L’effondrement du système capitaliste?
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La malédiction de septembre aura aussi eu raison de la redoutable citadelle capitaliste dont quelques célèbres places financières mondiales, à l’instar de New York, Londres, Zurich, Paris, Tokyo, ou Singapour, assuraient à la fois le triomphe et l’insolence, au point de laisser croire qu’il était inébranlable.
Le mois de septembre entre dorénavant dans les relations internationales, comme un mois chargé de dangers, de surprises, et de bouleversements époustouflants.
- En septembre 1972, un groupe de combattants palestiniens fait irruption dans le village olympique à Munich et prends en otage des athlètes israéliens. Le dénouement sanglants qui s’en suit, annonce une ère nouvelle dans le conflit israélo-arabe et imprime une tournure jusque là inconnue aux mouvements de libération à travers le monde. La diplomatie est obligée de s’adapter tant bien que mal à cette nouvelle phase, pendant que le radicalisme qui voit le jour un peu partout dans le monde arabe, embrase les relations internationales, en exacerbant les positions déjà fortement tranchées et opposées.
- En septembre 2001, la première puissance militaire et économique planétaire, l’île tranquille et paisible des Etats Unis qui n’avait jamais connu la guerre sur son sol, assurée de vivre sous une des protections les plus garanties et les plus sophistiquées que l’intelligence humaine ait pu construire, est brutalement et sévèrement frappée, contrariée et humiliée par l’audace d’une dizaine de jeunes terroristes au service du groupe islamiste fanatisé Al Qaida. Tous les experts des questions stratégiques internationales concluent logiquement que le monde ne sera jamais plus comme avant. Dorénavant souligne-ton, les dangers sont globalisés et l’insécurité démocratisée. La nouvelle configuration de la géopolitique de la terreur, ne connaît ni frontières, ni limites technologiques, ni nationalité. Tous les peuples, toutes les nations, tous les Etats et toutes les personnes physiques ou morales, ont un égal intérêt à la réflexion sur les termes de référence et les conditions de l’organisation d’un monde meilleur, plus juste, plus équitable, et plus solidaire.
- Septembre 2008 ne vient donc que logiquement jouer un rôle qui fut toujours le sien depuis le dernier siècle du précédent millénaire, en servant de support dans le temps, de l’implosion du capitalisme. La qualification de l’événement ne peut pas encore prendre toute la signification qu’il mérite, compte tenu en effet, du fait que les conséquences n’ont pas encore été entièrement étalées, et que par ci et par là , les Dieu de la finance publique à l’échelle des nations, continuer de balbutier, de s’embrouiller et de se contredire sur les solutions urgentes à mettre en œuvre, et que par ailleurs, les bandits en col blancs, jusqu’à une date récente traités en talentueux richissimes, tiennent profile bas en attendant les procès populaires.
Karl Marx ressuscité
A la réalité, il faudrait être injuste, plus que malhonnête, pour ne pas foncer dans la relecture des œuvres du plus grand penseur des révolutions socialo-communistes. Le meilleur et le plus célèbre des penseurs qui a longuement et profondément réfléchi sur la nature, les mécanismes, les rapports marchands et spéculatifs du capitalisme, établit une relation dialectique entre le rayonnement, et la décrépitude inéluctable du système capitaliste. Il en élabore même une philosophie qui au bout de la démonstration, et après avoir savamment présenté toutes les thèses et les antithèses, conclut à l’hypothèse d’une révolution du système par lui-même. Marx n’établi pas seulement que l’essence du capitalisme c’est l’exploitation du travailleur, il établi aussi et surtout que ce système d’exploitation par son obstination à rechercher le profit au détriment de la cohésion sociale et de la valorisation du facteur humain dans le travail, conduit à la ruine de toute sa construction et finalement à sa mort.
Pendant longtemps, les contradicteurs du savant ont voulu faire croire que ses analyses et ses conclusions de, étaient propres à la société industrielle embryonnaire de la fin du dix-huitième et du début du dix-neuvième siècle et que par conséquent, il apparaissait comme une hérésie, de les transposer à la société capitaliste modernisée, ambitieuse, et conquérante du vingtième siècle. Le principe de l’exploitation, de l’égoïsme, du profit à tout prix qui est au centre de l’observation de Marx, n’a pourtant jamais changé et c’est la principale cause du mal qui vient de plomber toute l’économie mondiale. En réalité, la lutte des classes n’a jamais été ni contestée ni évacuée dans aucune étude sérieuse, d’autant plus que les luttes syndicales emmenées par les travailleurs ont dominé et dominent la vie sociale du monde industrialisé depuis le dix-huitième siècle. Ce que l’on a cru ou voulu mettre en avant pour renier voire atténuer les thèses Marxistes, c’est la généralisation et l’extension de la société de consommation qui en permettant l’accès d’un plus grand nombre des citoyens biens d’équipements courants, auraient réduit le fossé entre les classes sociales et anéanti les rancœurs.
En fait il suffisait pour les usines de tourner à fond, y compris dans des conditions de travail peu regardant et de produire un maximum de biens qui seraient aussi écoulés par tous les moyens, et le plus largement que possible. Karl MARX ne perd pas cette manœuvre de vue et la considère d’ailleurs comme une pure tromperie du travailleur, une diversion. Le philosophe et économiste de tous les temps soutien que c’est la propriété des machines et la destination des profits qui font la différence et établissent définitivement le rapport d’exploitation et de brimade qui conduit à l’inéluctable soulèvement. L’on sait que les théoriciens communistes soutiendront à la suite de Marx, que la collectivisation et la centralisation permettent de mieux traiter le travailleur, de le responsabiliser en décrétant la propriété collective et le réinvestissement subséquent des bénéfices dans l’intérêt de la société.
