A propos de l'auteur Jean Marc SOBOTH

Jean Marc Soboth est journaliste, premier secrétaire national du SNJC (Syndicat National des Journalistes du Cameroun). Il est aussi Adviser (Reserve) du Comité Exécutif de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

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Le maire de Dzeng veut brader des hectares de forêts contre une scierie

Monsieur le Maire de la Commune Rurale de Dzeng,

Le quotidien Mutations se fait l’écho, dans un article paru le 27 Novembre 2008, des divisions qui vous opposent à certains de vos administrés pour le classement de leurs terres en forêts communales. Un sujet que vous et moi avions discuté il y’a pratiquement 5 (cinq) mois après votre passage dans les villages relevant de votre juridiction pour leur signifier la réquisition de leurs forêts.

Lors de notre première conversation téléphonique, vous m’aviez fait comprendre que les bruits autour de votre projet de forêt communale étaient le fait de l’activisme de vos ennemis politiques et que vous aviez des garanties de l’Union Européenne (UE), lesquelles stipulent que l’UE financera le reboisement des surfaces exploitées. A la question de savoir ce que ce projet rapporterait à votre commune, vous me répondiez que vous alliez construire une scierie a Dzeng (Chef lieu de l’arrondissement du même nom).

La politique a parfois ses raisons que la raison ignore, et que personnellement j’ignore. Cependant, certains de vos administrés dont je fais partie, n’acceptons pas que des logiques politiciennes prennent le pas sur l’intérêt général, la protection de l’environnement, la sérénité et les intérêts des populations dans la grande majorité pauvres de notre arrondissement. Avant de vous appeler, j’avais pris le soin de parler à certaines forces vives de l’arrondissement de Dzeng et de faire quelques recherches sur les lois encadrant les forêts communautaires au Cameroun. J’ai également pris en compte les expériences de certains acteurs sur le terrain, entre autres les populations des régions de Dimako et de Djoum dans les provinces de l’Est et du Sud du Cameroun.

Ne voulant pas m’impliquer dans des combats de leadership dans l’arrondissement de Dzeng, je vous avais demandé de me faire parvenir par le biais de ma soeur aînée les documents de stratégie de développement qui encadrent votre projet de forêt communale pour que je me fasse moi-même une idée de la situation en tant que partie prenante, étant donné que les terres sur lesquelles était né mon défunt père sont également concernées. Cinq mois après ladite conversation téléphonique, et malgré de multiples coups de fils de ma soeur ainée et la foultitude de faux rendez-vous que vous lui avez donnés (dont les deux derniers datent de Mardi 9 Décembre 2008 et Vendredi 12 Décembre 2008), je n’ai toujours aucune trace des documents concernés. Vous ne me donnez donc pas d’autres choix que de vous interpeller publiquement.

M. le Maire, vos populations vous ont voté pour les guider dans leur quête de développement, d’amélioration de leurs conditions de vie, en un mot la protection de leur patrimoine. Vous avez le devoir de défendre l’intégrité des terres et forêts sur lesquelles ils ont su, bien que pauvres, s’adapter et vivre avec dignité depuis des siècles. Au lieu de celà, cette situation qui ressemble fort a une incurie risque de déchirer leur tissu social déjà fragile et potentiellement les faire disparaître, en tant qu’entité culturelle, économique et citoyenne, sacrifiée à l’autel d’intérêts inavouables.

Mr. le Maire, vous n’êtes pas sans savoir que des nombreux rapports officiels ont alerté et continuent d’attirer l’attention des autorités publiques sur les conséquences désastreuses de la gestion approximative des forêts communales existantes. A titre illustratif, je citerai le cas bien connu des populations de l’Est du pays dont l’existence même est menacée par les comportements irresponsables de leurs élus avec la complicité des sociétés forestières. On ne compte plus les destructions de cultures [2], détournements chroniques de fonds publics – a titre d’exemple, en 2004 et 2005, la RFA (Redevance Forestière Annuelle) a produit 12.276.493.763 francs CFA que se sont partagées 67 communes de la zone forestière.

Le décalage entre l’importance des sommes ainsi versées et les investissements réels sur le terrain est criant – D’une manière générale, l’utilisation de ces fonds notamment par les communes ne correspond pas toujours à l’éthique que l’on est en droit d’attendre de la gestion des deniers publics (entre surfacturation, détournements, marchés fictifs, mauvaise tenue des cahiers et livres de compte et autres pratiques de gestion malsaines, etc.) [3] avec toutes les conséquences sociales que l’on sait (chômage, pauvreté, famine, prostitution, maladies graves (VIH/SIDA), grossesses indesirées, etc).

La liste est loin d’être exhaustive. C’est ce que les populations d’ Assok, Nkomedzap, etc. ont essayé de vous faire comprendre dans leur pétition aux autorités camerounaises compétentes, notamment en raison de la loi de N° 94/01 du 20/01/1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche, laquelle vous accordera un pouvoir quasi-discrétionnaire pour l’exploitation de ces forêts une fois devenues ‹‹forêts communautaires». L’influence des comités consultatifs sur les prises de décision étant relativement faible puisque le maire garde seul (ou presque) le pouvoir de decision [1].

