A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.

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L’équation syro-iranienne dans la géopolitique sécuritaire (1ère partie)


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En cette veille de passation de pouvoir à la Maison-Blanche, la Syrie et l’Iran représentent pour les Etats-Unis, un trouble sans solution. Mieux que ce que fut un instant les régimes pro communistes d’Amérique centrale et plus que la menace permanente que représenta des décennies durant les armes nucléaires tactiques de Moscou positionnées en Europe, le couple diabolique que forment Téhéran et Damas, constitue dorénavant la priorité pour la politique étrangère des Etats-Unis. Georges Bush ne se tromperait pas s’il affirmait, que la source de tous ses problèmes réside dans ce nouvel axe du mal qui fait des ravages là où justement un succès diplomatique aurait permit à son passage à la Maison-Blanche de ressembler à autre chose qu’à un retentissant échec.


Les nombreuses navettes de Condoleeza Rice, le Secrétaire d’Etat américain dans la région, ont déjà dépassé toute l’énergie que déploya en son temps Henry Kissinger avec sa stratégie des petits pas, dans la quête d’un règlement du conflit israélo-arabe. Pour un président qui inaugura son premier mandat il y a huit ans en critiquant le trop grand engagement de son prédécesseur dans ce bourbier, il faut que quelque chose de nouveau, d’imprévisible et de très grave pour les intérêts des Etats-Unis, se soit manifesté.

  • Comment en est-on arrivé en moins d’une décennie, à assister à une paralysie de la diplomatie américaine au Proche et au Moyen-Orient ?
  • Comment est-on parvenu à ne plus penser à une solution ou à des solutions pour stabiliser et pacifier la région, sans prendre les chemins de Damas ou de Téhéran ?


La réalité de ce qui est dorénavant une véritable hypothèse à équations multiples dans une incertitude totale, ne repose pas seulement sur le phénomène religieux ou le fanatisme de quelques fous. L’on aurait également tort de ne pas lire dans ce trouble, une sorte de revanche des mollahs barbus de Téhéran, et une renaissance des intrigues syriennes après la quasi-expulsion de ses troupes du Liban. Toujours est-il que rien ne peut plus se faire sans leur aval, et aucune paix, aucune trêve, aucun projet, n’a plus aucune chance de succès, si les chefs de guerre qui commandent le pouvoir à Téhéran et à Damas, ne trouvent une juste contrepartie. Le problème c’est que la nature, le contenu et l’étendue de cette contrepartie éventuelle, demeurent proprement mystérieux sinon imprécis.


Dans cette situation, les Etats-Unis qui jadis étaient en mesure de dicter directement ou indirectement à presque tous les régimes de la région, sont bien malheureux aujourd’hui voire, perdus. Ni l’Irak, ni Israël, ni le Liban, ne sont plus certains de vivre en paix et de maîtriser les lendemains. De Damas et de Téhéran, l’on tire toutes les ficelles. Même la faramineuse richesse des monarchies sunnites du Golfe n’y peuvent plus rien, elles qui, il n’y a pas très longtemps, faisaient toutes les volontés des régimes arabo-islamiques et les livraient poings et pieds liés à Washington.

La situation de ni guerre totale ni paix profite bien évidemment aux deux chefs dont le Hamas, le Jihad islamique et nombreux autres groupuscules d’obédience islamistes sont les obligés dociles. Ce que dépensent les Etats-Unis en milliards de dollars et en pertes de vie de ses soldats en Irak, peut ainsi être directement imputés à l’axe. D’ailleurs, après plusieurs menaces verbales et même des sommations par de petites frappes secrètes, la Maison-Blanche a fait marche arrière, certainement sur les conseils à la fois des modérés locaux, des amis européens, et des monarchies du Golfe.

La question demeure: que faire si l’on ne peut pas contenir ces deux ennemis, et comment gérer sur le terrain les conséquences de leurs manœuvres de moins en moins inconnues ? Après avoir longtemps refusé tout contact, les Etats-Unis semblent dorénavant disposé à négocier par des canaux indirects. Mais la situation n’en est que plus compliquée après l’ouverture de ces négociations qui impliquent fortement le président français Nicolas Sarkozy.

