Par 20mai.net 27 octobre 2009 6 commentaires

Poésie

Il n’est plus à démontrer que la poésie a toujours été au cœur des problématiques du monde. Qu’il s’agisse des combats pour la liberté, la justice sociale et autres. Mais comment comprendre aujourd’hui que cet art soit mondialement en crise, particulièrement au Cameroun ?

En nous penchant sur cette question, cela nous a amené à y dégager quelques pistes de réflexions à savoir deux facteurs qui sont endogènes et exogènes à cette crise. Après avoir analysé cette problématique, il nous est apparu quelques esquisses de solutions  pouvant être administrées au Cameroun et au reste de l’Afrique atteints de la même crise avec par endroit des variations légères.

I – Facteurs endogènes à la crise :

Ici, nous entendons par facteurs endogènes ; toutes causes qui émanent de la responsabilité du poète.

Mais, Il serait incongru de notre part, d’évoquer ipso facto ces facteurs endogènes  sans parcourir brièvement l’historicité de la naissance de la poésie camerounaise d’expression Française. On peut situer la genèse de la poésie camerounaise d’expression Française en 1930 avec Louis Marie Pouka qui à cette époque était presque le seul à entretenir la flamme frêle de cette poésie jusqu’en 1953, nous révèle Patrice Kayo  dans ″ Panorama de la littérature Camerounaise″ publié en 1978.

Sous la bannière du Français Henry De Julliot, prêtre jésuite, pratiquant des belles lettres, qui était alors  professeur au collège Libermann de Douala ; on assiste au Cameroun en 1954 à une sorte de renaissance de la poésie. De Julliot impulsera une vague de poètes entre autres Elolongué Epanya Yondo, Nyunaï, Paul Dakeyo, François Sengat Kuoh.

Que s’est-il donc passé pour que la poésie camerounaise entre aussitôt en crise ?

Déjà, en 1977, Martin Eno Bosso dans la préface du recueil de poèmes de René Philombe intitulé ″petites gouttes de chant pour créer l’homme″ : dit «Bien des poètes ont tellement versé dans l’hermétisme que de nos jours on peut parler d’une certaine  mort de la poésie ». Cet hermétisme, entretenu par bien des poètes camerounais jusqu’à nos jours ne favorise pas l’émergence de la poésie.

L’hermétisme serait-il le seul facteur qui édulcore la poésie camerounaise? Que non Ị

Après  l’indépendance  du Cameroun,  voit le jour le 23 janvier 1960 l’association des poètes et écrivains camerounais (l’ A P E C) décédée à cause du non payement  des cotisations par ses membres, du manque d’engagement et de l’apathie  de certains. Aujourd’hui au Cameroun, il n’existe pas une véritable instance comme l’APEC, cette association reconnue d’utilité publique qui réunissait en son sein tous les poètes  camerounais. Celles des associations qui existent comme la ronde des poètes,  l’association de lutte pour l’éducation par la poésie (Lupeppo international) quoique très  dynamiques, n’ont pas toujours de la part des poètes ; les taux d’adhésions satisfaisants.

On se demande alors où pratique t-on la poésie au Cameroun?  Car la plus part des poètes camerounais n’appartiennent à aucune association et par conséquent, on assiste à des individualités. Ce  qui amènera Patrice Kayo ; ancien président de l’A P E C dans une interview accordée au quotidien camerounais LE JOUR, numéro 72 du lundi 7 janvier 2008  à dire : « Figurez-vous que même les poètes ne se lisent pas entre eux. Il y a au moins 1000 poètes au Cameroun, dont plus de la moitié dans trois ou quatre villes, où se trouvent aussi la plupart des librairies du pays et où le livre est le plus  diffusé. Mais si vous sortez 500 exemplaires d’un recueil de poésie et les ventilez vous ne les écoulerez jamais en 6 mois ».

De nos jours beaucoup pensent que être poète c’est avoir absolument  publié. Une vague de jeunes poètes avides de célébrité précoce dénombrent alors des publications fantaisistes. On assiste ainsi à un alignement de mots que l’on confond à la poésie.

Nous pouvons aussi joindre à cette crise de la poésie, le non moins important  problème que nous avons choisi d’appeler « le mythe du poète ».Entretenu par le comportement de certains poètes, ce mythe  a encouragé le regard  dédaigneux et railleur de la société sur le poète. D’ après ce mythe ; le poète est un vagabond, être poète c’est souffrir d’une pathologie «c’est être un peu fou », c’est choisir de ne pas se marier, ne pas bien se vêtir, ne pas se peigner les cheveux, ne pas avoir de richesse matérielle… Fort de tous ces facteurs endogènes non exhaustifs l’on peut conclure que ces  clichés ne peuvent grandir la poésie au cameroun.

II– Facteurs exogènes :

Ce sont des attitudes liées à la société qui n’incombent pas la responsabilité des poètes. Mais qui démontrent à suffisance de la mauvaise perception du poète par les autres et la responsabilité des autres à l’égard de la poésie.

