Par 20mai.net 2 octobre 2008 5 commentaires

L’administration américaine a dévoilé, le vendredi 19 septembre 2008, les premiers éléments d’un vaste plan d’assainissement du secteur financier dont le coût se chiffre à 700 milliards de dollars, provoquant un rebond général des marchés d’actions. Les principales bourses mondiales sont passées d’une déprime profonde à un rebond historique en fin de semaine. Les experts s’accordent à dire que cette crise est la pire depuis le crash boursier de 1929.

Tout est parti du crash retentissant, de Lehmann Brothers, la quatrième banque d’affaires américaine, qui s’est placée sous la loi sur les faillites, et de American international group (AIG), un des principaux assureurs mondiaux, renfloué par la Banque centrale américaine. Lota Dabio Tamini économiste, chercheur en économie de l’environnement et des ressources naturelles et chargé de cours de commerce international à l’Université Laval au Canada explique ici les ressorts de cette crise financière et ses conséquences pour l’Afrique…

Comment expliquer cette crise financière mondiale?

De la crise des «primes de risque»…
La plupart des experts financiers s’entendent sur le fait que la crise actuelle a pour point de départ le marché des «primes de risque» («subprimes »). Ce marché est constitué de prêts hypothécaires (immobiliers), cartes de crédit et autres prêts accordés à une clientèle peu solvable. Ces prêts accordés à des personnes ayant une cote de crédit insuffisante ont participé à la création d’une bulle immobilière qui, elle-même, nourrissait la bulle de crédits.La pérennité de ce système dépendait cependant de deux conditions: des taux d’intérêt bas et relativement stables, et une appréciation régulière de l’immobilier. Ces conditions ont commencé à disparaître en 2004.


Les emprunteurs se retrouvèrent confrontés à une hausse de leurs mensualités alors que la valeur de leur bien diminuait, et les plus fragiles furent incapables de faire face à leurs remboursements. Ainsi, pour les établissements de crédit, la vente des biens saisis ne suffisait plus à couvrir leurs pertes. L’afflux de mises en vente des biens saisis a même aggravé le déséquilibre du marché immobilier, où les prix se sont effondrés. L’insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l’immobilier ont provoqué la chute ou la faillite de plusieurs entreprises de prêts hypothécaires à risque.

… à une crise de l’ensemble des marchés financiers
Les titres associés aux «primes à risque» offrent des rendements élevés dus au paiement par l’emprunteur d’un taux d’intérêt plus élevé. Les investisseurs ont donc exercé une forte demande de ce type de produits. Ces fonds d’investissement appartenant ou ayant été financés par les banques classiques, celles-ci reprennent donc, par ce biais, les risques qu’elles avaient dans un premier temps confiés aux marchés. Par ailleurs, la plupart des banques se refinancent et réduisent leurs risques grâce à la revente des créances à risque groupées avec d’autres valeurs.


L’ensemble du système bancaire s’est donc mis à supporter des risques de crédits dans les fonds que les banques finançaient ou qu’elles géraient. Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d’un ralentissement général des activités des banques de financement et d’investissement, très rentables et qui ont été les moteurs de la croissance au cours des années précédentes, ont fini par entraîner une véritable crise de confiance entre banques et un effondrement des marchés financiers.


Dans ce contexte, l’American international group représente une victime «collatérale» de la présente crise. En effet, cette société, classée troisième assureur mondial, a un réseau qui s’étend à plus de 130 pays et des activités touchant les particuliers, les entreprises et les institutions. L’AIG a subi de très fortes pertes liées aux garanties qu’il accordait sur des dérivés de créances immobilières. Les agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch) ont été ainsi accusées d’avoir mal évalué le risque de ces produits et, partant, la notation associée à ces produits.


Et la dégringolade des marchés financiers semble avoir été aggravée par les ventes à découvert. En bourse, habituellement, les actions sont achetées en espérant que leur valeur va augmenter. La vente à découvert, c’est exactement l’inverse. Dans une opération de vente à découvert, l’investisseur mise sur la baisse d’un titre: il va vendre des titres qu’il ne détient pas et s’engage à les acheter plus tard, en espérant que leur valeur aura baissé. Spéculer sur la baisse des valeurs, comme la vente à découvert le permet, peut donc contribuer à entraîner les marchés vers le bas, notamment dans un contexte tendu. C’est la raison pour laquelle les autorités financières britannique et américaine ont décidé, cette semaine, de suspendre cette pratique.

Quelles solutions ont été apportées à cette crise?
A big package because it’s a big problem… – George W. Bush
Depuis le début de la crise, les autorités bancaires nord-américaines, européennes et asiatiques font preuve d’un activisme qui fait dire à certains décideurs économiques et politiques que cette semaine a sonné le glas du libéralisme économisme et du laisser-faire sur les marchés financiers. D’importants fonds ont été mis à la disposition du système bancaire afin de juguler sa crise de liquidité. De plus, des entreprises ont été nationalisées aux États-Unis et en Grande Bretagne.
Et, last but not least, les autorités américaines ont annoncé la création d’un fonds de 700 milliards de dollars afin de racheter et de gérer les «actifs toxiques». Ce fonds, financé par le contribuable américain, devrait contribuer à creuser le déficit budgétaire déjà abyssal des Etats-Unis. En plus de ces interventions financières directes, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une mise à jour de la réglementation encadrant les activités des marchés financiers.

