A propos de l'auteur Jean Marc SOBOTH

Jean Marc Soboth est journaliste, premier secrétaire national du SNJC (Syndicat National des Journalistes du Cameroun). Il est aussi Adviser (Reserve) du Comité Exécutif de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

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Affaire GIA International Ltd/SNH/Camair: Dans le secret de l’histoire du Boeing Business Jet (BBJ II) présidentiel

Aussi complexe au plan de la compréhension technique que sa voisine le scandale du  Boeing 767 The Albatros, l’affaire des 31 millions $ de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) virés en 2001 un compte de Bank of America dans le cadre d’une négociation menée par la compagnie aérienne Camair sous la direction de Yves-Michel Fotso (YMF) en vue l’achat d’un Boeing Business Jet II au chef de l’Etat Paul Biya, n’en finit pas de livrer ses secrets. On doit la plus récente incursion dans ce qui pouvait apparaître normalement comme un secret d’Etat à un document judiciaire américain traduit et commenté par le cabinet Sygma Finances du franco-camerounais Francis Nana Tchetgnia. Avec le soutien politique du secrétaire général de la présidence de la République d’alors, Jean-Marie Atangana Mebara, un contrat de gré à gré à l’objet flou et des résultats diversement interprétés, l’homme s’était lancé sur la piste de la firme destinataire du pactole, GIA International Ltd., enregistrée le 27 février 1996 dans l’Etat du Delaware, et domiciliée originellement au 1013 Centre Road à Willington, dans le Conté du New-Castle aux Etats-Unis d’Amérique.

Documents traduits de l’Américain par les soins du cabinet Sygma Finance

On doit, en effet, le redéploiement médiatique de l’affaire GIA International Ltd/SNH, au cabinet Sygma Finance, qui, peut-être, n’a d’existence que dans un cadre familial autour de Thomas Dakayi Kamga, le successeur de Yves-Michel Fotso à la tête de la Camair dès novembre 2003, lorsque ce dernier est limogé à l’instigation du secrétaire général de la présidence.

Ce cabinet basé à Londres a, en effet, versé dans le débat public des informations d’un procès verbal de déposition du président de GIA International, M. Russel L. Meek, devant le tribunal des faillites de l’Oregon, le 09 décembre 2004. Ces informations, traduites tant bien que mal de l’américain par ledit cabinet, avaient été mises, il y a plusieurs mois, à la disposition des enquêteurs de la sous-direction des enquêtes économiques et financières de la Direction de la police judiciaire à Yaoundé.

Extraits. «(…) grâce à l’entregent de M. Fotso et de M. Nkou, le Cameroun a versé en 2001 à GIA sur un compte ouvert à la Bank of America une avance non remboursable de US$31 millions de dollars sans aucune formalité contractuelle en vue de financer l’acquisition d’un avion présidentiel et d’autres aéronefs ».

« (…) la priorité au départ était l’acquisition d’un avion présidentiel BBJ II chez Boeing mais par la suite M. Fotso aurait changé d’avis. Meek ne donne pas de précision sur les raisons de ce changement ». Pour FNT, « la société GIA n’a connu de réelle existence qu’après la réception de cette avance de US$31 millions du Cameroun qui aurait constitué son capital de départ. D’après Meek, GIA recevait ses instructions de M. Fotso qui choisissait les avions et donnait les instructions à GIA pour le paiement.

D’après la traduction, «GIA travaillait pour le compte du Cameroun». «D’après Meek, le Boeing 767 a été payé cash à US$ 16 millions grâce à l’avance versée par le Cameroun et par la suite, cet appareil a été loué à la Camair sur instruction de M. Fotso qui en avait décidé ainsi. D’après Meek, le Boeing 747 n’a pas été payé par GIA mais serait d’après Meek la propriété de la Camair. D’après Meek, un C130 et un Beech 1900 ont aussi été payés avec l’avance et devaient être loués au Cameroun selon le même principe. Le liquidateur indique à plusieurs reprises lors de l’interrogatoire sa difficulté à comprendre pourquoi la Camair paie des loyers pour des appareils qui ont été acquis avec des fonds qu’elle comprend qui ont été reçus de la Camair ou du Cameroun».