Au-delà de l’aspect légal, qui nécessitait une consultation des forces vives de la région et des populations locales, il y a dans votre approche, l’aspect simplement humain de la situation qui est occulté ou qui n’est pas du tout pris en consideration. Dans votre correspondence au Ministre Grégoire Owona, vous expliquez votre démarche d’acquisition d’urgence d’une forêt communale par une paupérisation extrême de votre commune et un grand besoin de ressources pour la réalisation des projets. Arguments battus en brèche par vos administrés dont les forêts avaient déjà été sauvagement exploitées par les sociétés forestières Sab et Coron dans les années quatre-vingt sans aucun investissement local en contrepartie. Forêts qui sont aujourd’hui, en toute logique, dans leur phase de regénération [4]. En outre vous n’expliquez pas a vos administrés comment la commune de Dzeng se retrouve endettée a concurrence de 200.000.000 (deux cent millions) F. CFA auprès du FEICOM sans qu’il n’y aie eu de réalisations significatives sur le terrain.

Votre commune est clairement un exemple de mauvais élève en ce qui concerne la gestion de la chose publique. Et maintenant, vous voulez troquer une forêt de 25 182 hectares contre une scierie. Une scierie! Vous ne parlez ni d’école, ni de dispensaires, ni de routes. Mais juste d’une scierie. N’ayant pas obtenu le document de stratégie de développement encadrant votre projet de forêt communautaire, votre vision du développement de votre commune me parait clairement limitée. Si la destruction de nos écosystèmes est pour vous synonyme de développement, alors il faut que vous sachiez qu’un développement (économique) qui ignore les limites de nos ressources naturelles finit par infliger des coûts sociaux et environnementaux considérables aux plus faibles; et par conséquent achève de rendre vulnérables ceux qui dépendent le plus de l’état de ces écosystèmes, à savoir vos administrés.

Avec des antécédents comme ceux sus-mentionnés pour une commune aussi pauvre, solliciter les forêts de vos administrés à des fins d’exploitation commerciale devient clairement une opération sensible. Vous engagez ainsi votre responsabilité en tant qu’élu du peuple. Vous devez par conséquent prendre toutes les dispositions utiles afin d’éclairer vos administrés sur vos intentions et objectifs réels pour des besoins de transparence; et éviter de vous engager dans des stratégies qui s’opposent clairement au bon sens, et aux recommendations formulées dans differents rapports ([1], [2], [3], etc). Vous devez également tenir compte des leçons durement apprises par les populations de Dimako dans l’Est du Cameroun et Djoum dans le Sud du Cameroun entre autres. Vous comprenez donc certainement l’émoi de vos administrés en apprenant l’existence du projet de classement de leurs forêts coutumières au travers d’un communiqué discrètement affiché en Février dernier sur un pan de mur de la commune rurale de Dzeng, et que le dossier y afférent était déjà sur la table du Ministre des Forêts et de la Faune et à la Présidence de la République.

Bien que n’ayant pas connaissance du contenu de votre dossier au Ministère des Forêts et de la Faune, je ne puis m’empêcher de vous faire part de mes plus vives récriminations à l’égard de votre gestion de ce dossier. Il apparait clairement que la procédure de classement d’une forêt de cette superficie en forêt communale est viciée et tronquée dans la mesure où toutes les parties prenantes n’ont pas été associées à l’élaboration d’un tel projet. Par ailleurs, les populations riveraines pour la plupart ne se sentent pas concernées, puisque n’ayant jamais été consultées. En plus, il apparait que votre projet de forêt communautaire a été initié au mépris des articles 26 (alinéa1), 29 (alinéa 1), 3 (alinéa 1) qui disposent que l’acte de classement d’une forêt domaniale tient compte de l’environnement social des populations autochtones qui gardent leurs droits normaux d’usage.

Environnement social que vous n’auriez pas pris en compte, puisque n’ayant pas consulté ces populations autochtones [4]. Ce qui represente une violation flagrante de leurs droits fondamentaux et qui me fait arriver à la conclusion selon laquelle les appels à la plus grande prudence vis-à-vis des populations dans la conception et la gestion des forêts communautaires ne semblent nullement vous concerner. Vous semblez opter pour une négation totale des risques et des réserves exprimés par les uns et les autres, négation faite sur l’autel d’une course à l’argent facile et au mépris des revendications et récriminations de vos administrés. M. le Maire, les disputes actuelles sont à mettre à votre charge.

J’ai fait parvenir cette semaine une copie de cette lettre au bureau de l’Agence Européenne de l’Environnement basée à Copenhague (Danemark), afin de savoir dans quelle mesure l’Union Européenne serait impliquée dans ce projet; profitant également pour dénoncer vigoureusement la politique de «liquidation de nos forêts» dont cette dernière se rendrait coupable avec la complicité de certaines autorités locales. Le présent document sera également expédié à 52 autres partenaires au développement (ONG de défense de l’environnement, Consulats occidentaux et orientaux) avec les éléments leur permettant de comprendre la situation de la commune rurale de Dzeng.

Dans l’attente d’une réponse (que je souhaite publique) de votre part, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Alain G. Njimoluh Anyouzoa
Senior Software Engineer – Microsoft
Redmond, WA, USA

  • [1] La Revue Electronique en Science de l’environnement – Volume 6 Numero 2 | Septembre 2005
  • [2] Report No. 030 – November 27-29, 2002 Approuve par le Minestere de l’envioronnement et des forets
  • [3] Les élites et la gestion décentralisée des forêts au Cameroun. Essai d’analyse politiste de la gestion néopatrimoniale de la rente forestière en contexte de decentralization – Par Patrice BIGOMBE LOGO1, CERAD-GEPAC-GRAPS/Université de Yaoundé II
  • [4] Quotidien Mutations. B.P 12348 Yaoundé Tel : (237) 22 22 51 04 – Fax : (237) 22 22 96 35
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1 commentaire »

  1. encore une preuve de l’anti nationalisme de nos dirigeants, c’est vraiment navrant de lire de telles choses mais c’est utiles de le savoir.

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