A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.

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De Rosa Parks à Barack Obama: une si longue lutte, qui condamne tous les dictateurs de l’Afrique contemporaine

C’est dans les circonstances de trop grande liesse qu’il faut poser les questions les plus profondes, prendre le plus grand recul, et pénétrer le plus loin possible dans l’histoire pour comprendre, apprendre, se méfier, et mieux gérer toutes les contingences de l’existence. En une nuit pour certains, une journée pour d’autres, le destin du monde semble avoir basculé, modifiant les principaux repères de la géopolitique planétaire, et introduisant de nouveaux codes de valeurs, de nouveaux termes de référence, de nouvelles règles, dans la compétition entre les nations, les peuples, les races, et les Etats.

Même la fondation des Nations-Unies, à San Francisco en 1945, ne produisit autant d’espoir et n’entraîna pour l’humanité un si mémorable retentissement. Il aura donc suffi que dans un pays, celui qui apparaît comme le plus extraordinaire de l’organisation sociale et politique moderne, un homme de race noire remporte l’élection présidentielle, pour que, d’un seul coup, l’on ait le sentiment que les aiguilles d’une grande horloge se sont remises à tourner, ou qu’elles ont commencé à tourner dans un autre sens.

Le danger dans toutes les situations d’excitation extrême, c’est de laisser se mêler à la liesse légitime quelques voyous aux bilans sanglants que leurs agissements d’hier et d’aujourd’hui rangent clairement dans les poubelles infâmes et les prisons spirituelles dont les peuples pensent s’être affranchi. On ne peut pas lutter pour briser les chaînes de l’oppression et accepter de s’asseoir à la table de la fête, avec les geôliers, les traitres et les responsables des souffrances continues de l’humanité.

Il faut donc savoir, en ce moment, remonter l’histoire, pour mieux montrer à tous ce qu’un Mandela représente dans l’univers du peuple noir, et la dimension morale puis politique de son immense charisme. A tous ceux qui brandissent des pancartes et abordent des teeshirts aux effigies des vainqueurs, l’occasion ne peut pas être plus indiquée que celle que nous offre l’émouvante réussite de Monsieur Barack Obama, pour rappeler au monde que l’espoir vient d’une longue construction, de lointaines blessures, et d’interminables résistances.

Ce n’est pas du noir qu’il s’agit, ce n’est pas seulement de la race ou du courage, c’est du mérite d’une espèce humaine, celle qui sait se lever pour refuser l’oppression, contester toutes sortes d’injustices, et s’opposer à la perdition de la vie tout court. Je ne veux donc pas entendre parler du noir qui aurait gagné quoi que ce soit, car trop de diables de notre monde ont maintenant la peau noire.

  1. Accepterions-nous des criminels reconnus aux funérailles d’honnêtes citoyens?
  2. Inviterions-nous les responsables du train de la mort Douala-Yaoundé à la célébration de la fraternité et de l’amour du prochain ?
  3. Supporterions-nous la présence de Compaoré à la décoration de Mariam Sankara ?
  4. Danserions-nous avec Hitler le soir du souvenir de tous les martyrs juifs ?
  5. Comment accepteriez-vous que les assassins des Lumumba, Um Nyobè, Ernest Ouandjié, Amilcar Cabral, Steve Biko, Martin Luther King, Dulcie September, tous ces hommes et femmes qui ont payé de leur vie pour notre lueur d’espoir, adressent des félicitations à Monsieur Barack Obama ?

C’est dans des circonstances comme celles de ce 4 novembre 2008, qu’il faut réapprendre à prendre les actes des gens au sérieux et à leur donner une valeur, un prix, une marque, une perspective dans le temps et dans les cœurs.

Il fut une fois, une petite femme noire, dans une Amérique où la peau noire vous envoyait à la potence à la moindre erreur, à la moindre résistance. Il fut une certaine Rosa Park, femme noire de sa toute la splendeur de la couleur de sa peau, qui commença sa résistance dans un bus de transport en commun, en faisant ce que le pouvoir de l’Amérique blanche interdisait aux personnes dites de couleur. Mais avant elle, il y eut tous ces esclaves qui engagèrent des mouvements de révolte dans les plantations du sud, dans les champs de coton. Beaucoup payèrent par une mort brutale, sauvage, barbare. Allons chercher encore plus loin en arrière, ces milliers de nègres déversés dans les mers, parce qu’ils avaient manifesté une simple mauvaise humeur lors du trajet de la honte, celui qui vaut toutes nos larmes, et qui allaient des côtes africaines vers l’Europe et les Amériques. N’oubliez pas les enfants des écoles, des universités, les hommes et les femmes de tous les âges et de toutes les conditions, qui marchèrent et chantèrent de longues années durant pour demander la reconnaissance du statut élémentaire de personne humaine.

L’Amérique qui vibre aux couleurs de l’arc-en-ciel est celle qui a vu naître, grandir, vivre et mourir trop de douleurs, trop de souffrances. C’est l’Amérique de la marche historique qui se termina par ce discours sur le rêve, celui d’un Martin Luther King parlant pour l’histoire, mais parlant pour l’humanité et pour des générations indéchiffrables. Combien de cercueils ou de cadavres faut-il pour une libération de l’oppression ? Combien de voix, d’élections, d’argent, de forces, et de détermination faut-il, pour hisser un enfant de ces races marginalisées au sommet de la première puissance de la planète.

