A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.

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Le basculement du Cameroun dans le modèle somalien de déconfiture de l’Etat et de la République

Le mois d’octobre 2008 entrera dans l’histoire du Cameroun, comme l’étape révélatrice de l’état du pays, du destin du régime, et de l’avenir de l’Etat et de la République. En quelques jours de ce mois, entre le 22 et le 31, tout ce qui a pu être écrit, dit, démontré ou projeté sur le Cameroun au regard de sa mauvaise gouvernance, s’est trouvé conforté comme un cadavre longtemps enfoui dans les profondeurs qui remonte en surface. Dans le nord du pays, un commandant de gendarmerie a été tué par des bandes armées désignées coupeurs de route. Dans la capitale Yaoundé, un groupe d’individus munis d’armes de guerre, a improvisé un barrage de nuit et détroussé les automobilistes pendant près de deux heures avant de fondre dans la nature. Au large des côtes dans le littoral, un navire pétrolier français a été pris en otage avec une dizaine de personnes à son bord par des rebelles qui ont ensuite exigé une forte rançon. Et tout cela se passe alors que le Chef de l’Etat, monsieur Paul Biya, est absent du pays depuis une quarantaine de jours.

Il convient de noter que le mois précédant avait lui aussi été marqué par quelques faits assez graves pour ne pas dire inquiétants : un commando non identifié venu de la mer en pleine nuit à bord de chaloupes rapides, avait tenu en respect le centre commercial de la ville côtière de Limbé dans la province du Sud ouest pendant des heures et avait pillé les principales banques, emportant des sommes colossales ; par ailleurs, alors que les camerounais attendaient de connaître la date de retour de leur président, l’on apprenait que la mallette personnelle de celui-ci contenant près de quatre milliards de Francs CFA en devises fortes, avait été emporté malicieusement par un membre de son entourage qui n’a été rattrapé que de justesse par les services de sécurité de l’hôtel intercontinental de Genève où le souverain avait élit domicile. Un autre commandant de gendarmerie avait aussi été froidement abattu par des coupeurs de route.

Même s’il est indiscutable que les multiples peintures les unes plus sombres que les autres sur la situation de ce pays, pouvaient permettre de s’attendre à une évolution catastrophique à terme, nombreux sont les analystes qui pouvaient s’hasarder à prédire les événements aussi troublants de si tôt. Certes, le Cardinal camerounais Christian Tumi avait dès 1992, déclaré que tous les ingrédients d’une explosion malheureuse étaient dorénavant réunis dans son pays, mais il ne pouvait point s’agir d’entrevoir le règne des bandes armées comme dans Chicago des années 1960 ou le Libéria, la Somalie et la Siéra Léone de la fin des années 1980.

Une de typologie de déconsidération des institutions

La relative stabilité des frontières en Afrique et le règne des dirigeants issus de la décolonisation, aura tenu juste deux décennies (1960-1980). Ce temps a été suffisant pour la cristallisation des régimes de dictature et de pouvoir personnel, source de tous les abus et de tous les dérapages. Cette période. En effet le début de 1980 est immédiatement marqué tantôt par des transitions arrangés sans consultation populaire comme au Cameroun et au Sénégal, et tantôt par la multiplication des coups d’Etat militaires et l’orchestration des guerres civiles.

Une étude minutieuse des successions des régimes dans plusieurs pays, renvoie forcément à la recherche des causes endogènes et des causes exogènes de la décrépitude dont la plupart ont fait preuve. Que l’on se réfère au cas de la Centrafrique avec Bokassa ou du Zaïre de Mobutu, les processus semblent finalement être les mêmes, les méthodes et les implications également. L’on peut parler d’un tableau synoptique de décomposition lente mais certaine, des principaux attributs du pouvoir politique. La propension à imposer et à consacrer une conception patrimoniale, féodale et obscurantiste du pouvoir, a induit une déviation des droits et des devoirs des citoyens, selon une lecture institutionnelle qui n’a plus dépendu que des humeurs d’un être traité comme un divin. La consécration de la dictature a ainsi banalisé le statut de l’état et trahit le sens premier de la république. Finalement tout ce que la colonisation a laissé comme structures publiques organisées, a perdu de sa valeur, d’autant plus que d’un point de vue essentiellement juridique, les régimes successifs de dictature ont d’eux-mêmes crée et entretenu involontairement une confusion regrettable entre traditions sociales modernistes et coutumes féodales manipulées à souhait. De la loi et du règlement, il ne pouvait plus subsister que des catalogues de consignes symboliques.

