Essai de compréhension du phénomène de l’Obamania en Afrique à travers la psychanalyse du refoulement racial permanent et du complexe politique misérabiliste chronique
Mon enfance et mon adolescence, certainement comme pour beaucoup d’autres africains, furent marquées d’une profonde colère, d’un sentiment permanent d’injustice, et au bout, d’un complexe inévitable de race. La première fois que je réalisai que mes semblables de couleur de peau, frères et sœurs, avaient été traités comme des bêtes, enchaînés, vendus et même souvent déversés en haute mer pour alléger les navires esclavagistes, je mesurai combien notre destin avait été injuste.
Il faut savoir que je suis par ailleurs, cet élève qui, malgré une bonne moyenne, fut chassé de la classe de sixième au collège Saint-Michel de Douala, parce que j’avais osé demander au frère Corentin, mon professeur blanc de nationalité canadienne, pourquoi Dieu était représenté par un blanc faisant pitié, et le diable par un noir faisant peur.
Nous avons grandi avec une forte appréhension négative de notre place dans le monde, de la place de la race noire dans les œuvres du Seigneur, s’il en existe qui soit pour tous les peuples. Nous sommes devenus grands sous les affres de l’apartheid, éduqué dans les échos des luttes des noirs pour les droits civiques. Nous avons tant aimé et pleuré pour les Martin Luther King, les panthères noires, les Black Power. En fait, nous avons évolué, de l’enfance à l’âge adulte, dans un univers où tout pour la race noire se lisait et se comprenait en impossibilité, en exclusion, et marginalisation, et injures, et pitié. Imaginer un seul instant qu’un noir puisse être Secrétaire Général de l’ONU, relevait déjà de la folie. C’est pourtant arrivé et le gars y a passé dix années en faisant preuve d’une des meilleures expériences de professionnalisme et d’application diplomatique à ce poste. C’est le ghanéen Kofi Annan.
Le conditionnement des frustrations
L’histoire qui s’écrit sous nos yeux, même après avoir produit l’accession des noirs au pouvoir dans toute la partie de l’Afrique qui connu une des pires négations de la dignité humaine avec les régimes d’apartheid, ne nous a pas toujours convaincu que nous prendrons notre juste place dans le concert des nations autrement que comme des peuples marqués d’une couleur problématique. Que l’on nous entende souffrir en silence tout le long de l’histoire, vivre l’interpellation de mille besoins de vengeance, et affronter les espoirs de plusieurs générations totalement désorientées, en face d’un monde qui en se modernisant, n’a fait que mieux étaler l’arriération de l’Afrique, des noirs, de ce qu’ils ont pu bâtir ou essayé de construire comme modèle social et politique.
L’Amérique a changé, et la condition des noirs avec. Le monde a évolué, et les nations porteuses des identités diverses, y compris celles des noirs, sont admises dans le grand concert des instances de la coopération multilatérale dont l’ONU est la plus représentative. Trop de choses nous sont tombées dessus et ont révolutionné notre manière d’envisager notre avenir dorénavant. Nous avons, patiemment, lentement et progressivement, vu les noirs d’Amérique conquérir les échelons de la notoriété et de la respectabilité dans un système qui leur a, sans aucun doute, donné les moyens de s’épanouir et de ressembler à autre chose, que certains de leurs semblables africains demeurés parias. Ils sont devenus Ministre des Affaires Etrangères (Gondolezza Rice), ils sont devenus Chef d’état major général de la plus puissante armée du monde (Colin Powell), ils sont allés dans l’espace. Pourtant, tout cela nous est resté comme des gloires de circonstance, des étapes.
Nous voici donc, devant le plus grand dilemme de l’histoire de la race, appelés à cesser de nous condamner dans d’interminables frustrations, invités à entrer dans l’univers de ceux qui croient que tout est possible. Après tout, nous allons avoir un Président Noir à la tête de l’Amérique, aux commandes du plus vaste stocks d’armes de guerre, tenant le levier de décision de la machine qui imprime les dollars, donnant les ordres au FMI et à la Banque Mondiale, se faisant respecter par l’Europe, cette Europe qui est la première responsable de l’esclavage et de tant de nos souffrances. Hier le Secrétariat Général des Nations Unies, demain la Présidence des Etats Unis d’Amérique, et la suite, logiquement, la papauté catholique, donc le commandement de Rome et de tous les diocèses de la planète. Il ne nous resterait plus que le pouvoir des descendants de Mohammed, si jamais cela pouvait relever d’une élection démocratique, quelque part dans un pays comme les Etats Unis, ou ailleurs dans une Assemblée gigantesque représentative de toutes les races et de toutes les nations.
