Echec des diplomaties et globalisation de l’insécurité (1ère partie)
La plus optimiste des prospectives concernant les relations internationales de la prochaine décennie vacille dorénavant dans de multiples incertitudes. Le monde avait pourtant évolué depuis 1945 sur les acquis d’une relative sécurité collective, en dépit de la rivalité impitoyable entre les deux grands blocs. En réalité, ni les guerres dites moyennes, ni celles dites petites et n’impliquant pas directement les territoires des grandes puissances, n’ont jamais remis en cause les acquis du système de sécurité collective verrouillés dans les processus diplomatiques multilatéraux garantis par l’Onu. Par ailleurs, ni les imperfections du système de l’organisation des Nations Unies, ni l’irruption de nouvelles doctrines extrémistes qui ont pu, ou su, utiliser les religions pour se muer en phénomènes déstructurants, n’avaient jusqu’à présent fait craindre un seul instant que le monde pouvait plonger dans une conflagration généralisée à l’image de celles de 1914-1918 et 1939-1945.
L’état des lieux, en ce début de la deuxième moitié de l’année 2008, donne à penser que les experts avaient conclu trop vite à l’avènement d’une paix durable voire définitive et à une entente parfaite entre les nations. Avant même de procéder à un inventaire des nombreux signes qui inquiètent maintenant l’humanité, sans doute faudrait-il rétablir les Etats dans leur fonction d’acteurs cyniques qui n’entendent que le son de leurs intérêts égoïstes et n’obéissent qu’aux indications primaires de leurs planifications géostratégiques.
En quelques jours du mois d’août 2008, les vieux démons de la guerre froide ont refait surface, brisant le rêve d’une harmonie et d’une cohabitation pacifique des monstres de la géopolitique et ramenant encore mieux qu’hier le destin de l’humanité à un banal jeu transparent sans garde-fous solides.
Personne n’arrivera à expliquer, assez pour être compris, ce qui a trotté dans la tête du président du petit Etat de la Géorgie, pour qu’il lance ses troupes contre sa province d’Ossétie du Sud, par ailleurs fidèle alliée de Moscou. Personne n’établira non plus avec certitude la vérité sur les allégations selon lesquelles Washington avait formellement déconseillé au même président, fringant avocat formé dans les universités américaines et fidèle allié des Etats-Unis, de prendre l’initiative d’un conflit armé avec la Russie. Ce qui nous reste sur les bras, c’est pourtant la réalité cruelle d’une aventure militaire qui a mal tourné, enclenché un nouveau cycle d’échanges durs entre les Etats-Unis et la Russie, et placé la diplomatie internationale en ordre de bataille. Le fait que l’on ait entendu le président des Etats-Unis utiliser à nouveau l’appellation de “ monde libre ”, que l’on croyait enterrée pour toujours, est un drame dans tous les sens du terme.
Ce qui est préoccupant aujourd’hui, c’est la zone de ténèbres qui vient de s’installer et dont il est difficile de dire comment elle sera balayée.
Illogisme des Etats-Unis ou erreur de Gorbatchev ?
Qu’on le veuille ou non, l’heure est aux regrets en Russie ainsi que chez certains de ses fidèles alliés, du moins pour ceux qui lui restent encore intimement liés soit dans le cadre du commerce, soit dans le cadre d’une complicité diplomatique étroite résultant de la belle époque des fraternités socialistes internationales. De plus en plus de stratèges, et non des moindres, soutiennent aujourd’hui que Mikael Gorbatchev a commis une véritable faute, et a rendu un très mauvais service au monde, en initiant la désintégration de l’ex Union des Républiques socialistes soviétiques (Urss). Selon cette école de pensée qui prend de l’ampleur, les relations internationales ont été précipitées dans un déséquilibre inacceptable, avec la disparition d’une des superpuissances militaires et stratégiques. Il eut été possible, soutiennent-t-ils, de réformer l’Urss sans pour autant occasionner son émiettement.
A l’appui de la thèse de l’école anti-Gorbatchev, laquelle n’hésite plus à accuser le dernier premier Secrétaire du Parti communiste de l’ex Urss de trahison, il y a la conduite des Etats-Unis. Le fait que Washington n’ait pas cru devoir dissoudre l’Otan est considéré comme un mauvais jeu, voire une épouvantable tricherie. Il convient de rappeler que le Traité de l’Atlantique Nord vit le jour en 1949, avec pour objectif la sécurité en Europe et la constitution d’une alliance internationale des pays occidentaux ouvertement dirigée contre les pays communistes. En réplique, le pacte de Varsovie fut créé en 1951 comme contrepoids logique. Dans l’ordre des choses, l’on s’attendait à une réciprocité se traduisant par la disparition des deux alliances militaires rivales dès lors que la guerre froide était officiellement terminée. Pourtant, les Etats-Unis ont plutôt procédé au renforcement de l’Otan et ont ouvert la porte de membre aux anciens Etats du pacte de Varsovie puis aux anciens membres de l’ex-Urss devenus indépendants. Dans ces conditions, la crise ne pouvait que couver, d’autant plus que des pays, à l’instar de l’Ukraine et de la Géorgie, s’affichent ouvertement comme des pions des Etats-Unis. Il faut souligner que, malgré la mise en attente – pour l’instant – de la candidature de ces deux derniers pays, leur coopération relative avec les structures militaires de l’Otan sur le plan des renseignements et des échanges d’état major ne fait aucun doute.