Si à l’évidence personne n’a eu entièrement raison d’un côté comme de l’autre, il n’en demeure pas moins vrai que les thèses de l’ultralibéralisme positionnées par les adeptes du capitalisme outrancier se sont plantés. Il suffit de lire profondément dans les causes de la crise de septembre 2008.
Aux sources de la crise
Pour un esprit simple qui ne voudrait pas s’encombrer de mille théories démonstratives, il suffirait de s’interroger sur les raisons qui peuvent amener toutes les banques à s’effondrer un matin. Pour celui qui a planté ses économies dans une de ces institutions de renom, comment va-t-on lui faire comprendre que les mouvements d’humeur de quelques individus à la bourse de Wall Street ou à Zurich ont entraîné l’amenuisement de son patrimoine ? Comment faire croire à un honnête citoyen que le patron d’une grande entreprise multinationale continue de s’enrichir et de voir ses fonds propres augmenter, pendant que l’entreprise tombe, est déclarée en faillite et bientôt ferme les portes ?
Tout le système capitaliste a fonctionné sur la fraude, le vol, et toutes sortes de manipulations qui dans tous les cas de figure, sont contraires au bon sens et l’éthique morale. Le mythe de la société de consommation a dévoyé le capitalisme au lieu de la valoriser et de confirmer son triomphe. La rage des cartes de crédit, l’incitation à la consommation à outrance, et l’accélération de l’intégration des géants de la finance pour mieux encadrer les marchés, a construit une race d’esclaves et gadgétisé les valeurs. La crise actuelle a commencé par l’incapacité des ménages à faire face à leurs endettements immobiliers. Or ce que l’on appelle endettements immobiliers n’est qu’un jeu d’écritures des institutions financières qui se juxtaposent pour se soutenir et échanger des titres de créance sur une longue chaîne couvrant des centaines de milliers de personnes et de structures. Au bout de la chaîne, l’on retrouve des garanties factices, des cautions hasardeuses, et des gages superficiels dont le seul mérite est la capacité de spéculation.
La crise de septembre 2008 s’est mise en place avec une savante manœuvre diabolique et selon un processus qui a joué sur les cours des principales matières premières. L’on a vu le prix du baril de pétrole brut monter au-delà de 150 dollars, puis une crise alimentaire que les gouvernements à travers le monde n’ont rien fait pour stopper. De part en part, l’argument c’était que personne ne peut rien faire pour diminuer le cours du baril, lequel aggrave le coût des transports maritimes et aériens, et se répercute sur les produits de première nécessité. Partout, l’inflation a grimpé subitement, les prix dans les magasins ont flambé, et l’on a commencé à enregistré le déséquilibre dans les cotations boursières.
Au moment où l’on annonce la naissance de la crise ouverte aux Etats Unis, il est clair que beaucoup de spéculateurs à l’origine des mouvements incohérents soulignés plus haut, ont déjà empoché les bénéfices nets. Aussi, les images des maisons abandonnés par les familles incapables de payer leurs dettes, peuvent être assimilées à une pure hypocrisie, du sadisme des gouvernants complices quoi que l’on en dise, des spéculateurs. Les gouvernements des grands pays industrialisés avaient tous les moyens d’éviter cette situation et d’en maîtriser les conséquences, mais ils ont accentué la crise par leur silence, leur mollesse intéressée, et une complicité non démentie avec les milieux de la spéculation.
Nous retrouvons ici l’une des thèses marxistes développées par les continuateurs du philosophe, notamment dans quelques thèses avancées du léninisme socialisant et anti capitaliste. Si l’on prend le cas du consortium européen EADS qui construit le célèbre avion Airbus, notamment les problèmes qu’à connu l’entreprise en 2007 avec le retard dans le lancement de son avion vedette A380, le plus gros porteur commercial du monde, l’on s’aperçoit que le patron de la boîte a réalisé de très bonnes affaires avec toute sa famille. Dès l’annonce u retard dans la livraison des premiers appareils, les actions du consortium ont chuté à la bourse, occasionnant des pertes immenses pour les actionnaires dont certains sont des petites gens qui y ont placé toutes leurs économies. Mais l’on s’est aussi rendu compte très vite, que le patron avait vendu des paquets d’action un mois seulement avant l’effondrement du cours de l’action EADS à la bourse. Ce schémas est courant et se répète tout le temps, sans que les gouvernements s’en émeuvent réellement et effectivement. Dans ce cas comme dans bien d’autres, des enquêtes ont été ouvertes par la suite et des poursuites engagées. Mais la réalité demeure bien loin de ces gesticulations. Le capitalisme dans sa phase avancée opère ce que les théoriciens marxistes considèrent comme la domination de l’Etat. Il s’agit du capitalisme monopoliste d’Etat.
Il est donc clair, que la fanfaronnade selon laquelle la société de consommation avancée allait gommer les disparités sociales et faire taire les contestations de l’ordre mercantile et exploiteur, n’a pas de sens au-delà d’une superbe tromperie. La lutte des classes est donc bien vivante. Ce ne sont pas les familles bourgeoises et tranquillement aisées des magnats de la bourse qui sont défaillants vis-à -vis des banques et qui voient leurs affaires jetées à la rue. Les familles Bush, Sarkozy, er Berlusconi ne risquent rien, et sont bien en complicité avec les profiteurs du désordre organisé que l’on appelle crise.
