Yaoundé, à l’instar des grandes villes respectables d’Afrique est en train de muer sous nos yeux. Notre ville s’embellit au quotidien et, pour ceux qui savent décoder les choses, c’est devenu un élément de fierté que d’être Yaoundéen et par suite Camerounais.
Dans cette euphorie narcissique, il reste des aspects de nos pratiques sociétales et quotidiennes qui nous rappellent que nous sommes loin d’avoir acquis des attitudes de personnes que l’on peut classer dans des catégories spécifiques aux habitants des villes dites « modernes» .
Le transport en commun, en particulier le transport en Taxi dans la ville de Yaoundé est ce référentiel qui a déjà défini des pratiques et des modes d’actions intégrés et acceptés de tous comme « valeurs» identifiables et défendables à souhait, du moins pour tout Yaoundéen.
La surcharge dans les taxis de ramassage est de celles là.
La surcharge comme mode de vie dans ce biotope que constituent les Taximen et les passagers de notre capitale est quelque chose de tout à fait banal; c’est utile, nécessaire et même humain parce qu’elle rend service à tout le monde quelque fût sa situation sociale.
Pourquoi parler par conséquent de quelque chose qui somme toute est indispensable? Juste pour faire l’intelligent ou pour nous déranger les oreilles puisque « Si tu ne veux pas, tu achètes ta voiture« .
Une dame a publié un article dans le Journal « Le messager« ; dans cet article elle décrit le Cameroun et le Camerounais dans sa réalité inhérente. Par exemple elle dit que dans un taxi bondé de monde (7 personnes pour des places réelles de 5) stoppé par un policier, ce sont même les passagers qui demanderont au chauffeur de lui donner ce qu’il veut pourvu que tu nous accompagnes à bon port. Il se dégage de ce fait qu’en plus des lignes dites « de périphérie» – ou pour aller au village (surtout les villages périphériques de Yaoundé) – où la pratique est normale, le Camerounais trouve normal que l’on marche sur ses droits les plus élémentaires.
Ainsi, le tarif officiel du taxi étant de 200 frs CFA (ramassage) [sutout pour nous qui ne pouvons pas prendre un dépôt (1500frs CFA) ou une course (2500frs CFA/par heure)], d’où vient-il que nous soyons obligés d’accepter que l’on nous « bâche» et devant (siège passager) et derrrière (siège arrière).
La Loi dit que nous avons le droit de refuser mais comme ils ne sont pas nombreux ou ils paraissent « trop connaisseurs» ceux qui la connaissent, nous acceptons cette pratique à la fois dénigrante et potentiellement nuisible? (agressions, vols…).
Nous n’avons rien contre les personnes qui veulent arrondir leur recette, nous ne pouvons pas rentrer irrémédiablement dans l’ère de la modernité chère à Tsimi Evouna et continuer à nous comporter comme si la voiture était encore une invention qui date de 1990. Encore qu’il faut voir l’état de ces taxi:
- Le chauffeur est généralement très sale,
- le taxi manque généralement de tout (pas de manivelle, vitres en toile d’araignée, sièges « finis» ; ne demandez pas la radio, la climatisation ou le chauffage);
- la visite technique « de nos yeux» nous montre que les roues sont lisses,
- les rétroviseurs cassés,
- les roues n’ont plus d’enjoliveurs,
- la roue de secours est souvent crevée
- et l’odeur dudit taxi est on ne peut plus supportable.
Il n’ y a pas que l’exigence de modernité et de « citadinité» qui nous autorise de tutoyer ce problème (parce que c’en est un) mais si ce n’est pas déjà une dignité tronquée que d’acquérir des véhicules dits d’occasion d’Europe, c’est encore plus catastrophique d’instituer dans les moeurs de nos jeunes gens les pratiques de l’à peu près.
Les conséquences sont désastreuses: Habitués à ce phénomène (et tous ceux qui lui ressemble) ils accepteront plus tard des salaires de misère, des vêtements usagés et jamais le neuf, des repas avariés, de l’eau sale, une éducation obsolète voire des pratiques politiques aliénantes.
Notre vision se fonde sur un certain nombre de faits liés à la fois à nos prétentions individuelles ( tout le monde veut avoir les éléments de la réussite sociale – c’est tout à fait normal même si peu y arrivent en réalité – et jouir de ceux-ci) et sur les projets de sociétés tels que définis par la plupart de nos leaders. Le téléphone portable aujourd’hui pour prendre un exemple est un outil de la modernité et personne ne peut s’en passer. Il coûte de moins en moins cher et c’est une fierté de l’acquérir (à l’état neuf) au fruit de son labeur. Il en va de même des autres éléments de la « socialité moderne« .
Tsimi Evouna, le délégué a commencé par résoudre une partie du problème de l’image d’une ville « moderne» en cassant et en mettant des fleurs ça et là; il a même introduit des taxis dignes de ce nom ( c’est vrai que ce n’est pas donné à tout le monde); c’est un début mais nous sommes sûrs que quelques uns ne soient pas d’accord; de grâce videz ces villes de ces engins d’un autre âge. Les pratiques bio (vertes) sont en train d’être intégrées un peu partout, Yaoundé, Douala et les capitales de républiques de l’importation à tout vent (surtout le vieux, le prêt à jeter) sont encore à la traine.
Avec la complicité des policiers, des passagers, des assureurs, des vendeurs de voitures d’occasions, des concessionnaires, des imporateurs de la mondialité,de tout le monde, boutons la surcharge hors de notre pays. La corruption a plusieurs visages; nous les connaissons. Personne d’autre ne viendra lutter contre.
Que dire des motos alors?
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