Au Cameroun, le poète a souvent été considéré comme un subversif. En exemple, le poète Patrice Kayo comme d’autres sera inquiété pour subversion après  avoir publié le poème ‘’une gerbe ‘’ en hommage à Um Nyobé, figure emblématique des luttes de l’indépendance au Cameroun. Et même, Patrice Kayo sera plusieurs fois interpellé par le pouvoir Ahidjo à cause de ses idées et sa verve poétique. Ce qui l’amena à passer quinze ans comme assistant à l’école normale supérieure de Yaoundé

Observons qu’il n’existe pas de véritable politique culturelle cohérente au Cameroun moins encore pour ce qui est de la poésie. Dans les lycées et universités, la majorité d’enseignants évitent d’étudier la poésie avec leurs apprenants,  entraînant ainsi en faculté ; une rareté de choix de soutenance de thèses sur la poésie.

Il faut noter  pour le déplorer, comme les autres artistes ; le poète n’a  pas de statut. Aussi, La poésie est restée longtemps dans le seul support du livre. On assiste à un manque croissant d’intérêt des éditeurs à ce genre littéraire.

Comment  expliquer qu’au Cameroun comme dans de nombreux pays Africains, il y ait  plus de débits de boissons que d’espaces de lecture publics plus de boîtes de nuit que de bibliothèques.

Mais, quelles attitudes pouvons nous adopter pour faire face à cette crise ?

Solutions :

Pour faire face à la crise de la poésie au Cameroun, comme dans de nombreux pays Africains, il est urgent que les efforts soient conjugués tant du côté des poètes, de la société que de celui des pouvoirs publics.

Concernant les poètes, il est important qu’ils se regroupent en associations sérieuses où ils  partageront  leurs savoirs et  porteront leurs doléances auprès des pouvoirs publics. La poésie doit cesser d’être hermétique et ornementale  pour devenir un véritable instrument  de participation au développement social.  Pour cela, il est capital que le poète prenne position dans le débat public afin de ne plus être considéré comme un homme aérien qui ne s’intéresse qu’aux choses virtuelles.

Le poète doit être en adéquation avec ses écrits. Par exemple  il serait mal compris que le poète écrive pour la paix et pratique la guerre. Il doit donc redevenir ce qu’il n’aurait jamais cessé d’être. C’est-à-dire un homme vertueux qui supplante les clichés.

-N’avons-nous pas souvent entendu les gens dire que s’ils ne s’intéressent pas à la poésie, c’est parce qu’ils n’ont pas de culture poétique ?  Et bien, Il est bon que les poètes vulgarisent la journée mondiale de la poésie instituée par l’UNESCO, prévue le 21 mars de chaque année. En incluant  des manifestations grand public à cette journée, nous créerons assurément  chez certains, une culture poétique.  Parlant même de cette culture poétique que certains affirment ne pas avoir, je me suis souvent demandé comment les Camerounais comme de nombreux Africains ont-ils fait pour avoir une culture de la bière !

-ceux des poètes ayant la vocation peuvent mettre leurs poèmes en chanson, en théâtre, en humour. Ainsi, ils atteindront un public plus large.

-En ce siècle, l’outil Internet doit être incontournable pour le poète. Cela lui permettra d’échanger avec ses confrères du monde et même  de diffuser ses oeuvres et de se faire éditer à moindre coût.

Pour solutionner cette crise, que peut être l’action des pouvoirs publics et les autres?

En ce qui est de l’Etat, il doit ratifier et appliquer les conventions internationales en rapport avec le livre à l’instar  des accords de Florence qui préconisent  aux pays l’ayant ratifiés comme le Cameroun ; d’exonérer les taxes douanières sur le prix du livre et les intrants de fabrication du livre. Ce qui serait bénéfique pour la relance de l’édition de la poésie.

- Au Cameroun l’Etat doit signer la mise en application de la loi sur le mécénat et le  sponsoring ce qui encouragerait les entreprises à sponsoriser les festivals de poésie, les foires du livre ….

-Si l’état accorde les subventions aux associations de poètes, elles pourraient créer et animer des clubs poésie  dans les écoles primaires, lycées et universités. Ce qui permettra bien évidement de dénicher et d’encadrer de nouveaux talents qui assureront à leur tour la relève.

-Les pouvoirs publics doivent chercher des bourses au niveau des organisations internationales comme l’UNESCO, la Francophonie… afin que ceux qui font des recherches sur la poésie aient de quoi travailler.

-Sachant que la poésie est restée très longtemps au Cameroun exclusivement dans le support du livre, il faut que l’Etat et les particuliers créent des salles de spectacle qui permettront aux poètes de donner des récitals de poésie…

-Pour la diffusion des œuvres poétiques qui reste de nos jours un problème majeur ; il est urgent que les pouvoirs publics encouragent au Cameroun la création de véritables maisons de diffusion afin que la concurrence fasse baisser les taux de commissions pratiqués jusqu’ici par  celles existantes.

-Que seul le talent conduise l’entrée d’une œuvre poétique  au programme scolaire et non le bord politique, ni l’ethnie, ni l’âge  ou toutes autres considérations réductrices. Ce qui fera profiter tous poètes talentueux et créera entre eux l’émulation.