Ce que emporte comme symbole la prochaine élection américaine, est en passe de constituer, au plan psychologique, la plus importante des révolutions qui influencera définitivement la consistance entre les diversités multipolaires qui façonnent, font, forment ou déforment l’évolution de l’humanité.
Une recherche de vengeance par appropriation du succès d’autrui
Si la perspective de l’arrivée de Barack Obama à la maison Blanche a créé une véritable fièvre en Afrique au point que certains n’envisagent pas autre chose à la place de sa victoire, c’est qu’au fond, nous continuons de vivre un drame fait de multiples facettes. Le jeune Sénateur est vu par les africains tantôt comme le messie qui engendrera des révolutions inévitables pour sauver le continent, tantôt comme le moteur indémontable de la preuve de la capacité des noirs à se hisser partout et à occuper raisonnablement toutes les fonctions dans le monde.
En réalité, l’élection est plus une question de démonstration et moins une occasion de comprendre et de féliciter un système américain qui montre ici, une de ses qualités inégalable par aucun autre dans aucun autre pays. Par ailleurs, parce que cette perspective d’un noir à la Maison Blanche intervient dans un contexte où les images de milliers de nègres entassés sur des embarcations de fortune en quête de bonheur vers l’Europe dominent l’actualité, l’on croit tenir ici la porte de la vraie terre promise. Très peu sont ceux qui font l’analyse en termes de prédispositions institutionnelles du système américain à valoriser toutes les compétences et tous les mérites. En fait, l’on veut surtout marquer d’abord le temps par cette irruption presque inattendue, d’un noir dans un duel jusque là réservé aux blancs. C’est la vraie sortie du Ghetto, la réalisation du rêve de Martin Luther King, croit-on.
Pourtant, il faut se rendre à l’évidence et prendre du recul pour tout comprendre, ou alors pour comprendre d’autres choses. Au stade où en sont les africains et au regard des déceptions indescriptibles, les générations actuelles s’accrocheraient même à un serpent de mer pour obtenir quelques améliorations de leurs conditions. Si la couleur de la peau du candidat donne cette fois ci une dimension affective et presque passionnelle à la perception des africains, il n’est pas vain de rappeler que la différence entre républicains et démocrates de même qu’entre gauche et droite en Europe et particulièrement en France, a toujours dominé profondément les jugements des africains.
A chaque fois qu’une élection se dessine aux Etats unis ou en France, l’on a vite fait ici de choisir entre celui qui semble plus tendre, plus pieux et mieux disposé à l’égard des nations pauvres. Kennedy fut pour les africains, quelqu’un d’exceptionnel, à tel point que son assassinat provoqua des scènes de deuil public dans plusieurs pays. L’homme d’Etat que les africains connaissaient pourtant peu, avait construit sa popularité sur les solides convictions et le prestige d’une grande famille catholique. Son intonation d’un programme fondé sur la vision de l’Amérique vouée à porter au reste du monde, les vertus de la tolérance, de la démocratie, de la liberté et de la religion, était largement suffisante pour conquérir le cœur des Nègres.
Ailleurs, en Europe, personne n’oublie les espoirs placés par les africains dans l’accession du socialiste François Mitterrand à l’Elysée. Homme politique de gauche qui prônait la rupture avec les méthodes d’asservissement et de clientélisme dans les relations de son pays avec l’Afrique, et dans les relations entre les pays riches du nord et les pays pauvres du sud, il avait durant son long séjour dans l’opposition et surtout durant la campagne électorale, donné à penser que sous son règne, tous les régimes sales du continent seraient balayés. La déception fut à la mesure des espoirs, c’est-à-dire brutale, profonde et sans appel. Mitterrand ne se contenta pas seulement de continuer à défendre les intérêts néocoloniaux et à soutenir les régimes dictatoriaux, il les renforça et fit encore plus de mal aux africains que tous les régimes de droite avant lui. Deux ans seulement avant sa fuite de Kinshasa, le mémorable dictateur maréchal Mobutu fut l’invité d’honneur du défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées. Par ailleurs, Jean Pierre Cot, brillant professeur des relations internationales qui avait été nommé Ministre de la Coopération dans le premier gouvernement dirigé par Lionel Jospin, fut très vite remercié après seulement six mois en poste, pour avoir osé annoncer la moralisation des relations franco africaines et la promotion des régimes démocratiques.