Un réseau de complicités des classes dirigeantes politiques et financières
Officiellement, l’agitation des dirigeants américains et européens est destinée à protéger les petits épargnants, et sauver ce qui reste de l’intérêt public. La réalité est toute différente. Lorsque le président des Etats Unis s’empresse d’injecter près de 1.000 milliards de dollars dans la crise pour racheter les actions des banques défaillantes et reconstituer leurs fonds de garantie, ce n’est pas le citoyen ordinaire qui est sauvé, c’est la clique des spéculateurs et dirigeants indélicats qui sont des amis de toujours de la classe dirigeante qui gagnent sur toute la ligne. Le simple fait que la réaction des gouvernements en Europe soit clairement le recours à la nationalisation, devrait amener à réfléchir. Soit ils se trompent complètement et agissent de fait contre toutes les orientations économiques fondées sur le libre jeu des marchés qui ont été le moteur de leur doctrines depuis des lustres, soit ils se livrent à un jeu qui pourrait facilement être dépeint ainsi: qui perd gagne.
Il faut comprendre que l’argent public injecté dans les banques ne va rien changer dans la manière dont celles-ci sont gérées, ni dans la qualité, la nature et le statut des dirigeants. Les mêmes vont s’installer aux commandes et vont se comporter exactement comme avant. Il ne faudra pas trop longtemps pour déboucher à nouveau sur une autre crise, avec les mêmes manifestations, les mêmes effets, les mêmes acteurs, et les mêmes propositions de solution. Les classes dirigeantes des pays fortement industrialisés ont construit des systèmes de vol dont les conséquences sont ensuite supportées par les citoyens ordinaires et partagées dans le monde entier.
Dans ces conditions, la libre entreprise et le modèle triomphant de la rapidité et de la capacité d’innovation, ne servent pas réellement une doctrine saine au service de l’humanité. Comment peut-on à la fois encourager des fusions, des délocalisations, et prôner le protectionnisme, le nationalisme, la réduction du chômage, et l’accès facile aux crédits ? Tous les leviers de commande de l’économie capitalistes sont viciés par le seul fait de l’incohérence des propositions de base. L’argent donné au travailleur misérable, aux familles modestes sous le couvert de salaires, est vite repris dans la spéculation, dans le formalisme fiscal, dans le processus d’endettement en vue d’accéder à la propriété d’une maison, de valeurs en bourse. Tout cela s’écroule selon des mécanismes qui n’ont pas pitié et qui ne font pas de cadeaux. C’est la théorie de l’esclave éternel que nous avons déjà mis exergue tantôt.
Une observation attentive permet de se rendre compte que tous les dix ou quinze ans, la même situation se reproduit à des niveaux plus ou moins importants. Lorsque les analystes clament que la crise de septembre 2008 est seulement la première de cette importance depuis la crise de 1929, ils ne disent pas la vérité. A diverses étapes de la croissance de l’économie mondiale au cours du dernier siècle du précédent millénaire, l’on a assisté à des grands désordres qui certes n’avaient pas la même amplitude, mais dont les effets étaient à peu de choses près similaires. Chaque fois que l’endettement des Etats unis qui détiennent avec 15.000 milliards de dollars le tiers du PIB de la planète dévient trop important, les autorités monétaires américaines provoquent la crise pour faire supporter le poids de leurs bien être excessifs au reste du monde et obliger les autres à les refinancer. C’est la logique selon laquelle, si vous nous laisser tomber, les conséquences vous emporteront.
Sur les implications internationales réelles
Plusieurs analystes ont pratiquement brouillé les pistes en déclarant tantôt que la crise n’aurait pas des incidences planétaires, tantôt que celle-ci ne serait qu’un malheur pour les entreprises, et enfin que ce sont les valeurs boursières concernant les parts détenues sur les firmes financières uniquement qui en souffriraient. L’on a même pu entendre des responsables des banques centrales au plus niveau pour ce qui est de l’Afrique, tenté de minimiser les conséquences pour leurs économies. Il importe de clarifier les données à ce sujet.
- Premièrement, il est incontestable que l’effondrement des valeurs boursières résulte d’abord des politiques d’endettement irresponsables et intéressées pratiquées aux Etats Unis, politiques élaborées, contrôlées, et gérées de façon indirecte par la FED, la banque centrale américaine. Les ménages américains ruinées et sur endettées sont inévitablement les premières victimes. L’interconnexion entre les économies capitalistes a entraîné l’effet de contagion, par le simple fait que l’argent circule électroniquement et ne connaît presque plus de frontières. Une banque qui s’écroule aux Etats Unis emporte donc forcément toute la chaîne et ce sont des liquidités, des capitaux qui se perdent dans la spéculation féroce. Avec cette conséquence, aucune monnaie n’est plus stable, et aucun titre n’est plus sûr.
Qu’en est-il des ménages européens ? Ils subiront à peu de choses près, le sort des ménages américains, avec la nuance que les fonds de réserve et de garantie sont ici mieux protégés par les gouvernements. L’Europe aussi prête ardument, mais pas au rythme ni aux conditions de légèreté observés aux Etats Unis. Le dénominateur commun entre les vautours de la finance des deux côtés de l’Atlantique, c’est justement cette insouciance déjà évoquée s’agissant du sort des ménages et des petits épargnants. La peur des uns, les plus riches, contraste avec l’assurance des plus pauvres, des familles moyennes.