Le cas du Cameroun en cette fin d’année 2008 est assez intéressant parce qu’il recoupe plusieurs exemples de pays qui ont récemment vécu des drames de désorganisation et continuent de se débattre pour en sortir. En effet après la série des bouleversements qui marque donc le début des années 1980, l’on s’aperçoit que de façon générale, la perception que les Africains ont de l’Etat et de la république a fondamentalement changé. Le gestionnaire de la chose publique n’est plus un être qui mérite le respect, la crainte et une certaine révérence. L’Etat et la république ne sont plus des institutions vécues et reçues comme des cadres impartiaux et loyaux pour le bien être de tous les citoyens. C’est que partout, le sentiment villageois, la morale clanique et les intérêts tribaux, ont supplanté ce qu’il y a de commun. Dans certains cas, il s’est agit d’une évolution lente, diffuse, imperceptible à première vue. Dans d’autres, le retournement a été brutal, effrayant. D’un régime à un autre, l’on a ainsi connu une vraie révolution, tellement les méthodes se sont trouvées éloignées, contradictoires ou opposées entre l’ancien et le nouveau.

Gouvernance de sectarisme et de concussion

La classification qui est souvent faite entre les régimes dictatoriaux et les régimes autoritaires, n’est sans doute pas applicable aux régimes africains, pas plus ceux de maintenant que ceux des lendemains des indépendances. En réalité, l’Etat et la République n’ont jamais été installés dans les meurs des africains en tant qu’institutions appropriées de gestion et de prévision de leur destin. Les discours d’une minorité de diplômés des écoles étrangères, ne doivent pas faire diversion. Que l’on se reporte au Sénégal sous Senghor ou à l’Ouganda d’Idi Amin, le parcours et les actes ont abouti à développer des pratiques de favoritisme prenant appui sur des critères subjectifs.

Lorsque l’on revoit les circonstances qui ont prévalu à la chute du régime de William Tolbert au Libéria, une vérité au moins s’impose : le premier président du pays n’avait pas pu construire un Etat solide ni crée un véritable sentiment national, et ce en dépit du fait que les esclaves rentrés des Etats Unis, étaient porteurs d’espoirs de modernisation et de non discrimination. La barbarie avec laquelle de simples soldats dirigés par un sergent du nom de Samuel Doé s’attaquèrent aux institutions et liquidèrent physiquement les dirigeants du régime, est proportionnelle à la profondeur de la douleur ressentie par une majorité de la population lésée par les discriminations.

En ramenant la démonstration au cas de la Somalie et de la Siéra Léone, l’on s’aperçoit que l’éclatement de l’état et de la république puis la multiplication des bandes armées dont les chefs n’ont pas hésité à proclamer leur autonomie, n’a été que la suite logique d’un pourrissement ayant conduit à la défiance des citoyens.

Le Cameroun qui est devenu théoriquement indépendant en 1960, est en réalité un pays où l’on a tout fait pour opposer les citoyens les uns contre les autres sur des bases tribales. Il n’a manqué dans le tableau camerounais, que l’extrapolation immédiate qui à partir d’un événement, cristallise les contradictions jusqu’au sang et favorise l’émergence des chefs de guerre. A cause ou avec des interférences extérieures, les concepteurs des institutions et de la politique camerounaises ont admis comme postulat de départ, qu’il existe des tribus de pouvoir et des tribus d’opposition au pouvoir, des tribus dont on ne peut pas avoir confiance et des tribus de confiance, des tribus travailleuses et des tribus consommatrices, des tribus proches de la France et des tribus éloignées de la France. L’Etat et la République du Cameroun ne sont donc, et n’ont jamais été, qu’une construction artificielle pour sécréter l’exclusion et la haine, et non une institution morale et fonctionnelle pour enseigner l’idéologie de la coexistence entre des nations culturelles diversifiées.

Personne n’avait entendu parler de la guerre des chefs ou des ethnies en Somalie avant que le régime ne se braque et refuse sa mutation à travers une alternance démocratique. Personne ne connaissait à l’extérieur qu’il existait ou qu’il pourrait exister des problèmes entre le sud et le nord de la Côte d’Ivoire. En fait, lorsque l’on se replace dans la situation du Cameroun, l’interrogation renvoie vite à la compréhension du processus qui ici comme ailleurs, a pu conduire le pays à la division, à la défaite du sentiment républicain, et la résurgence des cultures nationales identifiées par des limites régionales et tribales.