Quelles sont les conséquences de la crise pour les économies africaines?

Pour l’essentiel, les économies africaines ont été à l’abri des effets directs de la présente crise des marchés financiers, en raison de la faible taille de leur économie et du fait que leurs économies reposent essentiellement sur les matières premières. Cependant, avec des économies chaque jour un peu plus ouvertes, les pays africains subiront sans aucun doutes les contrecoups de cette crise financière.


La crise de liquidité bancaire et le resserrement des conditions de crédit…
Bien qu’encore jugés insuffisants, les investissements privés représentent des portions de plus en plus importantes des fonds mobilisés pour l’atteinte des objectifs de croissance et de développement en Afrique. Ces fonds proviennent d’entreprises localisées dans des pays ayant subi de plein fouet la présente crise financière. Un resserrement des conditions d’acquisition du crédit d’investissement pourrait affecter les pays qui connaissaient une croissance régulière des investissements directs étrangers.
Plusieurs études ont montré que les pays ayant un indice de développement moyen, et riches en matières premières (Côte d’Ivoire, Cameroun, Ghana, Nigeria,…) sont ceux qui attirent le plus les investissements directs étrangers. Ces pays pourraient donc subir un contrecoup du resserrement des conditions de crédit et de taux d’intérêt plus élevés. De plus, le «bradage» actuel de certaines des entreprises américaines auquel nous assistons pourrait détourner certains investisseurs, notamment chinois, des marchés africains.
Plus que jamais, il sera donc important pour les pays africains, d’offrir aux investisseurs un milieu d’affaires incitatif; l’objectif étant de mobiliser l’épargne intérieure disponible et d’être suffisamment attractif pour maintenir la croissance des investissements directs étrangers.

… Les conséquences sur les marchés internationaux
Cette crise a, par ailleurs, des effets sur d’autres marchés, et notamment sur celui des matières premières. L’assèchement des liquidités sur les marchés de capitaux, oblige plusieurs fonds d’investissement à quitter certains marchés de matières premières afin de disposer de ressources financières. Les cours de ces matières connaîtront donc une dégringolade. C’est l’une des explications à la baisse des cours du pétrole observée cette semaine, plusieurs investisseurs ayant liquidé leurs positions.
Certaines matières premières, comme l’or ou même les produits agricoles transigés sur les marchés internationaux, restent des valeurs refuges. Leurs cours pourraient donc s’envoler. Le mécanisme de spéculation sur les marchés à terme de produits agricoles observés depuis quelques mois pourrait donc se poursuivre et maintenir les prix des produits agricoles à un niveau élevé. De fait, les pays africains producteurs de matières premières disposeront là d’opportunités à saisir, ces hausses de prix pouvant partiellement ou totalement compenser les effets des conditions de resserrement du crédit.

… Conséquences sur les économies du continent
Les craintes que la crise financière n’affecte l’économie réelle des pays développés est bien présente et cela par le biais notamment de la baisse du moral des ménages et des chefs d’entreprises, des difficultés rencontrées par les banques, du resserrement des conditions de crédits. La consommation des ménages, l’investissement des entreprises et donc la croissance du produit intérieur brut pourraient être affectés. Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi réduit ses prévisions de croissance économique pour les prochains mois. Cette baisse de la croissance en Amérique, en Europe ou en Asie se traduirait ainsi par une baisse de la demande pour certains produits en provenance des pays africains.


De plus, le plan concocté par le gouvernement américain implique une augmentation du déficit budgétaire américain. À court ou moyen terme, il n’est pas insensé de penser que des politiques de réduction des dépenses de l’Etat devront être mises en œuvre. Et les expériences passées ont montré qu’en période difficile, les premiers postes de coupes budgétaires portent sur les programmes d’aide au développement (aux Etats ou par le biais des institutions multilatérales). La crise financière actuelle, avec les risques de ralentissement économique, pourrait donc avoir des conséquences sur le niveau de l’aide au développement.

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  • http://www.visionafricaine.com jts

    La crise financière peut être une chance nouvelle pour l’Afrique d’accentuer sa sortie du sous développement…

    Enfin si les africains avant les acteurs en chargent de leur devenir s’y affèrent.

    C’est là toute la difficulté.

    L’inaction et la fuite collectives et individuelles face aux réalités africaines devenant le principe…

    La crise au secours de l’Afrique…
    http://www.visionafricaine.fr.gd/27-s-09-s-08.htm
    http://www.visionafricaine.com

  • ratefy

    Cette crise doit être<pour l’Afrique l’occasion de remettre en cause tous les paradigmes de la prétendue « science< économique »  qu’on nous a fait avaler et de repenser ce qu’écrivait Samir Amin en 1989:
    « L’alternative est donc: accepter le développement mondialisé tel qu’il est, avec tout ce qu’il suppose, ou tenter de mettre en oeuvre des politique de développement autocentré nationales et populaires, qui agiront comme des fores appelées à refaçonner à la fois les sociétés nationales et le système mondial» .(la faillite du en Afrique et dans le Tiers-Monde)
    E Keynes en conclusion de son principal ouvrage écrivait:
    « … si les nations pouvaient apprendre à maintenir leur plein emploi au moyen de leur seule politique intérieure,(…)il ne devrait pas y avoir de force économique importante, propre à dresser les intérêts de divers pys les uns contre les autres…

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