Justement, le fait que aucune des grandes idéologies, ni aucun des grands modèles, et encore moins ces doctrines et religions impériales, n’aient pu nous délivrer de tant de doutes, de sentiments d’oppression et de rejet, nous laisse à la portée de toutes les aventures. Nous avons embrassé et adoré le marxisme, mais pour être déçu par tous ses travers. Nous avons cru aux champions du libéralisme, qui a juré de nous mettre au travail et de nous apprendre à gagner la considération par le mercantilisme marchands, mais pour découvrir que c’est juste la continuité du colonialisme. Nous avons par nous mêmes, inventé des doctrines et des idéologies, développement autocentré, renouveau, authenticité, socialisme scientifique, africanité authentique, et tout cela, mais pour nous rendre compte que ce ne sont que tromperies de quelques dictateurs imbéciles et obscurantistes ancrés dans une féodalité cruelle. C’est donc d’un mal profond que ressortent notre si grande et insatiable excitation pour Obama.

La fuite an avant
En fait, Obama est tombé du ciel comme un véritable fruit dont on a attendu trop longtemps le murissement. L’état des lieux sur le continent est une anthologie dégoutante de délabrement, de misère, de guerres civiles interminables, de pandémies, de bruits incessants de bottes souillées par les cervelles toujours plus fraîches des enfants soldats, des écoliers hâtivement arrachés à leurs cahiers pour des causes perdues et sales des seigneurs du chantage. Lorsque l’on vient du Zimbabwe, du Cameroun, du Congo, du Rwanda, de l’Ouganda ou du Togo, il n’y a aucune raison de penser que demain sera meilleur, de croire qu’un jour la liberté sera effective, de s’attendre à voir effectivement la volonté du peuple tracer le destin des nations à travers des urnes propres.
Obama dans ce contexte, sonne comme notre vengeance, l’espoir qui renaît du lointain dans une Amérique que l’on aime, que l’on veut toucher, une Amérique qui n’a montré que trop de basketteurs noirs, de boxeurs, et pas assez de noirs triomphants, une Amérique qui peut permettre enfin à un enfant des peuples d’esclaves, de la commander.
Pour une majorité d’Africains, la victoire c’est même déjà, d’avoir vaincu dans une compétition loyale et ouverte contre une des femmes blanches les plus puissantes, les plus charismatiques et les plus populaires du monde. Il a existé Jesse Jackson avant Obama, mais juste le temps des primaires, le temps d’une compétition de famille entre démocrates, des gens du même parti où certains coups étaient évités. Maintenant, un noir est descendu dans la vraie arène, pour discuter non plus des primaires, mais l’affaire centrale au niveau le plus élevé. Pour toutes les frustrations accumulées ici ou à cause de toutes ces frustrations, chaque africain malade des oppressions et de toutes les mauvaises gouvernances qui écrasent le continent, veut lire dans la victoire annoncée ou espérée de l’enfant de souche kenyane, le triomphe de la gloire des vaincus, des laissés pour compte, des damnés de la terre. Il ne faudrait pas prendre à la légère les risques d’émeutes par ici, si jamais nous étions déçus dans nos espérances, car les raisons d’un soulèvement d’un bout à l’autre du continent, se gonflent de plus en plus comme un abcès qui se rompra sans pitié au moindre signe négatif. Ce n’est pas l’Afrique du Sud qui nous encouragera à penser autrement, ce pays qui donne des signes de glisser dans la folie récurrente des disputes du pouvoir. Oui, l’ANC de Mandela est presque en déconfiture et nous n’attendons plus que de voir combien de petits vont en naître. Honte à tous !
Barack Obama, le fils du terroir nègre, représente donc tant, pour tant de gens, pour tant de siècles, pour tant de méprises, pour tant de souffrances, pour tant d’attentes.