Toujours d’après Sygma Finance, interprétant les propos traduits de Meek, « du fait de l’incapacité de GIA à trouver les financements nécessaires à l’acquisition d’autres appareils notamment le BBJ II, GIA cède en 2002 tout son patrimoine (contrats, aéronefs, cash et dettes) à la société irlandaise TLL (Treasury Leasing Limited) dont les dirigeants qui seraient des amis de Fernando Gomez promettent qu’ils pourraient lever les fonds. Meek indique qu’une société intermédiaire, Avipro Finance, a été créée pour recevoir les futurs loyers en provenance du Cameroun qui y seront dorénavant domiciliés. Meek affirme ne pas connaître l’actionnariat de Avipro Finance et ne sait pas si TLL en est le propriétaire. D’après Meek interprété par FNT, le «  montage a été approuvé par écrit par M. Fotso et ce document serait disponible au Cameroun. D’après Meek, le transfert de patrimoine comprendrait le bénéfice réalisé sur la vente de l’épave du B. 747 Combi ».

Selon le commentaire, M. Meek, qui a été convoqué à cet effet à faire une déposition sous serment devant le liquidateur, Linda Johannsen, a tenté, en vain, de transférer frauduleusement ses actifs au cours de la période suspecte à la firme TLL (Treasury Leasing Limited).

En résumé, le cabinet Sygma Finance – qui a entrepris à cet effet un procès coûteux aux Etats-Unis sur les fonds de la Camair, procès perdu ! – conclut ce que même la Federal Bureau of Investigation (FBI) américaine et la police camerounaise n’ont pu établir. L’ex Adg de la Camair, YMF, est, d’après sa traduction, la pierre angulaire des activités de la firme du Delaware. L’opération BBJ II, initiée par l’ancien Adg de la Camair, n’aurait donc été qu’une entourloupe pour distraire les US$ 31 millions de l’Etat camerounais.

Nous avons reconstitué l’essentiel des transactions de cette affaire à partir de diverses sources indépendantes dont une enquête américaine.

Au départ de l’affaire GIA International Ltd/Camair était Jean-Marie Assene Nkou, Pdg de NACAM

Tout part des années 1998/1999. Le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, entreprend d’évacuer de la flotte présidentielle le vieux Boeing 727 hérité de son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, lequel est arrivé en fin de cycle du fait d’une maintenance approximative. A l’époque, la mission est confiée à l’ancien qu’il directeur général de la Camair, Cyrille Etoundi Atangana. Ce dernier entreprend des contacts avec, notamment, la firme australienne Ansett Worldwide. L’opération ne prospère pas parce qu’il n’y a pas d’argent.

Dès le milieu de l’année 2001, l’opération est relancée par une nouvelle équipe à la tête de la Camair dans le cadre d’une recherche de refinancement pour les Boeing 767-200 «Le Dja» et du Boeing 747-300 (futur «Big Boss»), lesquels font l’objet de plans de financement à très court terme.  M. Assene Nkou, Pdg de National Airways Cameroon (NACAM) et administrateur de GIA South Africa se propose comme entremetteur entre les américains de GIA International et Camair. Il est plutôt bien connu en Oregon, GIA ayant notamment financé deux aéronefs Beechcraft 1900 pour sa société, la NACAM.

Une délégation camerounaise se rend à Johannesburg en Afrique du Sud le 12 juillet 2001. Dans le groupe, on compte Michel Villoingt, conseiller financier Air France détaché auprès de Camair, chargé d’examiner les offres techniques et financières. Assene Nkou les y attend. C’est ici que se déroule la première rencontre entre YMF et les émissaires de GIA, Fernando Gomez Mazuera et Kosta Diamantakos. Trois jours plus tard, l’expert Air France, M. Villoingt, sollicite des informations complémentaires sur le montage financier proposé par les hôtes avant de donner un avis technique définitif. L’opération Camair/GIA est lancée.

La petite firme du Delaware dont le représentant officiel en Afrique centrale est le Camerounais Assene Nkou compte dans son actionnariat Russell Lorenzo Meek, président, Fernando Aurelio Gomez Mazuera, directeur, et un certain Hal Cunningham, directeur/secrétaire du conseil.

