Par Shanda TONME 10 septembre 2008 1 commentaire

Que ce soit à propos de l’UPC et de ses dirigeants ou des autres mouvements et dirigeants nationalistes d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des caraïbes, la seule idéologie conductrice de leurs actions demeuraient l’attachement aux principes de l’autodétermination et du droit des peuples à disposer d’eux mêmes. Les impérialistes ont prétendu pour fonder leurs crimes, qu’ils combattaient des hordes de communistes à la solde tantôt des chinois, tantôt des soviétiques. L’UPC fut accusé d’être inféodé au parti communiste français et au mouvement communiste international. Une lecture assidue des textes majeurs rédigés par tous les dirigeants de l’UPC, n’apportent aucun début de preuve dans ce sens. Certes, une alliance objective existait entre les pays du bloc communiste emmené par l’URSS, avec les peuples en lutte, les peuples opprimés, mais il s’agissait d’avantage d’une alliance de raison et de tactique circonstancielle, que d’un choix stratégique ancré sur une adhésion partisane au regard de la rivalité que se livraient les deux grands blocs dominants du monde.

Nous ne pouvons cependant pas nier, que par pure opportunisme ou par exigence de repères pour la formation des cadres et plus tard la conscientisation des masses, les mouvements nationalistes durent verser dans des rhétoriques révolutionnaires qui entretenaient leurs propres mythes. Si à l’opposé, les peuples ne pouvaient connaître que humiliation, domination, exploitation et asservissement de la part de français, belges, américains, et tous ces adeptes des idéologies de conquête, ils retrouvaient à Moscou, Pékin et Cuba, le discours de solidarité, d’amour, de compassion et d’espoir suffisant pour animer leurs luttes et surmonter l’adversité.

Pourquoi a-t-on pu dire que ce qui était en cause, c’était la liberté contre le totalitarisme, au point de pratiquer des génocides que les livres d’histoire toujours majoritairement contrôlées par les auteurs de ces crimes, tardent à révéler ?

Lorsque le Président Ronald Reagan accède à la Maison Blanche en 1981, il remet toute l’histoire du monde depuis 1945 à table, pour affirmer sans gêne, que les Etats Unis n’ont aucune excuse à demander à personne, que les américains morts dans les multiples guerres en Indochine, en Corée et ailleurs, ont combattu pour la bonne cause, et enfin que ce que l’on a qualifié de sale guerre en parlant du Vietnam, n’est qu’une infâmante propagande des ennemis de l’humanité.

Ce discours est non seulement dangereux, mais profondément choquant pour ceux qui ont une perception du monde comme une sphère d’uniformisation des principes moraux et religieux. C’est en fait la philosophie d’existence de chaque peuple qui fonde ses actions et déterminent la couleur de son jugement. Les peuples dominants en imposant leurs volontés au reste de l’humanité, ont tracé le cadre normatif des institutions internationales et partant, des cahiers de charge des tribunaux de l’histoire.

Comment casser les repères subjectifs d’hier ?

Au sortir de la guerre de 1939-1945, les puissances victorieuses s’étaient empressées de juger et de mettre à mort les dirigeants de l’Allemagne nazi. Pourtant, les mêmes puissances ne s’étaient pas du tout embarrassées de récupérer pour leurs laboratoires, quelques uns des plus grands génies et scientifiques d’Hitler. L’on ne saura jamais complètement combien ils étaient, et comment ils ont été utilisés dans les industries américaines, anglaises, françaises et même soviétiques. La réalité c’est que le procès de Nuremberg apparaît aujourd’hui, comme un piteux règlement des comptes. Nous n’avons d’ailleurs pas hésité de qualifier ce Tribunal de Tribunal des vainqueurs fâchés.

Si tant est que nous pouvons et devons être contredits par des personnes qui allèguent que Nuremberg fonda les bases d’une moralisation de la guerre et énonça les premiers principes purs d’un droit international humanitaire ou d’une droit international propre et respectueux, avec quels arguments nous convaincra-t-on que les mêmes moralisateurs si soucieux de l’avenir de l’humanité, ont pu

  1. mener les massacres d’Algérie,
  2. déverser des millions de tonnes de bombes au Vietnam,
  3. raser des centaines de villages au Cameroun,
  4. commettre des centaines d’assassinats,
  5. soutenir les régimes d’apartheid en Afrique Australe pendant des décennies,
  6. installer des régimes sanguinaires et dictatoriaux dans de nombreux pays ?

Les différents rapports des dirigeants de la CIA devant le Congrès des Etats Unis, ont permit d’établir sans aucune contestation, que les différents gouvernements du pays, se sont livrés à des actions qui rentrent bien dans la classification des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Parce que les systèmes démocratiques de ces pays permettent de découvrir de telles horreurs, le monde devrait s’interroger sur la conduite à tenir pour ne pas laisser impuni, tous ceux qui donnèrent les ordres.

L’évocation de la nécessité de procéder à un inventaire puis au jugement des criminels de guerre, crée à n’en pas douter une psychose qui met à mal la conduite des Etats à l’intérieur comme à l’extérieur, mais c’est devenu une obligation incontournable pour l’assainissement des meurs de notre humanité. Il faudrait envisager avec urgence, des stratégies nouvelles pour aborder ces questions, de façon à reconnaître à chaque peuple, le droit de procéder à un intime sondage de son passé.

En prenant la liberté de créer sa propre commission d’enquête nationale pour rechercher la responsabilité de la France dans le génocide de 1994, le Rwanda, petit pays certes mais dotée d’une grande vision, a jeté les bases d’une nouvelle articulation des rapports des forces dans les relations internationales. Ce qui a si longtemps manqué aux peuples opprimés ou marginalisés, c’est cette capacité à se projeter dans l’arène mondiale pour exprimer de façon indépendante, des positions uniques, originales et souveraines sur les questions les plus délicates.

L’on était habitué jusque là, à subir les enquêtes subjectives, vexatoires et toujours biaisées des maîtres à penser de l’Occident. Le Rwanda administre la preuve, même si c’est de façon trop partisane, d’une possibilité de suffisance théorique et doctrinale.

La question qui devrait animer les débats dorénavant, doit être porteuse de promesse de contestation active et d’attaque contre les forteresses intellectuelles et diplomatiques des criminels d’hier qui semblent oublier ou cacher leurs fautes. Sans une démarche audacieuse pour l’inventaire des crimes et l’exigence de la traduction de leurs auteurs devant les tribunaux nationaux ou internationaux, les peuples opprimés demeureront assujettis à des littératures d’absolution.

About

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.

  • http://www.20mai.net/2008/09/12/de-la-relativite-des-crimes-de-guerre-et-des-crimes-contre-l%e2%80%99humanite/ De la relativité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité : 20mai.net

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