Par Shanda TONME 9 septembre 2008 6 commentaires

Ruben Um NyobeC’est sans doute l’assassinat lâche de Ruben Um Nyobè, qui donne, peu avant 1960, le ton et l’énergie nécessaires à l’Assemblée Générale des nations Unies, pour faire voter la déclaration 1514 relative à l’octroi de l’indépendance aux peuples et territoires non autonomes sous l’impulsion de l’Union Soviétique alors dirigée par Kroutchev. La mort du chef du parti camerounais UPC, n’était pas un inconnu dans les instances de l’ONU où il avait notamment conduit une délégation dite des pétitionnaires pour plaider la cause de la dignité et de l’indépendance du peuple camerounais.

Dans la catégorie des crimes ignobles attribués au colonialisme et à ses potentats, l’assassinat de Ruben Um Nyobè n’égale à aucun autre, au regard des circonstances dans lesquels celui-ci intervient.

Les historiens ont pu établir sur la base de témoignages dorénavant crédibles, que le chef de l’UPC fut abattu à bout portant par une patrouille mixte faite de soldats du corps expéditionnaires français et des subalternes camerounais. Il fut surpris dans sa cachette à Boumnyebel en pays Bassa, après avoir été semble-t-il trahi, donc livré, par quelqu’un de proche, quelqu’un que l’on a pu identifier comme Mayi Matip, compagnon de lutte qui sera plus tard récompensé par un poste de vice-président de l’Assemblée nationale du régime installé à Yaoundé par la France.

Il est particulièrement important de souligner, que le Mpodol, nom affectueux de commandement par lequel le peuple lui traduisait sa plus grande affection, fut abattu alors qu’il n’avait opposé aucune résistance, et alors qu’il ne portait aucune arme susceptible de constituer une menace pour ses assassins. L’ordre semble avoir été de le ramener mort, de lui ôter la vie sans sommation. C’est ce qui fut fait.

Pierre Mesemer, l'assassin des camerounaisIl est aussi fondamental de noter, que l’UPC, la locomotive du mouvement nationaliste camerounais et l’un des tous premiers partis de ce genre à voir le jour dans les colonies françaises, ne prônait pas la violence. La violence et la lutte armée furent imposées à l’UPC par les envoyés de la France au Cameroun, lesquels firent preuve d’une barbarie égale seulement à celles déployées en Indochine et en Algérie.

Des noms célèbres à l’instar de Roland Pré, Pierre Messmer, et bien d’autres administrateurs cruels affectés au Cameroun pour éradiquer toute revendication nationaliste, n’ont pas encore réellement pris toute leur place dans les livres d’histoire. La raison est fort simple, c’est que l’histoire du pays continue de faire peur des côtés de la méditerranée. A Paris comme à Yaoundé, ceux qui craignent l’ouverture du dossier des génocides en pays Bassa et en pays Bamiléké, sont trop nombreux.

  • Plus qu’un exemple, un symbole

Il faut sans doute se situer exactement dans le contexte de la fin des années 1950 et des aspirations des peuples d’Afrique et d’Asie à la dignité, pour mieux comprendre l’œuvre, la stature, et le martyr de Ruben Um Nyobè. L’homme ne tint jamais un autre discours que celui de la démarche pacifique, de la non violence, de l’indépendance, et de la réunification de son pays. Lorsque quelques révisionnistes écrivent aujourd’hui que l’UPC plongea le pays dans le chaos et l’insécurité, il s’agit d’un pur mensonge pour salir la mémoire de mémorables nationalistes.

La France agissait au Cameroun pour l’exemple, pour une punition dissuasive, pour une correction finale de nature à décourager les velléités de résistance dans les autres territoires sous sa domination. Les propres témoignages des militaires français qui furent en action à l’Ouest du Cameroun, décrivent un véritable enfer de bombes et de napalm. Des centaines de villages furent incendiées et entièrement détruites avec leurs habitants. La suite, ce sera une succession d’assassinats de pauvres paysans qui avaient été contraints de se réfugier loin dans les brousses. D’autres traîtres ont encore pu écrire sans honte, que l’UPC n’était pas soutenu. Il s’agit d’une pure affabulation historique. Nulle part sur le continent, parti nationaliste ne fut autant populaire. C’est d’ailleurs ce qui fait que à l’annonce de la mort de Um Nyobè, de multiples petits groupes se formèrent et se radicalisèrent, se livrant à des actes désespérés de vengeance que l’on a pu confondre à des formes de terrorisme.