Il y a plus grave, notamment avec le projet d’installation de boucliers anti-missiles sur les territoires de la Pologne et de la Bulgarie. Washington prétend que ces bases anti-missiles sont destinées à contrer toute menace de l’Iran ou de tout autre pays qui développerait des engins balistiques nucléaires de longue portée capables de frapper les Etats-Unis. Moscou a beau faire savoir que de telles installations sont inacceptables, contraires aux exigences de confiance mutuelle, et calculées contre son territoire, les Etats-Unis n’ont rien voulu savoir et ont signé les documents nécessaires. Dans le traité signé avec la Pologne, certains termes donnent effectivement raison à la Russie, puisqu’il y est prévu le contrôle et l’utilisation conjoints, par les deux pays, des systèmes de courte portée contre toute menace éventuelle dirigée contre l’hôte des installations. En clair, Moscou est désigné dans cet arrangement comme un agresseur non plus potentiel, mais réel.
Il n’y a pas que les Russes qui pensent, au regard de ces développements, que les Etats-Unis n’ont jamais réellement voulu libérer l’Europe et l’Asie de leurs armes et que même la guerre froide et le communisme ne furent que des prétextes pour étendre et garder la main mise de l’impérialisme américain sur les régions les plus prospères du monde en dehors de l’Amérique. Les conséquences sont très graves.
Rupture définitive de la sécurité collective et mise en place d’une alliance virtuelle Russie-Chine, et autres, contre Washington.
L’affaire des bases anti missiles installées en Europe a dévoyé les Etats-Unis et renforcé, de fait, une alliance anti-américaine qui était devenue contre nature. La plus grande menace ne vient plus de la Russie, et encore moins de la Chine, elle vient en réalité d’un terrorisme insaisissable constitué par des groupes extrémistes encore plus violents et plus secrets que Al Qaida. Perdre le soutien de la Russie, c’est entrer dans une tourmente imprévisible pour la politique étrangère des Etats-Unis. Dans ces conditions deux observations s’imposent.
- Premièrement, il va devenir très difficile de retenir l’Iran. Il n’existe plus aucun moyen, sinon la guerre, ce qui s’avèrerait très dangereux et très impopulaire, d’arrêter le programme nucléaire iranien. Moscou et Pékin ont déjà démontré, au sein du Conseil de sécurité, leur opposition à toute sanction brutale contre Téhéran. La petite coopération, que l’on pouvait obtenir de ces deux membres influents disposant du droit du veto, est dorénavant terminée. Ce n’est pas Moscou, menacée et désignée comme agresseur dans un traité, qui aidera Washington à atteindre ses objectifs. Tout le monde va se mettre dans la logique de préparation d’une guerre hypothétique et chacun va se replier sur des considérations sectaires, très loin des soucis de la sécurité collective.
Deuxièmement, si le spectre de la guerre peut être considéré comme improbable, il n’est pas exclu que l’action de petits fous, en somme de petits pays mal conseillés et mal dirigés, ne mette le feu aux poudres. Le jeune et inconscient président Saakachvili s’est cru soutenu par Washington, qui a tout fait et continue de tout faire pour effectivement se rapprocher le plus près que possible des frontières de la Russie. Le président a donc attaqué la capitale de la province séparatiste, dans un rare élan de violence. La Russie a sauté sur l’occasion pour envahir une partie de son territoire, détruire ses principales installations militaires, mettre la main sur les stocks d’armes fournis par les Etat-Unis, et donner un avertissement à tout le monde.


Commentaire par Jo le 24 août 2008:
Bravo, continuer à parler aux africains en confortation de vos talents d’acquisitions occidentales, vous aurez certainement une caresse d’une certaine élite.
Vous vous doutez certainement que ceux qui s’intéresseront à vos écrits sont des esprits éclairés et de ce fait refaire ce qui est d’évidence le listing des événements n’est un exploit.
Si cela se rapporte à la majorité des africains qui se détournent de tout ce qui ne concerne le quotidien directement, là franchement c’est raté.
Le combat serait de les intéresser à le devenir particulier et personnel concrètement.
Vous vous voulez apte à porter la lumière dans les esprits africains ou recherchez-vous la reconnaissance de mentors.
Il est vrai que ce n’est en réalité pas des africains que les postes à responsabilité découlent.
Jts
http://www.visionafricaine.com