Une résolution du conseil d’administration de GIA datant du 23 juillet 1999, à la disposition de la justice américaine, indique que seuls les concernés peuvent mouvementer les comptes de GIA ouverts à la Bank of America. Ils interviendront plus tard, chacun dans son rôle, dans le virement camerounais. Mais déjà, contrairement à une certaine opinion, les documents officiels de GIA enregistrés chez la notaire du Delaware Cheryl Ann Lewis ne mentionnent nulle part de Camerounais es qualité d’actionnaire ou d’administrateur de la firme du Delaware.

C’est que, la société GIA a un certain passé. Spécialisée en flotte pour compagnies peu fortunées du Sud, elle avait déjà, entre autres, fourni un DC 10-30 à la compagnie nationale du Bengladesh en 2000 et venait de conclure avec la compagnie Indian Airlines la location de cinq Boeing 737. « Une Camair entièrement déconfite et exsangue ne pouvait trouver meilleur partenaire dans le Nord », expliquera-t-on.

D’après les témoignages, c’est lorsqu’on procède au compte rendu d’usage de la mission sud-africaine au secrétariat général de la présidence, que le Ministre d’Etat Hamidou Marafa Yaya, intéressé, initie sur le même créneau l’opération BBJ II, en l’occurrence l’acquisition d’un avion présidentiel, dans le pipeline depuis 1999.

La décision de contracter avec GIA est donc prise à l’issue d’une réunion dans le cabinet du secrétaire général de présidence d’alors, Marafa Yaya. Y prennent part, outre l’ex Adg de la Camair, YMF, Michel Meva’a m’Eboutou, ministre des finances, et feu le général Blaise Bénaé Mpeke, chef d’état-major particulier du président. C’est ici qu’il est décidé que, compte tenu de la perspective de l’atteinte du point d’achèvement du programme économique en cours, il faut prendre des précautions. L’achat se fera directement sous le couvert de la Camair.   Surtout, le mode de financement proposé par GIA International, à savoir l’émission d’une simple lettre de crédit (Stand–by letter of credit) est écarté par le Ministre des finances « pour les mêmes raisons », au profit d’un virement cash des comptes de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH). Cette solution, délicate, induit une prise de risque excessive pour l’Etat, prévient-on. L’insistance des missi dominici pour changer de mode de paiement n’y fera rien.

Il faut tout de même trouver une solution intermédiaire a posteriori. D’abord, l’on envisage de contrôler l’utilisation des fonds destinés à l’acquisition du Boeing présidentiel. M. Assene Nkou, plénipotentiaire local de GIA, déposerait sa signature dans le compte de la Bank of America. Il s’agirait éventuellement de transférer ensuite ces pouvoirs à YMF, question d’exercer un droit de regard sur les opérations américaines. Toutes ces mesures, plutôt mal accueillies par la hiérarchie de l’Etat, sont gentiment boycottées par GIA.

Un virement cash SNH/GIA International de 29 millions de dollars US pour échapper au FMI-Banque Mondiale

Les 23 et 24 août 2001, la SNH vire respectivement 16, puis 13 millions de dollars sur le compte de GIA International à la Bank of America à Medford. 2 millions de dollars US avaient déjà été virés sur le même compte via le compte de la Camair à la Commercial Bank of Cameroon (CBC) sur instruction du même Ministre des finances. Au total, l’Etat envoie 31 millions de dollars US.

Première erreur: croyant prendre des précautions pour « encadrer » l’opération d’acquisition de l’avion présidentiel, les représentants de l’Etat n’ont pas seulement découragé toute signature camerounaise dans le cadre de l’utilisation des fonds de la SNH. Ils ont ignoré la solution de la lettre de crédit, la plus usitée en la matière.