- Deuxièmement, pour ce qui est de l’Asie, il est impossible de soutenir que les conséquences seront perceptibles tout de suite. Parce que le rythme de consommation et par conséquent des endettements des ménages est à l’opposé de ce que l’on constate en Europe ou aux Etats Unis, la crainte concerne plus les partenaires de grande taille et surtout les entreprises impliquées dans des capitalisations avec les firmes américaines et européennes. En Chine ou en Inde, pays dont les réserves en devises ont gonflé de façon exponentielle, être propriétaire de son habitation n’est pas encore la chose la plus répandue et le crédit n’est pas à la portée de la majorité des populations. Les causes profondes de l’enfermement du citoyen sont absentes et les risques de plongeon dans la galère créent par les spéculateurs boursiers également. L’on pourrait dire que pas de dettes pas de problèmes, pourtant, les dangers ne sont pas si loin et sont susceptibles de se produire sous la forme de dommages collatéraux.
- Troisièmement, et c’est ici qu’intervient le sort des pays Africains, la crise mettra à mal tous les projets financés selon le système BOT (Built, Operate and Transfert). Il s’agit du système qui permet à une entreprise d’apporter de financer entièrement un projet, de l’exploiter durant un certain temps, et de restituer sa propriété au pays. Dans le contexte de la restriction des financements sur le marché international, d’où viendra les milliards indispensables pour ces réalisations ? Le continent demeure très sous équipé en infrastructures de première nécessité. Routes, barrages hydroélectriques, adductions d’eau, logements sociaux, hôpitaux et écoles font cruellement défaut et les gouvernements ont dans certains cas, engagé des projets pour commencer à palier à ces insuffisances. Un pays comme le Cameroun doit réaliser d’ici dix ans au moins dix barrages hydroélectriques et engagé une vingtaine d’exploitations minières. Les aéroports et les salles d’attente des ministères en Angola, au Gabon, en Centrafrique, à Yaoundé, Brazzaville et Dakar, ressemble à des foires de marchands pressés. Il s’agit en fait de représentants de grandes entreprises multinationales qui viennent proposer de prendre en charge tel ou tel projet.
En fait, les démarcheurs qui se proposent pour les projets BOT, sont conditionnés par les disponibilités de l’argent sur les marchés financiers internationaux, un marché devenu exsangue, frileux, et recroquevillé par peur d’aggraver une situation déjà désespérée. Les banques américaines et européennes ne vont pas donner le peu de cash qui leur reste, à des pays lointains pour le plaisir des profits de quelques entreprises qui vivent d’exportations. Il est déjà possible de prévoir des modifications importantes dans le montage financier de plusieurs projets. Il n’est d’ailleurs pas exclu que certains de ces projets soient tout simplement abandonnés ou renvoyés à plus tard. Pour les effets induits directs et indirects, il faut entrevoir les contentieux qui naîtront des commissions déjà encaissées d’une part, et des manques à gagner pour les nouveaux emplois d’autre part.
Il convient de souligner que la construction d’un barrage électrique de taille moyenne mobilise pendant cinq ans, en moyenne 500 emplois directs et près de 2000 emplois indirects, dont environ 50 emplois de cadres, 100 emplois de contre maître ou d’agent de maîtrise et nourrit plus de dix mille personnes. Quand aux vastes exploitations minières projetées par ci et par là , les grands conglomérats occidentaux qui sont positionnés et dont certains ont dépassé le stade des tests de production et de rentabilité, ce sont justement leurs actions qui dégringolent aujourd’hui sur les places boursières à une allure étourdissante, les plongeant dans le doute absolu. Ce qui les intéresse maintenant au premier chef, c’est de préserver ce qui reste de leurs trésoreries propres et la stabilisation des engagements antérieurs. Pas question donc d’aller ouvrir de nouveaux chantiers.
L’autre retombée négative que n’ont pas pu ou su voir les ministres africains des finances de la zone Franc réunis précipitamment à Yaoundé, c’est la chute du flux financier positif provenant des transferts des fonds provenant de l’immigration. La crise financière entraîne la compression des activités des entreprises et la fragilisation subséquente de la main d’œuvre. Or c’est connu que lorsque les choses vont mal, les millions de travailleurs immigrés sont les premiers sinon les plus fragiles. Comment vont-ils continuer à envoyer les mêmes montants qui se chiffrent en milliards de dollars dans leurs pays s’ils ne sont pas sûrs des lendemains ou si du coup ils sont mis à la porte de leur boulot ? Pour un pays comme le Mali, les transferts opérés par les travailleurs immigrés représentent le quart du PIB et c’est énorme.
Il convient, s’agissant toujours des manques à gagner, de mettre en exergue, ce que nombre d’experts, par inadvertance ou par étroitesse d’esprit, n’ont pu évoquer. Il s’agit de la diminution du volume des financements en provenance des institutions philanthropiques. Pour avoir une idée claire sur cet aspect, il faudrait savoir que l’aide publique au développement, multilatérale et bilatérale, ne représente plus que 60% du volume total, contre 40% pour l’aide privée dans laquelle sont rangées toutes les opérations des organismes humanitaires très actives non seulement en Afrique, mais partout dans le monde. A titre d’exemple, l’organisation humanitaire internationale SOS-Kinderdorf qui prend en charge les enfants déshéritées à travers un réseau de plus de 500 villages techniques appropriées, est présente dans 143 pays, dont aussi bien en Afrique qu’en France, en Asie et aux Etats Unis.