Pourtant, nous devons avoir le courage de reconnaître, que nous renvoyons, sans honte ni excuses, à plus tard ou ailleurs, ce que nous aurions pu faire, ce que nous devons faire. La signification profonde, non dite, de cette obamania par ici, c’est la déchéance, la défaite, la peur, la renonciation. Mais que oui, nous ne sommes pas capables de créer les conditions d’une élection libre qui enverrait un enfant sorti des entrailles des exclus, au sommet du commandement de nos Républiques. Nous ne pouvons pas accepter les sacrifices indispensables à l’éclosion des révolutions porteuses de ce genre d’espérance. Nous sommes loin de correspondre aux peuples et races qui doivent leur salut à la guerre de libération, à la lutte pour la conquête de la dignité. Depuis Toussaint l’ouverture à Haïti qui battit l’armée de Napoléon, nous avons abdiqué. Et voilà notre première République noire devenue le miroir de la honte de notre race. Et nous voici cherchant en Obama, le salut par lequel, le monde nous respectera, nous considérera vraiment, nous fera une place saine et salutaire, à la table des mets de la science.
Le Noir avance donc par la las, et pendant qu’il recule par ici. L’embêtant, c’est que l’on se refuse à comprendre, que Obama ou pas Obama, ce sera d’abord l’Amérique en tant Nation-Etat, en tant que super puissance dominante du monde, en tant que conquérante en Irak et en Afghanistan, en tant que groupe d’intérêts précis à défendre, à protéger et à promouvoir. Il ne viendra pas, il ne pourra pas, il ne pourrait pas, venir construire l’Afrique, chasser les dictateurs, décourager les voleurs, mettre les détourneurs des fonds publics en prison. Obama ne fera pas notre révolution à notre place.
Ce sera juste un Président des Etats Unis d’Amérique, comme Clinton, Kennedy, Carter, Nixon, Jefferson, Jonson, Roosevelt et les autres le furent. Il agira, marchera, parlera, proposera, et ordonnera, au nom de l’Amérique, sur la base des principes fondateurs de l’idéologie de l’Union, une union de cinquante un Etats fédérés.
La grande leçon que le nouveau président nous donnera, ne sera pas si différente de cette phrase de Staline parlant aux révolutionnaires d’Afrique et d’Asie: C’est à chaque peuple qu’il revient de conduire et de réussir sa propre révolution. La révolution mondiale est un vœu doctrinal, et une étape que les peuples doivent travailler ensemble à réaliser.
A ce propos, il est honnête de rappeler, qu’un lourd contentieux existe entre les afro américains, et leurs frères du continent ici. Les éléments directeurs de ce contentieux, recouvrent justement les accusations d’abord de cupidité et d’inconscience, et ensuite de faiblesse, de démission, et de paresse. Nos frères d’Amérique estiment que nous ne faisons pas assez et que nous n’avons jamais fait assez, pour changer le cours de notre destin et susciter le respect de la race. Ils estiment en effet que s’ils sont tant déconsidérés en Amérique, c’est à cause de l’image négative que nous projetons, après les avoir sacrifié entre les mains de marchands blancs pour quelques quolibets.
Par ailleurs, ce n’est pas du tout avec fierté que les Afro américains voient débarquer par milliers, des frères qui fuient le continent pour venir s’installer à Chicago, Silverspring, Atlanta, New York et autres grandes cités de la bas. Pour eux c’est la continuité de la trahison, de la démission, de l’irresponsabilité. Alors, que ceux qui viennent se pavaner en Afrique au nom de ce qu’ils parlent d’Obama ou font sa promotion, comprennent bien la leçon, à savoir qu’ils feraient mieux de venir d’abord s’investir à développer l’Afrique sur place, à opérer des révolutions que l’on attend depuis trop longtemps.
Les Afro américains ont donc une autre lecture plus dynamique et plus réaliste de ce que notre contribution devrait être dans le contexte actuel.
Le risque du triomphe des combinaisons qui brisent les espoirs
Dans la situation où se trouve Barack Obama, devenu le candidat des pauvres, des espoirs ancestraux et de tous les antiaméricanismes européens et du monde, les tentations d’une déception des suites des mauvais jeux inattendus des politiciens américains pourraient se révéler fatales.
Personne ne saurait dire avec exactitude, les marges d’influence des facteurs qui demeurent difficilement maîtrisables. Il ne s’agit pas seulement d’épiloguer sur le facteur racial, tant de nombreux autres facteurs instables sont pourraient prendre le pas. Par ailleurs, il y a les certitudes à l’instar du degré de ralliement de l’équipe de l’ex première dame, dont les ambitions se projettent bien au-delà de l’élection de novembre. Pour que Dame Hilary Clinton ait encore une chance d’envisager la présidence des Etats-Unis, il faut nécessairement que monsieur Brack Obama ne soit pas déjà élu président cette fois ci. Comment dans ces conditions croire à une implication effective et totale de la famille et des amis Clinton ? Or qui dit Clinton, dit le dernier dinosaure de l’appareil du parti que ces gens contrôlent des pieds jusqu’à la tête.