Deuxième erreur: la SNH entrait, ainsi, directement, dans un lien contractuel exclusif avec GIA International. Désormais, les Camerounais ne pouvaient plus envisager qu’une influence théorique sur lesdits fonds.
Jusque-là, les émissaires camerounais croient pouvoir rattraper autrement l’obstacle. Assene Nkou et YMF effectuent un voyage dans l’Oregon pour tenter d’obtenir de GIA une autorisation de contrôle des fonds déposés par la SNH à la Bank of America. Fin août 2001, une discussion a lieu à Medford avec Tom Miller, vice-président de la Banque. Les Camerounais y associent Russell Meek, patron de GIA. Ils excipent leur qualité de mandataire de l’ordonnateur du virement (la présidence de la République) pour demander à contrôler les décaissements des 29 millions de dollars. Nouveau refus. Impossible de trouver une base juridique ou statutaire à l’opération, les deux Camerounais n’étant ni actionnaires de GIA, ni fonctionnaires à la présidence. Sur insistance des Camerounais, la Bank of America autorisera finalement à l’Adg de la Camair un maigre contrôle réduit à la seule consultation des soldes du compte de GIA. Une signature est déposée à cet effet dans le carton des signatures. Le nom de YMF est adjoint à main levée par le vice-président de la Banque. Mais, nouveau blocage. Les Camerounais ne seront autorisés à consulter le compte que si le conseil d’administration de GIA l’autorise. Ici encore, les Américains de GIA boycottent la procédure. Le Palais en est informé.

Dès lors, il reste aux Camerounais une dernière carte:  imposer à GIA International une reconnaissance de dette. GIA International accepte sur papier qu’elle doit à l’Etat du Cameroun/Camair  31 millions de dollars. Le document est daté du 28 juin 2002. La présidence camerounaise dépêchera sa cellule juridique aux Etats-Unis d’Amérique en 2005 pour vérifier l’authenticité dudit document.

Un bouleversement provoqué par les attentats du 11 septembre 2001

Un événement d’envergure mondiale chamboule tout le processus : les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis d’Amérique. Aucun contrôle n’a pu être fait sur le compte de GIA à la Bank of America. L’initiative du vice-président de la banque de Medford a été ignorée par les Américains de GIA. Quand bien même c’eut été le cas, les Camerounais ne peuvent empêcher aucun mouvement inapproprié de GIA.

Heureusement, malgré les bouleversements survenus dans le transport aérien en septembre 2001 et ses énormes difficultés, GIA, sur-liquide sur la seule opération camerounaise, fait fabriquer pour l’Etat du Cameroun un Boeing 737 (BBJ II) flambant neuf aux usines Boeing Corporation à Seattle.

Dès le 16 octobre 2002, on passe aux formalités de mise en service. La Cameroon Civil Aviation Authority (CCAA) adresse au service des déplacements présidentiels de l’état-major particulier du président une immatriculation temporaire du Boeing, type B737-BEF. Il est inscrit au numéro de série 32971. Un permis de vol pour convoyage de la CCAA datant du 15 octobre 2002 (n° 0022/CCAA/DNA/SDNV) est envoyé au service des déplacements présidentiels. L’aéronef va devoir quitter les usines de Seattle où il a été fabriqué aux Etats-Unis pour un séjour à Basel en Suisse où se trouve l’architecte de l’intérieur Jet Aviation en vue de l’aménagement cabine.

Un rapport d’inspection de la sous-direction sûreté/sécurité de la Camair datant du 04 novembre 2002 atteste que « L’appareil a été trouvé dans un excellent état physique ». De même, « Les essais fonctionnels de l’escalier et des volets ont donné des résultats satisfaisants ». Cette mission, conduite par un certain J. Tchuidjeu, sous-directeur, a séjourné à Seattle du 22 au 24 octobre 2002.

Nous sommes rendus à novembre 2002. Nouveau coup de tonnerre. Les données ont changé au Palais présidentiel.  Hamidou Marafa Yaya, qui supervisait jusque-là l’opération, a été remplacé par un nouveau secrétaire général de la présidence,  Jean Marie Atangana Mebara. Cet ancien ministre de l’enseignement supérieur avait beau être un proche de l’Adg YMF, il n’en demeure pas moins qu’il a entrepris son propre spoil system. En clair, pas question de boucler l’opération aéronef présidentiel avec ce que son entourage et le conseiller spécial René Owona considèrent comme « l’homme de Marafa ».