Comme Kinderdorf, Care International, Médecins sans frontières, Comité International de la Croix Rouge (CICR), et bien d’autres, reçoivent l’essentiel de leurs financements de donateurs individuels, souvent des hommes et des femmes qui puisent dans leurs revenus directs ou dans leurs épargnes. Il est incontestable qu’avec la crise financière qui a fragilisé toutes les petites épargnes et fragilisé durablement les économies, les dons vont connaître une stagnation pendant une période dont il est pour l’instant difficile de situer la durée. La seule chose à peu près certain c’est que dans de nombreux pays d’Afrique où les organisations humanitaires ont développé des projets, des difficultés apparaîtront inévitablement. L’on pourrait assister à la compression voire à l’abandon de certains projets, et les conséquences courantes que sont les pertes d’emploi et autre effets collatéraux, deviendront évidentes. D’ailleurs, il importe de signaler à ce propos, que ces organisations versent généralement des salaires plus confortables et offrent une meilleure protection de leurs employés, contrairement au secteur public et au secteur privé locaux.
Que faire ?
La question est bien revenue sur toutes les lèvres et a suffisamment hanté les nuits des plus grands argentiers de la planète. L’on sait que face à une crise d’une ampleur qu’ils n’avaient pas soupçonnée, les dirigeants du monde capitaliste ont d’abord eu recours à des thérapies de circonstance. D’abord recroquevillés dans des solutions se limitant à des appels au calme sur les marchés financiers et à quelques colmatages, les dirigeants se sont empressés, mais sans aucune cohérence, vers l’édiction des mesures de protection des épargnants. Il a fallu que trois grandes institutions financières américaines déclarent la faillite en mois d’une semaine, y compris la plus grande caisse d’épargne américaine, pour que la Maison Blanche élabore précipitamment un plan de 700 milliards de dollars, plan Paulson du nom du Secrétaire d’Etat au au trésor pour soutenir les banques, en fait pour racheter les créances en difficulté de ces institutions. De façon désordonnée, l’Irlande a dégagé 100 millions d’euros pour soutenir ses institutions, pendant que les pays nordiques en Europe, entraient en force dans le capital du mastodonte Fortis. La Grande Bretagne quant à elle, a annoncé la mise à disposition de 200 millions d’euros pour les mêmes fins, et les ministres des finances de l’Union tous ensemble, ont convenu, en dépit de la mésentente franco allemande une fois de plus évidente, de garantir les épargnes des citoyens jusqu’à un montant de 50.000 euros.
Il faut observer ici que contrairement à la belle démonstration de cohésion démontrée lorsqu’il a fallu soutenir les Etats unis dans son bras de fer contre la Russie lors du conflit avec la Géorgie, l’Europe a offert un triste spectacle de division, apportant la preuve que le groupe malgré les succès politique dont on la crédite, manque de cruellement de cohérence en ce qui concerne les politiques budgétaires et monétaires.
Dans la pratique, tout ce qui a été fait par les Etats que l’on qualifie trop souvent de riches, relève d’une politique de nationalisation pure et simple, démentant les dogmes de la prééminence des marchés et des règles d’or d’auto régulation des rapports marchands. C’est un désaveu terrible que les Etats Unis et leurs alliés du capitalisme triomphant ont infligé aux théories bruyantes sur lesquelles leur système économique a vécu des siècles durant. Le problème ce n’est pas que ces pays aient démontré leur capacité à intervenir dans le jeu des marchés avec les privilèges et les prérogatives de la puissance publique, car nous savions déjà qu’ils le font de temps à autre, sans crier fort. La vraie surprise vient des discours que l’on a entendus par-ci et par-là , sur la nécessaire protection des épargnes des ménages et la garantie du patrimoine des institutions financières. Des journaux à travers le monde ne se sont pas gênés de considérer que Wall Street était devenue la plus belle place de la pratique du socialisme, du communisme, de tout ce qui incarne le totalitarisme économique et la planification bolchévique. Qui l’eut cru.
Au fond, le système capitaliste, pensé comme articulation des relations économiques, marchandes et financières laissée au libre jeu des acteurs privés hors de toute tutelle publique, a vécu et n’a même sans doute jamais existé dans la plénitude du terme. En réalité il est impossible d’un point de vue économique pur en rapport avec les exigences du pouvoir régalien de l’Etat, de concevoir une société où les acteurs privés à travers les marchés, fixeraient définitivement et éternellement les règles du jeu. Laisser les mains libres aux acteurs privés spéculateurs, reviendrait fondamentalement à leur concéder le droit de battre monnaie. Il ne faut pas perdre de vue, que les bourses du monde parmi les plus importantes, influencent les politiques des banques centrales d’émission et orientent les politiques économiques des Gouvernements.
Réformes, oui, mais quelles réformes ?
Ces observations conduisent à reposer le problème de la réforme des deux institutions majeures issues des négociations de Breton Wood que sont le FMI et la Banque Mondiale. Avec l’importance prise par ces deux institutions, l’on est en droit de s’interroger aujourd’hui sur leur rôle réel et leurs responsabilités effectives dans la conduite de l’économie mondiale. L’on sait que dans l’imagination populaire, le FMI et la BM sont des gendarmes dont le terrain de prédilection est devenu les pays pauvres, particulièrement Africains. D’ailleurs, il faut rappeler que de nombreux analystes et politiques, ne les avaient jamais considérés que comme des jouets au service de la première puissance économique du monde. Le Général De gaulle lors de l’une de ses colères mémorables, ne se gêna pas de le dire publiquement et ouvertement en dénonçant la dictature du dollar. Or le dollar ne fut pendant longtemps, pas autre chose que du papier gagé sur le rêve américain et la présomption d’une puissance économique éternelle et dominante, capable de couvrir le monde entier de biens industriels en échange.