Si Mohammed Siad Barre de Somalie n’avait pas à un moment géré le pays comme son porte monnaie en oubliant de mettre en place des institutions solides, le malheur ne serait jamais arrivé et les pirates n’auraient jamais fait leur apparition dans le Golfe d’Aden. La Côte d’Ivoire n’y échappe pas, et Houphouët porte la responsabilité des querelles de sa succession après sa mort comme de la guerre civile qui tarde à prendre fin. L’excuse dans quelques cas à l’instar de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, c’est la réputation internationale et la position géographique alliées au charisme des dirigeants, lesquels malgré tout, ont su afficher un patriotisme respectable.

Le cas du Cameroun sort de l’ordinaire. Il faut d’abord constater que le régime a évolué vers une République ethnique de type sud africain sous le règne de l’apartheid. Aucun universitaire ou chercheur ne saurait discuter cette assertion, sans jouer le jeu des imbéciles payés pour travestir la vérité comme ces piètres théoriciens de la race arienne sous le régime Nazi d’Adolphe Hitler. Le Cameroun qui fut bâtit sur une discrimination d’abord douce en 1960, est devenu le berceau du modèle achevé du sectarisme étatique et de la réduction du sentiment national. C’est un pays où de façon quasi officielle, des politiques ont été développées et des lois écrites pour lutter contre la composante de la population la plus entreprenante et la plus nombreuse. Feu Houphouët Boigny n’hésita pas à déclarer après une visite d’Etat au Cameroun : « donnez moi les Bamilékés et je fais de la Côte d’Ivoire la première puissance du monde ».

La preuve du mal parfait

Une des premières preuves de la dérive du pays se présente en 1990 lorsque le tout premier parti d’opposition se met en place. Parce que ce parti est crée par une élite anglophone, le régime trouvera un argument facile pour le dénigrer en le taxant d’instrument du Nigéria. Lorsque deux ans plus tard, le nouveau parti majoritairement soutenu par les citoyens de toutes les régions du pays, est tout près de remporter l’élection présidentielle malgré toutes sortes de tricheries, d’intimidations et de malversations électorales, le régime allume les feux de la guerre civile en enrichissant le jargon politique local d’une nouvelle catégorie de citoyens : les anglo-bamis. L’on désigne alors ainsi, les anglophones et les bamilékés traités d’opposants, de terroristes et de menace pour le régime. En fait le seul tort de ces gens est de lutter pour le changement de façon pacifique.

Il faudrait souligner que dès le coup d’état manqué de 1984, le régime affiche ses ambitions de placement des membres du village du président dans tous les principaux postes clés de la fonction publique, du gouvernement et des forces de sécurité de toutes catégories. Les bulus du sud se retrouvent partout et prennent tout, pendant que les autres, particulièrement les bamilékés, sont systématiquement et radicalement écartés, mis au garage, expulsés des postes qu’ils occupaient (par erreur ou par tolérance). Même la gestion de la politique nationale de l’éducation et de l’enseignement supérieur subira cette idéologie d’appropriation et de confiscation des responsabilités.

Il ne faudra pas attendre longtemps, pour que le pays se mette à évoluer plutôt à reculons. Le pillage des ressources publiques, les détournements monstrueux en milliards, prendront le pas sur la préservation des richesses nationales. D’ailleurs, pour mieux affirmer cette tendance dont il est toujours bon d’en faire une idéologie quelconque, l’on mettra en avant la nécessité de favoriser l’émergence de nouveaux hommes d’affaires. Voici donc un pays où de façon officielle, les banques seront encouragées à utiliser les épargnes des citoyens pour financer les agapes de quelques fous, des fanfarons et des truands de basse classe, au nom de ce qu’il faut casser l’hégémonie de certains compatriotes désignés sous des couleurs ethniques et dont on supporte mal la réussite.

Le Cameroun ne s’est donc pas seulement transformé en un pays où les dirigeants déclarent ouvertement la guerre à une partie de la population jugée trop entreprenante et envahissante, il aussi devenu le champion de la promotion des cancres, des tricheurs et des irresponsables au sein de son administration publique et dans la projection de son image sur la scène internationale.