Atangana Mebara refuse de réceptionner le BBJ II neuf nonobstant une instruction subséquente du chef de l’Etat qui, à l’hôtel Intercontinental de Genève en Suisse, avait déjà discuté avec des ingénieurs de Jet Aviation des spécifications de l’aménagement intérieur. Quelques mois plus tard, YMF est chassé à la tête d’une Camair que le secrétariat général de la présidence avait déjà, en quelques mois, mis en coupe réglée au travers de la société Assets Portfolio Management (APM), sorte de firme factotum enregistrée aux Iles Caïmans et introduite par un certain Hubert Otélé Essomba, un flambeur qui rencontre souvent Atangana Mebara en secret dans la suite présidentielle du Yaoundé Hilton. Le président du conseil d’administration de APM est… Chief Ephraïm Inoni, le secrétaire général adjoint de la présidence himself.

Enregistrée par devant la notaire Béatrice Rufine Assena à Yaoundé, APM se voit transférer en quelque temps pas moins que les principaux pouvoirs financiers de la Camair. Qui, pourtant, était déjà éligible au transport du personnel du système des Nations Unies. YMF lui, est persona non grata au Palais.

Atangana Mebara lance alors sa propre acquisition d’avion présidentiel. C’est l’opération Boeing 767 The Albatros. Son homme de terrain est l’ambassadeur du Cameroun à Washington D.C, l’ineffable Jérôme Mendouga. De plus en plus dégagé des instructions d’un Paul Biya dont il découvre la capacité à s’effacer, Atangana Mebara effectue un voyage secret aux Etats-Unis et écrit à GIA International pour mouvementer les comptes de Bank of America au profit de APM, la nouvelle coqueluche du Palais. L’ambassadeur camerounais officie sur Boeing Capital Corporation à partir des locaux d’Etat du Massachussetts Avenue (ambassade du Cameroun) à Washington D.C. – appelé à en répondre à la direction de police judiciaire plus tard, le diplomate serait en cavale.

Le changement soudain de casting est tel que Boeing Corporation s’en étonne dans une lettre « ampliée » à YMF. De fait, la nouvelle équipe du Beoing présidentiel ne s’est encombrée d’aucune indication particulière au départ sur le sort du BBJ II qui, pourtant, a été spécialement conçu à Seattle d’après des spécifications camerounaises.

Chasse à l’homme planétaire anti-YMF depuis le Palais d’Etoudi ?

Le problème dans les développements ultérieurs dans l’affaire GIA/Palais présidentiel c’est que les hommes du président Biya ne chercheront jamais à récupérer l’argent de la SNH viré à GIA International, mais plutôt à coincer YMF, qui s’est mis à dénoncer avec violence le coup de théâtre. Dans un spoil system au forceps, l’homme d’affaires est immédiatement pris en chasse par l’équipe à Thomas Dakayi Kamga. Après tout, le nouveau Dg de la Camair est le frangin d’une des ex épouses à Atangana Mebara.

Nombre de hunt-dogs sont mis à contribution. C’est notamment le cas de FNT, franco-camerounais vivant à Londres, expert-comptable inconnu au bataillon, improvisé freelance en investigations financières internationales. L’homme de Dakayi Kamga voudra se faire payer pas moins de 4,5 milliards de francs Cfa à la Camair sur de longs pamphlets anti-YMF dont la véracité reste à être «vérifiée par une source indépendante» (d’après sa propre formule). Lui serait le fils de Jean Calvin Nana, réputé vieil ami à Dakayi Kamga. On est en famille !

C’est que, FNT reçoit en mars 2004 de Dakayi Kamga, qui succède à YMF en novembre 2003, un mandat fort banal à première vue. Il doit assister la Camair dans la renégociation à la baisse des loyers des aéronefs, YMF étant accusé de les avoir surévalués pour se faire du beurre. Au besoin, il ferait sortir de la flotte les aéronefs à problèmes, le Boeing 767-200 «Le Dja», et le 747-300 «Big Boss» qui font l’objet d’un plan de financement GIA. Il bénéficiera d’une manne de 450 000 euros (environ 295 millions de francs Cfa) et d’une commission de 10% sur les réductions qu’il obtiendrait éventuellement. Sur ce terrain, on ne lui connaît pas de résultat. Et l’homme va rapidement outrepasser le cadre de sa mission, encouragé par Atangana Mebara.