L’économiste camerounais Tchundjang Puémi, n’est pas allé chercher bien loin pour livrer la sentence. Son livre “Monnaie, servitude et Liberté“, sonne comme le chef d’œuvre de l’accusation des peuples pauvres, des exclus de la périphérie, trompés et abusés par ce que cet autre génie monté trop tôt au ciel de Sankara, baptise Fonds de Misère Instantanée.
Dans les années 1970, les droits de tirage spéciaux (DTS) qui consistaient en un panier de monnaies pondérées selon les mises des Etats membres dans le capital du FMI, fut conçu pour atténuer justement la perception d’un impérialisme américain relayé trop ouvertement par l’institution, mais cette idée opportuniste ne fut jamais en mesure d’anéantir les conséquences d’une néfastes d’une gestion fondée sur la loi des puissants. L’évolution montre très nettement son impuissance dans un système capitaliste égocentrique, et son incapacité à supplanter ou à tout le moins à orienter véritablement les politiques des banques centrales. Même le comité des vingt qui fut crée pour réfléchir sur une réforme de cette institution, dû se cantonner à des propositions superficielles dont les plus visibles étaient la révision du système de pondération pour accroître les pouvoirs des nouvelles puissances financières, mais pas industrielles. La remarque est importante car contrairement aux assertions de départ, cela supposait que l’on tienne compte de la masse des réserves en devises des Etats et non leur amplitude économique globale. En fait il fallait prendre en considération la richesse des monarchies du Golfe et trouver à mieux intégrer leurs pétrodollars dans les politiques de financement. Evidemment, le Japon connu une promotion, avec un Yen pris en compte, et conforment au rôle moteur de ce pays dans le commerce mondial.
Le nouveau Directeur du FMI, le français Dominique Strauss Kahn, désigné en 2007, a repris le discours d’un rééquilibrage des influences au sein de l’institution pour valoriser les apports des pays jadis tenus à la marge des pouvoirs. Comme il l’a lui-même déclaré dès son entrée en fonction, il faut mettre fin aux frustrations légitimes des pays pauvres. En réalité, le poids des pays dits émergeants dérange dorénavant et il faut en tenir compte. Cependant quoi que l’on fasse, il n’existe plus de dynamique universelle dans la projection des responsabilités de la banque Mondiale et du FMI aujourd’hui. Elles ont trop fonctionné comme des instruments de l’impérialisme financier et monétaire international et ont secrété naturellement le rejet pour certains, et une prudence non moins accusatrice pour d’autres. Les débats au sein de l’OMC ont étalé la même réalité troublante.
Le FMI fut crée dans le but de servir d’institution de régulation des politiques monétaires des banques centrales. Non seulement elle a perdu cette prérogative, mais plus grave, elle a trop joué de complaisance ou de mercenariat favorables à des choix politiques contestables. Avec la Banque Mondiale, qui elle n’était pas destinée à utiliser les crédits pour emprisonner les pauvres, le FMI a été accusé, certainement pas à tort, de jouer un rôle prépondérant dans la guerre froide, de soutenir les dictatures, et d’imposer des stratégies de développement suicidaires dans les pays du sud. L’on sait que les principaux conseillers de Pinochet au Chili furent de talentueux et cyniques cadres du FMI. Par ailleurs, le fait que les dirigeants de ces deux institutions ont toujours été originaires des Etats unis et de l’Europe capitaliste, a fait dire à des dirigeants des pays émergeants du sud, qu’il était temps de les changer de fond en combe. Le président vénézuélien Hugo Chavez a poussé la logique de cette accusation à son paroxysme en annonçant le retrait de son pays de ces deux institutions.
Au-delà de la mise en accusation des institutions de Breton Wood, il se pose le problème de la réorganisation du système économique et financier international, si tant est qu’il soit possible d’en concevoir un de plus équitable, moins sauvage et générateur de bien être pour tous les peuples, toutes les nations. En 1974 l’Assemblée générale de l’ONU avait adopté une résolution célèbre sur l’instauration d’un nouvel ordre économique international qui n’a jamais dépassé le stade de quelques débats houleux et des contestations théoriques sans lendemains. La loi du marché semble aujourd’hui s’imposer à toutes les vertus humanistes de la planète. Même les anciens marxistes ont pris pied dans le grand jeu des négociations mercantiles. L’on décrit d’ailleurs les chinois comme plus dangereux dans le négoce d’exploitation et les placements usuriers.
Ce qui reste comme message universel incontournable, c’est sans aucun doute, le souhait d’une vision plus générale des concepts de bonne gouvernance, de démocratie participative, et d’alternance libre aux sommets des Etats. L’effondrement du système capitaliste devrait être relativisé, pour confiner l’affirmation à une faute dans la gestion des institutions, et non une incompatibilité de fond avec les notions de bien être, de progrès et d’évolution de l’espèce humaine.
Le débat sur les choix des systèmes est clos depuis longtemps et il relève de la folie de discuter encore de la nécessité pour les individus, de travailler et de vivre dans la liberté. Ce n’est pas que l’on ait choisi l’égoïsme ou l’individualisme, c’est que la liberté de l’individu est le fondement incontestable de toute réussite, que l’on se situe à l’échelle micro économique ou à l’échelle macro économique. Même en s’en tenant à la thèse de Laurent Gbagbo, le président de Côte d’Ivoire qui dans une déclaration lors des manifestations de la journée en hommage à Aimé Césaire insinuait que l’on ne devrait pas se référer aux applications déviantes du Marxisme et du communisme pour conclure à l’échec du socialisme, le bilan des anciens pays communistes est éloquent de faillite.
