’argent de transport pour aller au village. (Eux au moins ils en ont encore !).Les pratiques et les mœurs ont évolué dans un sens très compliqué dans nos Etats où la mondialisation et ses logiques donnent le tournis à nos responsables qui se sont vautrés dans les fauteuils des discours de leurs dieux les occidentaux. Depuis lors c’est la catastrophe dans nos micros familles.
Pour revenir dans le sujet, Jack Bauer sans le vouloir peut être, renvoie certains au village ; un lieu chargé de malchance, de maladies, de chômage, de sorcellerie ; il n’y a pas d’électricité, pas d’eau potable, pas de téléphone ; le portable passe souvent si on monte sur un baobab ; en plus là-bas il n’y a pas non plus l’équipe du dimanche et le câble, bref c’est rentrer au moyen âge, vivre avec des étrangers même s’ils sont de notre famille. A mon sens, c’est une bonne chose ; au moins on pourra repartir sur la réalité du Cameroun avec un regard neuf et le construire sur la base cette réalité et non sur l’illusion des produits importés, fruits des efforts des autres.
Il faut le dire, il n’y a presque plus personne dans nos villages (surtout les villages des provinces du Centre-Sud-Est) ; tout le monde est venu à Yaoundé ou à Douala « se chercher » et personne ne veut y retourner debout ; pourtant c’est dans ces contrées que nous sommes tous enterrés même si notre dépouille arrive de Londres, les pieds devant.
Pourtant les quelques vingt millions et plus que nous sommes, n’arrivons pas à avoir chacun un logement « décent » dans notre cher, riche et beau pays. Moi-même je n’ai pas les moyens de louer une chambre de 15 mille francs et la payer de manière constante : où est le travail ?
Chers parents supportez nous encore, on n’a pas le choix ; vous nous dites souvent qu’à votre époque ce n’était pas comme ça ! Ce que Jack Bauer pourrait aussi faire de manière accélérée, c’est d’amener une partie de la « civilisation » dans nos villages. Ce ne sont pas les moyens qui manquent. Nous avons entendu qu’il ya beaucoup d’argent dans les caisses de l’Etat ; « l’argent du PPTE » et celui que vous allez récupérer auprès de ceux qui ont « rendu gorge ». Comme Yaoundé devient étroit, il y a de la place jusqu’à BoumNyebel chez nous ; tout le monde peut le voir quand il va à Douala. Envoyez nous même le Ministère de la Justice et certains Palais de sport ; comme ça les fonctionnaires seront obligés de venir vivre ici et la région pourra aussi avoir des logements susceptibles de nous faire aimer notre lieu de naissance.
Même à Mbankomo ou alors sur la route de Mbalmayo ou du côté d’Obala, les deux côtés de la route sont déserts. Il faudrait aussi agrandir les routes qui existent déjà de ces côtés pour ne pas avoir à casser de nouveaux ceux auront construit « n’importe comment ». Pour ça Jack Bauer quand tu rentres de Chine, donnes-nous les plans d’architecture autorisés et surtout dis à ton boss de revoir nos conditions. Comment veux-tu qu’on s’aime quand il donne « la vie » à nos cousins et il nous lèse ? A l’église on nous apprend à aimer nos frères mais leur amour là est difficile parce que depuis qu’on a cassé les maisons des parents de mes amis à Yaoundé, on les ne leur permet même plus de dormir sur les bancs pourtant ils ne dérangent personne ! Et puis c’est de leur faute : est ce que quelqu’un leur a demandé de ne pas s’entendre avec leurs frères même s’ils n’ont pas « un peu » ?
De quoi je me mêle ? Trop de sorciers au village, pas de logements dits sociaux dans les villes, dans les foyers il faut prier au nom d’un gars que je n’aime pas beaucoup ; la famille est « morte » depuis longtemps, les amis ne peuvent pas nous aider toute la vie, on peut quand même continuer à dormir dans les bars ou dans les chantiers. Si seulement j’étais de l’Ouest, là-bas au moins les villages sont comme les villes, il y a tout ; la tontine familiale peut t’aider et tu n’es même pas obligé de venir souffrir à Yaoundé.
Au fait l’Ouest, le grand Ouest c’est les Camerounais qui y sont non ? Il n’y a pas un Jack Bauer là-bas ?
NTUMBA ZEPHIRIN