En août 2004, il saisit d’un chef-d’accusations les autorités financières et judiciaires américaine, française, de Singapour et de Suisse. De même que la plupart des chancelleries occidentales, la Banque Mondiale et la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). A Paris, en Asie du sud-est, à la Cobac et dans les arcanes des institutions de Bretton-Woods, le rapport est classé sans suite, après information d’usage.

A Washington D.C, des investigations sont menées sur deux fronts. D’abord la piste des 31 millions de dollars US payés par la SNH en acompte à GIA International pour l’acquisition du BBJ II présidentiel - l’affaire est suivie en priorité par Atangana Mebara. Ensuite, le volet judiciaire. Amorcé par la Camair au travers de FNT et de ses avocats au sujet du Boeing 747-300 «Big Boss», il a pour issue une lourde condamnation de la compagnie nationale.

En Suisse, une procédure pénale est dirigée par le Procureur fédéral Edmond Ottinger contre un certain François de Seroux-Fouquet, Français réputé proche de YMF, résident aux Etats-Unis d’Amérique. Le juge helvétique Gérard Sautebin demande et obtient la collaboration de la justice camerounaise dans l’inquisition anti-YMF. Dans la recherche subséquente, les autorités judiciaires américaines, celles de la principauté de Monaco, du Japon, etc., sont mises à contribution.

En fait, on a oublié que le contexte américain n’est pas celui du Cameroun où il suffit de vouloir en finir avec un individu pour que ce vœu soit exaucé au travers d’une machine politico-judiciaire qui n’obéit qu’aux individus.
Dans le cas de la Camair, FNT réussit à convaincre la police fédérale helvétique que la Camair n’avait pas à payer des loyers à la société GIA International pour l’exploitation d’aéronefs acquis ou financés en tout ou partie par le Cameroun.

Cette assertion est en partie vraie. S’étant retrouvée pour la première fois avec autant d’argent liquide en provenance du Cameroun dans un schéma où il avait espéré, au plus, une simple de crédit, GIA s’est mise à faire du business, en acquérant notamment des appareils à mettre en location auprès de diverses compagnies aériennes dont la… Camair. Victime d’une procédure de liquidation, GIA a tenté de transférer ces actifs dans une nouvelle firme.
En réalité, rien de pertinent n’a, pour l’instant, été produit par l’investigation internationale en cours. En l’occurrence, on a fait beaucoup de bruits mais on n’a même pas réussi le minimum: renégocier à la baisse les loyers des aéronefs de la flotte Camair, alors qu’on doit, pour cela, payer 4,5 milliards de francs Cfa à FNT. La chasse planétaire n’a produit que la séquestration d’un… passeport.

Une investigation menée directement auprès du syndic de liquidation de GIA International sur instruction de Atangana Mebara en 2005 n’établit rien de bon, la seule optique en étant de coincer YMF. Une mission du bâtonnier Akere T. Muna menée auprès de GIA International aboutit à la même conclusion que la justice américaine.

Comment on a oublié de s’occuper des intérêts de l’Etat camerounais

«Le problème c’est que, comme d’habitude au Cameroun, on a oublié dans cette affaire où on va, obnubilé par une chasse à l’homme qui, très paradoxalement, a déjà fait plusieurs détenus célèbres à la prison centrale de Yaoundé. Dans le camp des chasseurs», commentait à cet effet un chargé d’étude de la Primature proche du dossier. Au demeurant, on a oublié le débiteur de l’Etat du Cameroun qui est GIA International dont le syndic de faillite poursuit ses activités.

Si ce n’était pas le cas, on se serait souvenu d’une chose au moins : la reconnaissance de dette délivrée le 28 juin 2002 par les administrateurs de GIA International à Medford dans l’Oregon. Le document livre un éclairage simple mais pertinent de l’affaire, éloigné d’une certaine alchimie parajudiciaire.