La nécessaire relativisation de l’effondrement du système capitaliste
Même si personne ne peut plus discuter aujourd’hui le bien fondé des thèses marxistes, personne ne peut non plus prononcer un réquisitoire de condamnation absolue à l’endroit du capitalisme. Ce qu’il est convenu de dénommer système capitaliste, c’est d’abord une philosophie de l’entreprise et de l’expression du pouvoir de la pensée et de l’action fondée sur la liberté, liberté du génie, liberté créateur, liberté de mouvement, liberté d’échanges. Et s’il fallait se fier à quelques comparaisons historiques et actuelles, rien dans les faits, les réalisations et les constructions systémiques, n’autoriserait de conclure à l’échec du capitalisme et à sa mise à mort. Bien au contraire, tout montre que le système capitaliste est demeuré le modèle acceptable de progression et de valorisation des compétences humaines.
L’on aura beau s’appuyer sur la crise financière née des crédits hypothécaires pour s’en prendre aux Etats unis, rien ne pourra changer la réalité selon laquelle, c’est le pays le plus industrialisé de la planète, le plus inventif, le plus riche, le plus généreux, et le plus ouvert. Avec 300 millions d’habitants, soit 5% seulement de la population mondiale, les Etats Unis offrent 20% de la production industrielle mondiale et un tiers du PIB. A titre de comparaison, il faut savoir que la Chine affiche exactement l’inverse, c’est-à -dire 20% de la population mondiale et 5% de la production industrielle. A ceux qui ont commencé à imaginer une Chine super puissance dépassant les Etats Unis, il vaudrait mieux les prévenir que l’attente d’une telle éventualité risque d’être longue. Internet, la téléphonie mobile et bien d’autres gadgets qui sont devenus la souple planétaire de toutes les couches et de toutes les soupes sociales et de toutes les programmations communicationnelles, sont nés aux Etats unis. Elles font certes partie de l’intelligence humaine, mais elles sont d’abord des inventions américaines. La moitié des laboratoires les plus performants du monde se trouvent encore aux Etats unis et l’on pourrait continuer de citer à l’infini, ce qui en fait un géant inégalable que le reste du monde est contraint de suivre, de subir aussi.
Ce qui est en cause dans la crise dus système capitaliste actuel, c’est moins ses fondements qu’un ensemble de pratiques déviantes décriées par les autorités monétaires et politiques américaines elles mêmes. C’est encore aux Etats Unis que l’on trouve les lois et les sanctions les plus sévères contre les délits d’initié, les détournements, les atteintes à la fortune publique, et les violations des codes éthiques gouvernant les transactions financières. Régulièrement, la Security and exchange commission (SEC), véritable police de la bourse qui n’a d’équivalent dans aucun autre pays au monde, conduit des enquêtes qui aboutissent à des révélations et des résultats sensationnels dans l’intérêt des citoyens. Ces enquêtes ont déjà envoyé de nombreux pachas de la finance que l’on croyait intouchables derrière les barreaux. En 1983 au moins une douzaine de grosses pointures du genre dont un certain Yvan Boesky, fut arrêtée, jugée, sévèrement, condamnée, et jetée en prison pour des dizaines d’années, avec des amendes par-dessus tout et des confiscations des biens.
A chaque crise, ses dégâts, ses malheurs, et ses remèdes. Nous sommes de ceux qui pensent que de façon peut-être plus raisonnable, les relations économiques et financières internationales devraient être encadrées par une éthique souple prenant effectivement en considération les intérêts de tous les peuples. Il y a depuis trop longtemps que le concept de nouveaux espaces internationaux dominés par de nouveaux acteurs plus responsables, a été avancé. Un tel concept suppose la reconsidération absolue des critères d’éligibilité et d’élévation au statut d’acteur international, selon des termes de référence à définir.
Mais au-delà , le dilemme d’une scène internationale dominée dorénavant par une multitude d’acteurs aux statuts et aux obligations contradictoires, ne peut pas être résolu avec la facilité que certains préfigurent en théorie. Nous retrouvons la thèse marxiste reprise par les économistes à l’instar de Rosa Luxembourg et Samir Amin implicitement, sur le règne du capitalisme monopoliste d’Etat. La question cruciale pour toute réflexion positive, dévient alors celle-ci : le capitalisme dans son essence, peut-il exister et prospérer sans le libre jeu des acteurs privés ? Que dire des Etats devenus très riches et qui agissent sur le marché financier international exactement comme des firmes privées, en usant leurs vastes réserves de devises appelées fonds souverains, pour dicter la loi ? Et si le capitalisme n’était qu’une affaire de démocratisation des relations globales de coopération entre les nations souveraines ? C’est une idée folle à abandonner car capitalisme ne rimera jamais avec puissance publique.
En fait, c’est le rôle que les petits pays sont appelés à jouer dans le concert marchand mondial, qui devrait constituer la source de toutes les réflexions à long terme. Il n’y a aucun moyen d’empêcher l’enchevêtrement des puissances politiques et des puissances d’argent sur la scène internationale, de même qu’il est impossible, de ramener la gestion à long terme de la crise, à une opération de jalousie des pays pauvres contre les pays riches. Le capitalisme dans sa mécanique systémique et macroéconomique, procède d’abord d’une capacité de travail, de production, d’invention et d’accumulation. Mécanique systémique d’excellence et de compétition donc, il devrait être analysé comme un défi pour des nations paresseuses trop habituées aux aides et aux dénonciations gratuites qui les confinent dans l’éternel position de marginaux périphériques.