C’est dans l’armée que cette politique est encore plus intolérable. En un laps de temps, la seule institution encore bien hiérarchisée du pays, perd complètement toute crédibilité. Non seulement les recrutements ne suivent plus les grands principes ni les grands équilibres, mais plus grave, une flopée de jeunes dames en provenance de la région du président envahit les rangs et font la loi. Une discussion franche avec des hommes de troupe laisse percer le malaise et le découragement. D’ailleurs, un phénomène jusque là rare dans les corps de sécurité, dévient la règle. Il s’agit des désertions, et de l’utilisation frauduleuse des armes de guerre. De nombreux brigands pris la main dans le sac lors des braquages, n’ont aucun mal à dévoiler les réseaux de détournement des stocks.

Les militaires camerounais ont été mêlés à la politique du mauvais côté, aidant des milices privées, jouant dans le camp du tribalisme ouvert, et se prêtant au jeu de classification des citoyens selon leurs origines régionales. C’est le cœur de l’institution qui a été atteint, et atteint avec d’autant plus de douleur, que les équipements ne suivent plus pour ceux qui auraient voulu encore croire en une véritable armée de métier. A lire les communiqués officiels qui annoncent chaque jour un cortège de suspension ou de révocation des éléments des forces de sécurité mêlés à des actes illégaux, l’on prends peur et l’on se demande si la protection des personnes et des biens est encore possible dans le pays.

Voilà dans quel contexte, naît un autre phénomène, celui des mémorandums. Il est clair vers la fin des années 1990, que l’orientation foncièrement tribale du régime, inquiète trop de citoyens qui sont obligés de se recroqueviller dans des considérations ethniques. Pour un régime qui n’a jamais reconnu ses fautes et qui n’a jamais fait la moindre concession, tout cela ne dit rien. Au contraire, la seule leçon qui vient d’en haut, sera le recours à plus de division, plus d’exacerbation de la haine et de tribalisme. Pour tout coucouner, une constitution d’une exceptionnelle dangerosité et d’une teneur discriminatoire attentatoire à toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’homme, est élaborée dans des conditions de tricherie en 1996.

Comme il fallait s’y attendre, tout ce qui a pu symboliser l’Etat et la République pendant cinq décennies, a foutu forcement le camp. Aux revendications des anglophones correspondent les échos du désenchantement des bamilékés, et les frustrations des citoyens de toutes les couches sociales et de toutes les régions. Aux coupeurs des routes qui gagnent tout le pays, s’attèlent les bruits d’insatisfaction des étudiants, des transporteurs, et même des policiers et militaires. Le Cameroun dans sa présentation républicaine n’est plus qu’un leurre. En vingt cinq ans, plus d’un million de personnes en âge de produire et de contribuer valablement au développement du pays, a franchi les frontières à la recherche du bonheur sous d’autres cieux. Les files d’attente interminables devant les représentations diplomatiques européennes et américaines font penser à un pays en guerre où les citoyens ne songent qu’à s’enfuir.

Ce qui reste du pays, c’est son âme du passé et sa position géographique enviable. La réalité est ailleurs, dans la démission des dirigeants, la fatigue des esprits, et l’effondrement du sentiment de solidarité indispensable pour tenir une République débout. Il n’y a plus d’Etat, il y a seulement une constellation de petits chefs qui règnent comme des princes des royaumes obscurs. Nous sommes en présence de chefs de guerre qui ne disent pas leur nom. Ce sont des chefs qui dirigent des réseaux mafieux au travers des marchés publics, des ménages multiples, des promesses fallacieux et des abus gravissimes.

Troublante absence chronique du président

La précipitation du Cameroun dans le modèle somalien s’est faite selon un processus qui tient d’abord à la personnalité du président de la République. Homme de caractère très réservé et peu expansif, presque timide, Paul Biya est loin de correspondre au genre de père fouettard qu’il faut réellement pour un pays aussi divers, aussi riche, et aussi propice à des dérapages. Le président a cru qu’en multipliant des courtisans et en concédant des privilèges exorbitants à quelques excités trillés sur le volet, le jeu politique trouverait de façon automatique un équilibre dans lequel les protagonistes se neutralisent en même temps qu’ils luttent pour lui affirmer leur allégeance. Seulement, ce calcul n’à jamais intégré le destin du pays et du citoyen ordinaire. Conséquence, l’on a un appareil politique et administratif coupé des réalités, éloigné du peuple, et étranger aux exigences de développement du pays. Le gouvernement comprend quelques soixante dix ministres, ministres délégués et secrétaires d’Etat. A côté de cette pléthore, il y a tous les assimilés dont la marque publique est la mobilisation d’un gendarme ou d’un policier en tenue pour servir d’ouvre-porte et de laissez-passer. Du recteur d’université d’Etat au Directeur général de société publique, chacun se comporte comme un chef d’Etat dans son coin : gardes du corps ; véhicules de suite ; cabinet privé ; flopée de valets disposés à toutes les basses besognes y compris le crime.