Celui-ci essaye de jouer habilement sur une image positive courante de la France auprès des pays arabes, et ne rate aucune occasion de rappeler l’attachement de Paris à une solution globale des problèmes avec en pointe, la création d’un Etat palestinien. Il n’en reste pas moins que le fond du contentieux des deux côtés ne pourra jamais être dégagé, sans une volonté réelle de Washington, de rendre à César ce qui appartient à César. Il s’agit en fait, de la reconnaissance du rôle des deux pays dans leur sphère d’influence géopolitique, et la prise en considération de leurs intérêts légitimes.


D’un côté, Téhéran s’estime toujours dans un état de guerre avec les Etats-Unis depuis les mesures hostiles qui ont suivi le renversement du Chah d’Iran Reza Palhévi. La longue et coûteuse guerre imposée par le régime de Saddam Hussein à l’Iran, certainement avec l’assentiment et le soutien des Etats-Unis et de leurs alliés, l’embargo sévère sur les pièces de rechange des armes sophistiqués tels les avions dont certains ont été tout simplement jetés à la casse, le soutien aux mouvements d’opposition à l’instar des Moudjahidines du peuple, l’encerclement implicite à travers des accords de défense ouvertement orientés et hostiles avec les nouveaux dragons arabes du Golfe.

Tout cela mérite plus qu’une excuse, plus que des négociations indirectes et plus que des proclamations de bonne volonté. Les dirigeants iraniens considèrent comme un don d’Allah, la décision américaine d’envahir l’Irak. Tout ce qui peut-être fait pour les y maintenir le plus longtemps et dans des conditions d’échec, le sera. Washington doit payer le prix des souffrances imposées à l’Iran.


Dans ce jeu de vengeance, l’opposition entre Chiites et Sunnites, n’est qu’un des paramètres et non le plus important. Si à Téhéran la question de l’enrichissement de l’uranium à des fins militaires est certes considérée comme une pierre d’achoppement à toute normalisation des relations avec les Etats-Unis, l’on a conscience dans le même temps que tout compte dans la balance, c’est-à-dire aussi bien la paix à Gaza, la stabilisation de l’Irak, que l’élimination des nuisances libanaises.

A Tel-Aviv comme à Washington, l’on a une claire conscience que rien ne bougera vraiment dans l’apaisement ou vers une solution, sans une forme de collaboration avec les fous de Dieu. En réalité, le très médiatique président iranien, ne se trompe pas non plus sur ses capacités de résistance face aux grondements des Occidentaux et de la coalition en train d’être bâtie contre son pays. Malgré tout, pas question de céder devant un ennemi qui veut tout imposer et qui de façon officielle, a déclaré la guerre aux Chiites.


Quant à la Syrie, la mort du Père pensait-on, devait apporter une bouffée d’oxygène pour atténuer le radicalisme de sa politique, et ouvrir une porte nouvelle en vue de la normalisation des relations avec les Etats unis principalement, cette normalisation étant par ailleurs un paramètre important dans la voie de la paix globale dans la région. Tout est revenu faux, faux dans tous les sens et dans tous les compartiments de considération stratégique et géopolitique. Le fils du défunt maître pouvait-il faire autre chose que son père et surtout en avait-il les moyens ? Les Occidentaux se sont énormément trompé sur la Syrie.

Comme Téhéran, des réalités géopolitiques stables et objectives se mêlent à des exigences tout à fait conjoncturelles pour imposer aux dirigeants du pays, une démarche diplomatique dont il faut prendre garde de ne pas sous estimer les implications. D’abord, la Syrie est un pays enclavé qui dépend de tous ses voisins pour une raison ou pour une autre : le Liban ; la Turquie ; Israël, et encore. Centre prestigieux d’une des formes de civilisations les plus influentes de la région et axe d’une autre version du panarabisme dont l’initiateur fut Abdel Gamal Nasser d’Egypte, ce pays ne a toujours refusé d’être traité comme un simple pion.



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