Le système capitaliste n’est donc pas mort, et ne saurait être donné pour définitivement abattu. Les chefs des principales nations capitalistes réunis à Washington le 10 octobre, soit plus d’un mois après le déclenchement de la crise, n’avaient pas à l’ordre du jour de changer de système, mais plutôt de mieux le structurer, mieux le protéger, et mieux le faire accepter. Certes, les dirigeants de la banque Mondiale et du FMI présents, ont relevé la gravité de la situation, mais seulement pour déplorer l’absence d’harmonie dans les réponses des grands pays. Personne n’a douté de ce que la crise est grave, même très grave, mais personne n’a non plus, demandé de casser le système. Le président de la Banque Mondiale s’est d’ailleurs voulu plus rassurant sur la capacité des pays développés à juguler les effets de cette crise à très brève échéance. Son seul souci, et il rejoint notre analyse, a semblé se concentrer sur le sort des quelques 50 millions d’enfants nécessiteux des 28 pays classés comme très pauvres, qui risquent de mourir dans les dix prochaines d’années, si l’aide internationale est frappée de réduction consécutive à la crise.
Concrètement, la réunion d’urgence de Washington a adopté un plan en cinq points qui reprennent pour l’essentiel, les mesures déjà engagées individuellement par presque tous les pays, par exemple la garantie des épargnes et le soutien actif des banques en difficultés, par le rachat des créances compromises. Ce qui y apparaît plus important, c’est l’engagement à joindre les efforts et à tout mettre en œuvre, y compris la nationalisation, pour éviter toute nouvelle faillite d’une grande banque. L’allusion est faite ici aux géants Lemman Brother aux Etats unis, et Fortis en Europe, lesquels ont chuté avec des conséquences multiples pour des centaines d’autres institutions financières à travers le monde.
Ce qui est encore plus encourageant sans doute, c’est le retournement des pays dits du groupe des sept. Ceux-ci ont dès le début de la crise, géré la situation de façon presque sécrète, pour ne pas dire sectaire. Ils se sont ravivés et ont associé lors d’une grande concertation au siège de la Banque Mondiale à Washington, les pays émergeants, afin de mieux affirmer le caractère mondial de la catastrophe, et d’obtenir leur adhésion aux solutions mises en œuvre. C’est le fameux Groupe des vingt, incluant la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Nigéria, dont le poids équivaut à près 95% de la production planétaire. Il faut d’ailleurs relever, que les pays émergeants, mis ensemble, disposent aujourd’hui d’énormes réserves en devises, et sont l’objet dune cour assidue, pour leur injection dans le capital de quelques institutions en difficulté. Le Ministre argentin des finances n’a pas hésité à donner une réponse on ne peut plus simple : nous n’étions pas associés aux causes. Comment voulez vous que nous prenions part aux solutions ?
Le système capitaliste est donc vraiment malade, mais pas mort. Vive le système capitaliste.

Comment par RENE GAMOM le 13 octobre 2008:
Brillant exposé M. Shanda,
Toutes mes felicitations.
Est-ce que cela peut servir à nos dirigeants pour initier des politiques économiques autonome et audacieuses et non attendre les “bon conseil” du fmi et de la BM.
Je crois que l’occasion ultime est donnée au Africain pour s’approprier leur developpement.
L’aide extérieur n’a jamais et ne developpera jamais un pays. La dynamique de developpement doit être endogène, et les responsables Africains doivent y travailler.
Comment par arsene le 13 octobre 2008:
que les pays de la zone franc conquièrent d’abord leur souveraineté monétaire en sortant du maudit franc cfa.
L’une des prérogatives régaliennes essentielles d’un état souverain est de battre monnaie.
Voici un documentaire intéressant sur le sujet de la création de la monnaie sur le site:
http://www.bankster.tv
Comment par marc le 14 octobre 2008:
Bon ou mauvias ??
Comment par Laguerre Maryline le 16 octobre 2008:
Le système capitaliste, la monnaie ne peuvent prévaloir devant un concept systhématique basé sur les valeurs fondamentales essentielles de notre identité humaine.
Les mentalité doivent évoluer dans le sens de la préservation des valeurs humaines et non dans la recherche d’un statut économique confortable.Il faudra changer les priorités……
Comment par ratefy le 26 octobre 2008:
Si nous nous étions plus préoccupés de nos populations et surtout de nos paysans au lieu de nous lancer, comme des débiles, dans les cultures de rente et d’ obéir aux injonctions des ambulanciers assassins que sont le FMI et la BM.
Si nous avions été moins intellectuellement extravertis, si nos dirigeants étaient moins voraces, moins corrompus et investissaient leur fortune au pays au lieu d’acheter des appartements en Floride ou sur la Côte d’Azur. Si,si….Nous ne souffririons pas de cette crise.
Ecoutons donc nos “intellectuels” , considérés jusqu’ici comme “déviants et opposants” parce que non esclaves des paradigmes à la mode:
“L’alternative est donc: accepter le développement mondialisé tel qu’il est, avec tout ce qu’il suppose, ou tenter de mettre en oeuvre des politiques de développement autocentré nationales et populaires qui agiront comme des forces à refaçonner à la fois les sociétés nationales et la système mondial.” (Samir Amin: “La faillite du développement en Afrique et dans le Tiers-Monde”. ed L’Harmattan)
Comment par ratefy le 26 octobre 2008:
Méditons aussi ces paroles de Keynes qui, pourtant, a été totalement indifférent aux problèmes de sous-développement:
“Si les nations pouvaient apprendre à maintenir le plein emploi au moyen de leur seule politique intérieure(…) il ne devrait pas y avoir de force économique importante propre à dresser le intérêts des divers pays les uns contre les autres.”(Théorie gnérale….ed Payot p 374)