Mais que fait donc le président et que dit-il devant l’invasion des rues par des cortèges insolents formés de véhicules ronflants qui encadrent les déplacements de ces véritables seigneurs de guerre ? Une journée dans la capitale camerounaise donne le vertige devant les grosses 4×4 rutilantes qui bousculent tout sur leur passage pour obliger les autres automobilistes et les pauvres piétons à prendre conscience que tel ou tel ministre, tel ou tel personnalité importante du régime se trouve dans les parages.

Parce que tout ce beau monde a bien compris que le président est loin des choses quotidiennes et ne voit rien, les abus sont le lot quotidien des citoyens élémentaires. Ainsi se met en place le pillage aussi, la corruption, la prévarication. Il n’est pas rare d’entendre une personnalité à qui l’on fait la remontrance répondre par : allez donc dire au président. En fait même s’il est au courant après coup, le président est lent à réagir, et la réaction n’est jamais ce que les citoyens attendent. Le phénomène des coupeurs de route tient ses origines surtout au découragement et à l’exaspération de milliers de gens qui veulent leur part par tous les moyens. Le gouvernement a voulu un temps faire avaliser la thèse des rebelles tchadiens ou centrafricains, mais il a fallu renoncer très vite face à la généralisation du phénomène sur l’ensemble du territoire, y compris dans la capitale. Des rumeurs persistantes ont toujours soutenu que de hautes personnalités politiques ou traditionnelles se cachent derrière ces bandits. Pour le faire, il faut être convaincu que l’anarchie est dorénavant la règle et que l’Etat n’est plus nulle part ni incarné par personne.

En Somalie et au Libéria, il n’y avait peut-être pas grand-chose en termes de richesses immédiates au-delà de celles du sous sol à l’instar des diamants. Au Cameroun, l’argent abonde et les opportunités pour un enrichissement rapide et illégal sont nombreuses. Pourquoi s’embarrasser des lois dans un pays où les dirigeants sont les premiers voleurs ? Voilà le raisonnement typique de ceux qui sont impliqués dans l’organisation des braquages et des réseaux sales. On va à l’école et on ne peut pas passer un bon concours parce que rien n’est plus clair ni transparent dans les voies d’accès à l’honorabilité publique.

Un autre grief intervenant dans la déclaration d’indépendance individuelle des citoyens et leur peu de considération pour l’Etat se fonde sur l’absence trop fréquente du président pour des longs séjours à l’étranger. Les plus gentils soutiennent que le président est malade et est astreint à des soins qui justifient ces absences, pendant qu’un son de cloche plus dur voudrait qu’il s’en foute éperdument des affaires du Cameroun et même qu’il se sente encombré avec sa charge officielle à la tête du pays. Une autre école avance l’éloignement de ses enfants du pays comme une preuve que le Chef de l’Etat fait peu de place dans sa vie personnelle à sa relation avec ses compatriotes, et que l’éloignement de ses enfants dénote soit une absence de confiance compte tenu du contexte volatile qui peut surprendre à tout moment avec des révoltes sanglants, soit qu’il a conscience que le pays qu’il a lui-même bâtit est tellement pourri qu’il n’est pas propice à une saine éducation pour les enfants.

Lorsque l’on interroge les diplomates accrédités à Yaoundé sur la situation du Cameroun, beaucoup optent pour un silence embarrassé. Les plus bavards qui s’hasardent dans une réponse, posent plutôt des questions : croyez vous que votre président soit a vraiment la volonté de bouger, de changer les choses ? Croyez vous que les camerounais lui font confiance ? Est-ce vrai qu’il serait prisonnier de quelques personnes de son entourage ou de son village ? Comment cela se fait-il que votre président ne se rende jamais dans les autres régions du pays ? Pourquoi limite-t-il son existence à son palais de Yaoundé et son palais du village dans le sud natal ? A-t-il vraiment un proche collaborateur qu’il écoute ou quelqu’un d’autre à l’extérieur dont il suit les conseils ?

Pour mesurer le degré d’insatisfaction de la population, il faut se référer à des déclarations du genre : franchement les auteurs de la tentative du coup d’Etat de 1984 avaient raison ; ils avaient vu venir ; si c’était à refaire le soutien ne leur manquerait pas ; Ahidjo était de loin meilleur ; Ahidjo a eu tort ; le président a complètement déçu….etc.

