J’ai lu avec intérêt, dans l’édition de Jeune Afrique du 08 mars 2009, un article fort choquant de Marianne Meunier intitulé « Génétique, Afro-Américains : le retour aux sources ». Cette dernière – il suffit de la lire sur le sujet pour comprendre qu’elle est blanche – y tourne en dérision, sans grande prudence, la quête identitaire de nombreux Africains-Américains vers leurs pays d’origine, « anciens fournisseurs d’esclaves au Nouveau Monde » (sic).
L’article qui ridiculise, sans raison, cette recherche « qui a le vent en poupe aux Etats-Unis » depuis « l’entrée en scène de Barack Obama et son voyage au Kenya » rappelle, en plein siècle de droits de l’homme, l’étrange idéologie des négriers : celle de la race noire inférieure ou animale, interdite d’identité et… d’origine, exportée vers le Nouveau Monde sous un numéro matricule et condamnée à vivre, à force de coups, affublée du patronyme d’un propriétaire blanc.
Même s’il faut admettre que tout, aujourd’hui aux Etats-Unis, est business, ceux qui, depuis quelques décennies, ont lu des magazines africains-américains comme Ebony savent que l’idée du retour aux sources – et, plus récemment encore, la science des tests ADN -, ne date pas d’un voyage, en 2006, d’Obama « dans son village ancestral » – plus exactement, celui de son père.
Presque comme chez les Juifs, la symbolique du retour aux sources a été soigneusement transmise de génération en génération dans moult familles d’origine africaine où la stratégie (esclavagiste) d’acculturation/assimilation n’a pas eu le succès des Antilles françaises par exemple. Ceci explique, peut-être, pourquoi des Afro-Américains célèbres furent inscrits parmi les pères-fondateurs d’une organisation panafricaine…
- D’accord, l’Afrique des médias européens, c’est-à-dire des génocides, des bidonvilles pauvres et nauséabonds, des coups d’Etat, de la famine, etc., ne mérite pas une telle nostalgie.
- D’accord, les Africains doivent cesser de manifester, en retour, de l’enthousiasme face à ce « business des origines » – qu’ils n’ont pas initié…
- Mais personne, Africains ou rejetons d’esclavagistes européens adeptes de la politique de l’amnésie collective, personne n’a le droit de dénier aux Africains-Américains leur origine.
Ce sont des peuples de l’Afrique qui n’en méritent pas moins la reconnaissance juridique subséquente… Montesquieu, dans L’Esprit des lois, l’avait clairement indiqué : « Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres ».