Ernest OuandiéLe cas du Cameroun, est pathétique à plus d’un titre, lorsque l’on s’appesanti sur le caractère criminel et génocidaire du régime colonial. Tous les dirigeants historiques furent liquidés lâchement : Félix Roland Moumié par empoisonnement dans un restaurant à Genève, et Ernest Ouandjié par fusillade sur la place publique après un procès bidon du régime fantoche de Yaoundé. Les procès à venir, devront statuer sur le fait que Ouandjié bien que s’étant rendu de lui-même au régime, n’en fut pas moins assassiné.

Au Burkina Faso, Thomas Sankara fut liquidé dans la même tradition d’élimination des grandes figures révolutionnaires et des porteurs d’espoirs des peuples du continent. Mais avant le leader de la révolution d’octobre 1984 au pays des hommes intègres, plusieurs autres martyrs tombèrent sur le champ d’honneur. Lumumba du subir les pires tortures avant d’être assassiné, découpé en morceaux et les restes plongés dans de l’acide. Les écoliers de Soweto allient suivre, puis Amilcar Cabral de guinée Bissau, puis Steve Biko et Dulcie September d’Afrique du Sud, puis les autres, puis tous les meurtres explicites ou implicites, couverts ou ouverts de la période récente, à l’instar de celui du chef de la coordination des partis d’opposition au régime sanguinaire d’Idriss Déby au Tchad.

En réalité, l’opposition catégorique de la France à l’accession au pouvoir de l’UPC au Cameroun, annonçait la couleur de ce qu’allait être le sort des peuples sur le continent, et participait de la détermination de l’impérialisme à ne rien accepter qui ressembla à une émancipation effective des peuples comme l’avaient réclamé les rares dirigeants d’Afrique et d’Asie à la conférence de Bandoeng en 1955.

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Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.

  • http://www.20mai.net/2008/09/10/la-problematique-ideologique-comme-axe-de-justification-des-crimes/ La problématique idéologique comme axe de justification des crimes : 20mai.net

    [...] Première partie du texte [...]

  • http://www.20mai.net/2008/09/11/tribunaux-nationaux-contre-tribunaux-internationaux/ Tribunaux nationaux contre tribunaux internationaux : 20mai.net

    [...] Première partie [...]

  • http://www.20mai.net/2008/09/12/de-la-relativite-des-crimes-de-guerre-et-des-crimes-contre-l%e2%80%99humanite/ De la relativité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité : 20mai.net

    [...] Première partie [...]

  • http://www.20mai.net/2008/09/13/a-chacun-son-martyr/ A chacun son martyr : 20mai.net

    [...] Première partie [...]

  • njitoyap eric

    vous me faites rever

  • http://www.global-silart.com Silas

    « Il est temps et il est necessaire qu’au moins les Noirs sachent que la difference fondatrice du decalage entre le genocide afro-americain et les genocides hitleriens releve non pas des faits, mais de leur qualification juridique, ainsi que la qualite des victimes. Une fois cela admis, chacun, s’il le veut, pourra comprendre qu’en histoire la definition et la qualification des faits, ainsi que leur dimension historique, sont affaires de pouvoir.» 

    Extrait du livre intitule: LA FEROCITE BLANCHE – DES NON-BLANCS AUX NON-ARYENS. GENOCIDES OCCULTES DE 1492 A NOS JOURS. Auteure: ROSA AMELIA PLUMELLE URIBE. Ed: Albin Michel

    Notre tache plus que jamais est de re-construire notre histoire suivant un autre paradigme et de la faire connaitre a nos enfants.

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