L’histoire de la formulation et de la codification des droits civiques et des libertés aux Etats unis est intimement liée à la cadence, à l’intensité, et au niveau d’engagement et de sacrifice de la communauté noire américaine. Les lois sociales les plus avancées ont, la plupart du temps, été la réponse aux mouvements d’émancipation et de protestation noirs. C’est d’ailleurs en cela ou pour cela, qu’il faut exiger pour les asiatiques et les latino-américains qui dorénavant les devancent en pourcentage dans la population globale des Etats unis, plus que de respect. Ce respect, Obama en engrange le mérite et le capitalise en notre nom aujourd’hui. Mais, et l’Afrique en l’état actuel ?

Et tous ces fous d’Afrique, qu’en faisons-nous ?

Les joies de l’Amérique sont les larmes de l’Afrique, et la victoire d’Obama sonne comme la mise en accusation inéluctable des pires salopards de la gestion du destin de l’humanité que nous supportons encore à la tête des Etats africains. Il ne faut pas, il ne faudrait point, s’engager dans une fête bruyante, tant que par ici, dans le berceau des gens de cette race, les échos de chaque jour continueront d’être des cortèges de souffrances, de misères, de guerres civiles, et de piétinement des valeurs sacrées de la condition humaine.

Dieu n’a rien donné à l’Amérique de plus qu’à l’Afrique, et Dieu n’a pas inventé Obama. Dieu a fait chacun dans le monde avec les armes de son développement et de son épanouissement, mais il a aussi donné, à chacune de ses créatures, cette chance et ce courage éternels qui lui permettront de contester les dictatures, les oppresseurs, les bandits et tous les pilleurs du bien commun.

L’Afrique qui se lève pour saluer Obama doit pouvoir comprendre que cet homme jeune qui parle depuis des milliers de kilomètres au-delà des mers est le produit d’une très longue lutte, qui a vu passer dans la tombe des millions de braves citoyens, des millions de mères de famille, des millions d’enfants dont le seul tort fut de porter les couleurs d’une race, ou de militer pour une idéologie de l’égalité des chances, de l’équité et des droits civiques. De Fréderick W. Du Bois, en passant par Toussaint l’Ouverture jusqu’à Jesse Jackson, Angela Davis, Fred Hampton, et Malkom X, James Brown, ce que le peuple noir d’Amérique a produit comme luttes nous condamne à nous lever pour une fois, à nous engager fermement, pour évincer tous les dictateurs et les gestionnaires sales du continent.

Ce que nous enseigne ce 4 novembre, c’est ce qu’à dit une jeune fille de quatorze ans en regardant les images de Barack Obama prononçant son discours après l’élection: mais papa, pourquoi on ne peut pas faire comme ça chez nous ?

  • Que répondez-vous à cette enfant ?
  • Comment lui expliquerez-vous que par ici, ce sont encore des démocraties de brousse tenues par des obscurantistes aux mentalités d’antiquité ?
  • Comment voulez-vous chanter et danser, Say it loud, I am Black and proud, parce que Barack Obama va entrer à la Maison Blanche, en sachant que vous, ici, vous n’avez aucune chance de voter librement, de faire entende votre voix, de mettre fin au règne de dictateurs qui jurent de ne jamais quitter le pouvoir et qui sont la source des plus insupportables humiliations contre le peuple noir ?

Ces bandes de sales gens, qui tiennent les Etats sauvages d’Afrique à un titre ou à un autre, ont veillé aussi, comme nous, comme de simples citoyens, pour découvrir aux premières heures de ce 05 novembre 2008, qu’un noir allait être président des Etats-unis. Ces salauds ont tous applaudi, mais sans jamais se poser la question de leur responsabilité dans notre arriération, dans notre misère, dans cette humiliation sans fin.

La seule réponse à votre fille, c’est sans doute, que oui, on ne peut pas encore faire comme ça chez nous, parce que nous n’avons pas encore suffisamment lutté, mais on fera bientôt comme ça chez nous, parce que nous allons suivre les exemples des Rosa Parks, de tous nos martyrs, et ne plus jamais baisser les bras.

Obama ne tombe pas du ciel, il est le produit de luttes intenses, lointaines, profondes et radicales. Il est la conséquence, et la consécration à la fois, d’une histoire très dure. C’est pour cela, justement, que tous les dictateurs de l’Afrique noire doivent être renversés par tous les moyens. Le peuple noir ne connaîtra jamais de dignité et ne fêtera jamais avec une pleine légitimité, tant qu’il restera un seul dictateur dans ses entrailles.

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Il y a 2 commentaires en ce moment. »

  1. La quadrature du cercle?
    Nous luttons de maniere « profonde et radicale»  comme vous dites et nous offrons au monde le spectacle degradant de la guerre et de l’aide humanitaire. Nous luttons de maniere « pacifique et appaisee»  comme disent d’autres et nous lui offrons la corruption,les detournements, la pauvrete, la fraude aux elections, l’exil…
    Est ce un cercle vicieux? Une fatalite? Y a t il une troisieme voie?

  2. » …tous les dictateurs de l’Afrique noire doivent être renversés par tous les moyens…» 

    je prends ce propos a mon compte mais je dois dire que bien de moyens ont montre leur limites ; c’est ce que decrit M. Lowe dans le commentaire precedent . Il serait interessant qu’en ce moment d’attention de tous voire des plus distraits d’entre nous que vous M. SHANDA (probablement un des plus eclaires )et d’autres sortiez des sentiers de la revendication sterile et proposiez des choses concretes , des organisations , des outils , etc. devant aboutir a court terme (2011) a la decadence de ce systeme de »  salopards»  . merci.

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