En voici l’énoncé: « Nous soussignés, administrateurs de GIA International, à savoir M. Russell Lorenzo Meek, résidant 177 Savage Creek Rd, Grant Pass, Oregon, Etats-Unis d’Amérique, citoyen des Etats-Unis (…) agissant en ma qualité de président et DG de GIA International et à titre privé, M. Fernando Gomez Mazuera, titulaire du passeport des Etats-Unis n°093126883 et résidant 853 7th avenue, Suite 8 E,New-York, agissant en sa qualité de président et directeur financier de GIA International et à titre privé, M. Assene Nkou Jean Marie, de nationalité camerounaise, agissant en sa qualité d’administrateur de GIA SA et à titre privé, de concert avec Kosta Diamantakos, résidant 182 Columine Avenue, Modeor Johannesburg, Afrique du Sud, titulaire du passeport grec n°N726538, agissant en ses qualité prestataire de services bancaires aux entreprises et d’administrateur de GIA SA et à titre privé, avons accepté les sommes d’argent ci-après : 1. Un montant de 31 millions de dollars viré à la Bank of America le 24 août 2001 (titulaires du compte : MM. Russell Meek et Fernando Gomez) ; 2. Un montant de 3,497 millions de dollars viré au compte de GIA Aviation and Project à la Citibank Singapour (titulaire : M. Shanmuga et bénéficiaire du virement : M. Fernando Gomez) ; 3. Un montant de 2,04 millions de dollars au titre des locations-bail du Boeing 767-231 (Les montants ont été virés à la Bank of Medford des Etats-Unis et M. Russell Meek en es le seul signataire). »
« Tous les paiements ont été faits par anticipation à l’obtention  par GIA International des financements destinés à l’achat de trois (3) aéronefs (Un B.767-231, un B.747-312, U, BBJ II). »

Plus important, «Les deux parties ont aussi convenu, préalablement à la signature de l’accord de financement que les montants versés en acompte sont entièrement remboursables et payables sur demande».

YMF apparaît dans le document comme témoin, le document ayant été fait lorsqu’il était aux affaires à la Camair. Jean Marie Assene Nkou, administrateur de GIA SA en est un vrai signataire. On l’a compris. C’est grâce à l’entregent de Assene Nkou et YMF que la SNH a viré 31 millions de dollars à la Bank of America, d’après le commentaire de FNT. Mais à cause d’une erreur de jugement au Palais, ces hommes d’affaires n’ont jamais pu en contrôler les mouvements, encore moins intégrer le capital de GIA. La justice américaine l’a formellement établi il y a belle lurette.

Que YMF, privé de passeport, ait été invité il y a quelques jours par l’ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique au Cameroun, Janet E. Garvey, pour suivre en direct la nuit électorale américaine du 04 novembre 2008 à la résidence de la diplomate à Yaoundé devrait être une indication à cet effet.

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Il y a 3 commentaires en ce moment. »

  1. Bonjour,
    Une chose ne semble pas attirer l’attention des gens. le noeud du problème se trouve entre le changement de sg à la présidence. Comment Mébara a-t-il pu convaincre Biya de recommencer le processus. Qui à valider l’annulation de la première procédure et qui a donné quitus pour recommencer la démarche. je crois qu’il ne faut pas chercher de midi-à 14h. il y a defaut de gouvernance. Le responsable C’est le Président de la république, et ce n’est pas surprenant,vu l’état où se trouve le pays, où était le président quand tout cela se décidait.

  2. Le prési était entre les bords du Lac leman en Suisse et son village Mvomeka’a, attendant qu’on lui apporte les preuves. Now it’s to late, il veut juste régler quelques comptes politiques ça et là.

  3. Mr Soboth,
    Vos manoeuvres de diversion tendant a disculper YMF dans un dossier dont tout laisse penser qu il en est le maitre penseur et dans lequel des preuves materielles pesent contre relevent d’un culot dont seuls des escrocs sans foi ni loi de votre especes peuvent commettre. Accuser de complot toute la republique ne detruit les documents disponibles a ce jour sur YMF et son role dans cette affaire. Quand a vous, continuez de vivre au depend de celui qui vous ecoute. C’est le sport favoris de plusieurs journalistes Camerounais, y compris celui qui s’est retourne contre YMF ces dernieres semaines. MICHAUT MOUSSALA.

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