Il ne faudrait cependant pas prendre ces déclarations pour agent comptant. Le bilan du régime ne plaide certes pas pour des applaudissements, mais l’essentiel en termes de stabilité au sens où les vertus totalitaires néocoloniales les ont imposées dans les arrières cours d’Afrique sont sauf. Ces vertus qui ont fait leur preuve en Côte d’Ivoire avec la suite que l’on connaît, au Sénégal et surtout au Gabon, veulent que le pays soit bien gouverné et crédible tant qu’il n’y a eu ni soulèvement spontané, ni coup d’Etat, ni révolution radicale. Que le peuple s’exprime ou pas n’entre point dans l’ordre des préoccupations. Pourtant, c’est justement à cause de cette stabilité factice, que le processus de somalisation se construit avec certitude et conduit à la perdition inéluctable de la République puis la disparition pure et simple de l’Etat.

Enfin, il est encore difficile de dire si c’est vraiment vers la Somalie, la Congo Démocratique, la Côte d’Ivoire, que le Cameroun se dirige avec un pas dorénavant pressé. La seule certitude analytique c’est que le pays s’enfonce et va inéluctablement vers le genre de drame qui captive l’actualité./.

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Il y a 5 commentaires en ce moment. »

  1. Je ne vois pas l’opportunité du parallèle avec la Somalie mais bon. Bel exercice de style mais tres loin de la réalité, j’ai bien peur.

  2. etum , cet article a l’air convaincant , en tout cas la conclusion (surtout la derniere phrase) me parait vraie . Que veux tu dire par « tres loin de la realité …»  )? quel est ton avis sur le sort de ce pays et les causes de tout ca quoi ?

  3. Helas, une fois de plus, M.Shanda Tonme part d’une bonne intention pour tomber dans le travers du tribalisme qu’il denonce en meme temps.

    Il pretend que la culture villageoise a prris le pas sur la culture d’Etat apres le changement de regime. Je lui dis: Faux !
    J’ai moi meme fait une these sur ce theme, et je peux lui indiquer que le developpement auto centre et auto entretenu, ainsi que l’equilibre regionale etaint deja une institution de la tribalite dans l’Eata, et que l’Etat de ce fait au Cameroun, n’a jamais ete qu’une « excroissance institutionnelle»  des us villoageois qui predomiment dans le systeme de valeurs et de socialisation du Cameroun.
    Sans vouloir reecrire un article, je dirai que la realite de la dictature est patente, la necessite de sortir du regime neocolonial et d’un chaos certain sont indispensables.
    Mais helas, M. Shanda n’a pas le recul intellectuel necessaire pour mener le debat, tant il manque de culture analytique et qu’en meme temps il semble proner la suprematie de son ethnie dont il demontre les limites theoriques par l’inconsistance de sa capacite a mener une reflexion solide et froide.

  4. Amigo,
    je partage entièrement ta critique de l’article, et le recadrage necessaire des positions de l’auteur qui semble s’empètrer dans son raisonnement; il n’a pas réussi à comprendre qu’il s’autofustige et dénonce des travers qi sont visiblement les siens aussi.
    La qualité d’une bonne analyse, intellectuelle, pertinente réside dans le necessaire recul qu’il faut veiller à conserver.
    Enfin pour quelqu’un qui lit et écrit autant, il devrait veiller à la pertinence de ses affirmations, à moins que ce ne soit pour lui un moyen détourné de vehiculer des idées que je ne souhaite pas qualifier.
    Le sujet est pourtant d’un extrême interet pour le bien être de ce pays que nous voulons laisser à nos enfants.

  5. L’article debute bien mais, s’acheve en eau de boudin… Avec tout le respect que je vous dois M. Tomne, je pense que l’argument tribal ne sert que pour la masse, car a bien y regarder toutes les ethnies se retrouvent dans les cercles du pouvoir et se partagent des parcelles de ce pouvoir. Les cancres se retrouvent dans toutes les ethnies, ainsi que les affides du pouvoir en place. Il serait plus juste de dire qu’on assiste a une feodalisation de la societe camerounaise et, s’interesser aux divers mecanismes qui y conduisent. Comment cette tendance est-elle devenue structurante du vecu quotidien du citoyen camerounais? Qu’est-ce qui nourrit (ce que je qualifie personnellement) cette deviance?

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