Il faut aller fouiller encore plus loin, au-delà de simples électeurs, des citoyens ordinaires, pour découvrir tout le complexe militaro industriel, tous ces gens, lobbies et clans financiers qui font et défont les présidents, au rythme des guerres et des commandes militaires. Vous ne voulez pas de la guerre, alors vous ne voulez pas des armes, vous ne voulez pas des milliards en équipements technologiques, vous ne voulez pas des emplois, vous ne voulez pas vraiment être président des Etats unis, parce que un président des Etats unis, ça doit pouvoir, mener la guerre et non l’arrêter. C’est combien de personnes, ce lobby, sinon des millions de familles ?
Certes, l’envie de ramener les enfants à la maison en mettant fin à toutes les guerres, les deux plus importantes et plus ruineuses pour le pays, l’Afghanistan et l’Irak, soit quelques six milliards de dollars par jour, sont présentées comme des guerres propres, pour des causes justes, les causes de la démocratie et des droits de l’Homme qui fondent la personnalité morale et internationale de la grande Amérique, mais que faire de la fatigue et des pertes qui s’accumulent ?
Il faut encore, noter cet engouement de l’Europe, qui a presque donné à penser aux Etats unis, que Obama était le candidat plus de l’étranger que de l’Amérique et que par conséquent, il ne défendrait pas bien ou exactement les intérêts de l’Union. En fait, il y a, dans la considération finale, quelque chose qui ne se dit pas ou qui ne se dit que dans certains salons. Combien sont-ils, ceux qui travaillent derrière les rideaux, à obtenir plutôt la victoire de John Mc Cain ? Combien sont-ils, les traitres dans le camp démocrate ? Combien sont-ils, ceux qui annonceront d’autres choix à un jour, à deux jours, à la veille, le matin même ?
L’Amérique nous en déjà fait voir d’autres, et nous ne jouons plus à clamer la victoire de nos totems car les tentations inconnues et dévastatrices, pourraient nous conduire dans des salles de réanimation. Barack Obama est prêt pour l’Amérique, mais l’Amérique est-elle prête pour Barack Obama ? Les Africains sont-ils prêts à accepter autre chose que la victoire de leur choix, un choix sur lequel et pour lequel ils n’ont bien sûr rien fait, un choix qui n’a pas eu besoin de leur avis, mais qui est devenu le symbole de leurs rêves les plus fous ?
Logiquement, l’on se serait attendu à un peu plus d’indiscrétion de la part des pontes qui meublent avec une insolence criminelle, les sommets du pouvoir en Afrique, mais il est clair qu’ils ont perçu le message et ne serait pas, pour certains, mécontents d’une déconvenue d’un candidat qui sert d’instrument de défiance et de dénonciation à leur égard. Que l’on complote à Washington dans l’establishment pour bloquer l’ascension de l’africain américain n’est en réalité un sujet de préoccupation que pour quelques analyses encore capables de faire montre de froideur et de résistance devant les intimidations de l’unanimisme public transformé en maladie obamalogique.
Que les Clinton ou que des milieux particulièrement impliqués dans des jugements racistes agissent en coulisse, est maintenant de trop peu d’importance. Rien n’ébranlera le mental déjà construit en béton sur la victoire, une victoire de revanche, dont le candidat lui-même ignore réellement les contours chez ses frères et sœurs de race. Au soir de ce jour de gloire, ce sera la fête, mais après ?
Le Président OBAMA à la Maison Blanche
Il n’est pas prématuré de faire des projections sur la tenure de monsieur Obama et ses premières difficultés. Il aura pour lui un Congrès acquis à son parti, mais peut-être pas entièrement à sa cause. La nuance est très importante pour être signifiée dès à présent chez tous les analystes qui n’auraient pas la maîtrise de la mémoire historique des présidences américaines. De façon presque générale, rare sont les présidents moralisateurs et trop ouverts aux réformes sociales avancées qui ont dépassé un mandat. Certains ont été précipités dans la tombe, sans que les enquêtes monstrueuses, comme seuls savent le faire les Etats unis, aient produit les tenants et les aboutissants.
L’on sait depuis que malgré une minutie extraordinaire et des tonnes de papiers, de pièces à conviction et de témoignages, la commission Warren chargée d’enquêter sur l’assassinat de John Kennedy, n’a pas réussi à produire des conclusions irréfutables. Bine au contraire, les zones d’ombres ont été multipliées par mille, laissant les pistes encore plus brouillées que jamais. Jimmy Carter fut remercié après juste un mandat, vite remplacé par un véritable cowboy à l’image d’une Amérique qui n’a de compte à rendre à personne ni sur ses guerres en Indochine, ni sur les actions de la CIA à travers le monde, ni sur la gestion de son petit billet vert, le Dollar. Le pasteur Carter n’était pas l’homme que l’Amérique attendait ou voulait.
Monsieur le Président Obama risque fort bien de connaitre le même que ces présidents de très grande conviction chrétienne qui ont oublié que l’Amérique c’est d’abord le gendarme du monde, le patron de l’Europe, le roi de l’ONU, et l’on payé d’un départ peu glorieux, non sans être traités par les lobbies ultra conservateurs de faibles.
A tous ceux qui attendent les petits bonbons, il vaut mieux réitérer que le président des Etats unis est élu, payé et entretenu pour parler fort. S’il faut faire la guerre, il le fera, même en payant la facture au prix de la dénégation de votre fraternité de race. Qui oserait croire qu’après avoir engagé des alliés par ci et par là, l’on en viendrait à changer de fusil d’épaule, parce que le monsieur qui occupe le bureau ovale à la maison blanche a changé de couleur de peau ? Il faudra donc vite gérer des tas de contradictions pour lesquels, il se trouvera plus de gens pour l’enfoncer et démontrer son incompétence et sa faiblesse, que pour l’aider, le guider et l’éclairer.
Traditionnellement, la classe politique américaine ne se renouvelle pas assez vite et pas assez radicalement, contrairement à ce que l’on pourrait croire dans un pays si ouvert et si attaché à la démocratie. S’agissant particulièrement de la politique étrangère, la situation est même encore plus grave. Ce sont de tous petits cercles qui façonnent la vision mondiale de la très grande Amérique. Les barrons concernés ont généralement servi plus d’une administration, vont et viennent, dictent en douceur et s’imposent dans la continuité et dans la durée. Chaque nouveau entrant à la Maison blanche doit les subir, et bien souvent dès le stade des primaires.
A côté des barrons, il y a les pôles médiatiques, formés par des journalistes et des titres vedettes. Ce sont les Bob Woodward, héros du scandale du Watergate et autres, bien propulsés principalement par les titres phares: le New-York Time, le Washington Post, Chicago-Tribune, Los-Angeles Times, Washington Times, et voilà. Une seule chronique dans l’un de ces titres et sous la plume de l’une de leurs presque intouchables vedettes, peut contraindre un président américain à s’engager dans telle voie ou dans telle autre. Et lorsqu’ils sentent ou simplement soupçonnent le vent tourner, le doute s’installer, ces journalistes n’hésitent pas à précipiter la chute du temporaire de la maison blanche. Les plus malins n’attendront pas un mois pour commencer à mettre sur la table la promesse de retirer les troupes d’Irak, et la suite sera des débats interminables qui contrarient toujours le président.
Vu dans notre subconscient d’Africain soucieux du succès du frère, ce sera un racisme de trop, une méchanceté de trop, une autre humiliation historique de trop, une autre provocation insupportable.
Il n’en demeure pas moins que quoi qu’il advienne dans le cours de la gestion du pouvoir à la tête de la première puissance mondiale par un noir, les africains portés vers la malédiction éternelle de la race, n’auront certainement plus d’argument pour justifier l’arriération du continent. Les noirs n’iront plus raconter que Dieu ne les pas aimé ni qu’il ne leur a légué qu’un continent à problème. Aux Etats-Unis même, il faut rappeler que les noirs n’ont pas donné le meilleur de ce qu’ils peuvent donner ou de ce que le cadre institutionnel leur permet. Il y a effectivement une misère noire résultant des injustices, mais il y a aussi une misère noire résultant de la paresse, de l’irresponsabilité, et de cette malédiction chronique. Il faut par exemple savoir que plus 60% des familles noires sont tenues par des femmes seules, en l’absence des hommes qui font preuve d’irresponsabilité criarde. Crimes, abandons scolaires, maternités précoces, univers carcéral, suicides, en découlent logiquement. La faute n’est donc pas toujours au système ni aux dirigeants, et il ne suffira pas non plus d’envoyer un président noir à la Maison Blanche pour changer ces réalités.
Barack Obama à la maison blanche, entraînera trop de conséquences, trop d’implications, et trop d’espoirs, pour être totalement décryptés maintenant. Dans dix ans sans doute, nous racontera une histoire différente, mais après avoir préparé pour les prochaines générations d’africains, des livres d’histoire, de science politique et de sociologie, où ils apprendront que les noirs peuvent être autre chose aux Etats Unis, que des citoyens de seconde zone.
L’histoire sera donc écrite, peut-être avec de nouvelles espérances, et de nouvelles barrières à franchir, pour aller installer un autre noir, dans le fauteuil de la place Saint Pierre à Rome./.


Commentaire par Jikeb le 3 novembre 2008:
Je trouve cette article très long, très verbeux. Il aurait été plus judicieux de la diviser en plusieurs partie, ou d’en proposer un résumé.
Commentaire par Etum le 4 novembre 2008:
Je lirai apres un peu long pour mes yeux fatigués
Commentaire par teg le 8 novembre 2008:
Je trouve cette analyse du Dr Jean Claude Shanda Tonme tres approfondie, riche d’enseignements,impartiale et s’achevant sur une note prophetique. Celle-ci, positive ou negative, nous invite a avoir les pieds sur terre et a etre plus responsable de nous-memes et de notre destin de noir,d’africain quelle que soit notre nationalite. Apres avoir parcouru de fond en comble ses ecrits,et au terme de ma lecture, j’ai eu soif de le lire. A la suite des grands hommes noirs qu’il a cites, je me suis dit : « lui-meme doit en etre un!» Si ce qu’il est- a l’instar des autres modeles de l’humanite entiere peut davantage toucher la conscience noire et inspirer plus d’un par rapport aux defis du « sous-homme» (cf Aime Cesaire dans Cahier d’un Retour au Pays Natal)a davantage s’elever dans le concert des nations et ainsi enrayer totalement sa « negation» d’homme! Je souhaite a Barack Obama un sejour aux commandes a la facon de Nelson Mandela ou de Kofi Atta Annan. Et pour notre continent africain, bien que la route soit longue et escarpee,je sais que paix et prosperite seront non une hypothetique possibilite mais bel et bien une realite. Petit a petit nous y arriverons… Malgre le chaos generalise actuel, il ya une poignee grandissante d’hommes traitant leurs semblables avec dignite, pensant a « nous» au lieu du « je» .Il y’a une poignee de visionnaires, de prophetes, de travailleurs -croyant au changement- qui telle une tortue nous menent vers la terre promise. Nous y arriverons! Et c’est cela l’audace d’esperer… « Yes we can!»
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Commentaire par Couleur suisse le 9 novembre 2008:
Pour faire simple:
-L’Europe ce n’est pas la France et qques autres impliqués dans la traite négrière.
-Il n’y a pas que l’» Europe» qui soit impliquée dans ce triste commerce mais aussi qques états arabes et certains complices africains.
-Quelle est la couleur de vos actuels dirigeants et que font-ils pour vous ?
-Qu’avez-vous fait des Lumumba, Sankara et autres
-Obama est peut-être noir mais surtout il est AMERICAIN. Ne vous faite pas plus d’illusion. Les américains se sortiront de la merde mais pas nous
-Vous avez raison l’avenir est aux States pas en France ni en Europe. Rendez l’Anglais obligatoire au Cameroon.
Commentaire par dipita le 10 novembre 2008:
Chers JIKEB et ETUM,je comprends, vous etes atteint de la médiocratie,cette pandémie qui ronge les citoyens de ce pays,un mal qui sclérose des cerceaux à tel point que la simple lecture d’un article aussi fouillé aussi instructif que celui du Dr SHANDA vous dépasse. Qu’en serait -il s’il sagissait de réfléchir !
Merci à vous Dr SHANDA de nous éclairer par vos point de vue. Ecrivez ,écrivez toujours plus long . Instruisez ceux qui sont encore en bonne santé mentale.