-lorsque les pouvoirs publiques ou les particuliers  créent des bibliothèques et espaces de lecture publique ; ils doivent penser  garnir les rayons poésie surtout avec de nouvelles parutions.

-Il serait utile que le ministère de la culture lance des concours nationaux de poésie et que les meilleurs soient entretenus comme une pépinière capable de représenter valablement notre pays à l’international.

En ce qui est de la critique et de l’évaluation de la poésie En 1978, dans l’avant propos de panorama de la littérature camerounaise, Patrice Kayo remarquait déjà que ; certains critiques littéraires confondent toujours le rang social de l’écrivain avec la valeur de son œuvre.Il ne les vient jamais à l’esprit qu’une grande personnalité ou un docteur d’université puisse n’être qu’un « gratteur de papier » ni qu’un chômeur ou un non diplômé puisse faire œuvre de génie. Ils ne prennent même pas la peine de lire ou de signaler certaines œuvres pour la seule raison que leurs auteurs sont d’origine modeste alors que « ils tamtament  à longueur de journée sur des médiocrités ». Ainsi le rang social se projette dans la littérature et  on passe sans transition de la grandeur sociale à la grandeur littéraire. Pour nous en convaincre, lisons les  notes de lecture de certains de nos journaux. Pour faire face à cela, les critiques littéraires et la presse doivent davantage se former et se cultiver afin d’avoir tous les outils pour pratiquer leurs métiers sans complaisance, dans le respect des règles de l’art et de la déontologie de leurs professions.

Conclusion :

Sous le sentiment de n’avoir pas tout dit, au terme cette réflexion, judicieuse pour l’avenir de notre poésie, pour en arriver à des résultats ex comptés pensons nous ;  il faut qu’une synergie se crée entre chaque acteur qui intervient dans la chaîne de la poésie (le poète, les organisations internationales, les particuliers, les pouvoirs publics, les consommateurs…) afin que leur seul objectif soit la relève de la poésie Camerounaise. Car aucun peuple ne peut se défaire de la poésie. Cette dernière  semble être inhérente à notre être. C’est pourquoi ; il y a au fond de chacun de nous, de la poésie qui s’endort, dans l’effroi comme dans la joie ; on l’a réveille sans même le savoir.

Conférence donnée au festival des rencontres internationales de la  poésie et de  la  musique 2008
Par Matchadjé Yogolipaka
Email : yogolipaka@yahoo.fr
Tel : +237 75-11-93-70

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  • http://yahoo.fr eric junior

    Votre propos est des plus pertinents,surtout au vue de la décrépitude poétique dont fait preuve la jeunesse camerounaise actuelle.Je suis un jeune camerounais âgé de 26 ans qui depuis longtemps s’intéresse à la poésie.J’ai moi même déjà fait quelques poèmes et rencontré des jeunes qui comme moi ecrivent sans jamais savoir comment se faire lire.J’ai même un moment,formé des amis qui aujourd’hui vivent pleinement leurs desseins poétiques.J’aimerais intégrer des associations ou tout autre groupe dont l’objectif est la promotion de cette culture si délicate et ravissante.Puisse ce message trouver échos auprès de personnes qui eux aussi rêvent de voir un jour la poésie se ressituer comme un art majeur et le poète vivre enfin de cet art ici au pays.
    merci

  • Tchi Mbouani

    Article très intéressant et pertinent globalement. Cependant cette comparaison aux aspects manichéens entre la poésie et la bière ou entre les bibliothèques et les discothèques est un peu dommage, elle enlève de la hauteur à l’article, dans la mesure où la critique est hâtive. Je ne pense pas qu’une culture de la détente par la discothèque ou le bistrot soit à mettre en opposition à une culture de la détente par la lecture de la poésie, dans la mesure où la critique de la première ne permet pas de défendre de façon cohérente la seconde. Chacun doit pouvoir choisir librement la façon dont il veut jouir des différents loisirs qui lui sont offerts en société sans que ces loisirs soient étiquettés ou mis en concurrence. Dans la diversité des arts et cultures disponibles, la question est de savoir où la poésie se situe, comment elle est représentée et comment remédier à la désaffection dont elle est victime aujourd’hui.

  • Merlin Ngana

    M.Tchi Mbouani,j’ai lu avec un grand intérêt cette reflexion majeur du poète Matchadjé Yogolipaka qui souleve un véritable débat sur la culture.lorsque vous M.tchi vous ditesen substance que l’on a le droit de choisir entre la bière et la culture,je suiis d’accord mais le constat que l’on fait dans notre société est que les débits de boissons sont largement plus élevés quele lieux de culture.il appartient à un état de donner un sens à la vie de la nation ,je ne pense pas que cela passe par les bars.bonne continuation au poète Matchadjé Yogolipaka

  • http://www.allcamer.wb.st Guifo Benjamin

    La poésie est en perte de vitesse dans notre pays, cependant, la poésie camerounaise ne va pas aussi mal que celà, des poètes telsque Patrice Kayo, Fernando Dalméida et d’autre jeunes poètes telsque Formand Gotard Kakè, etc. sont lu dans plusieurs pays… même en France la poésie est assez élitiste. Je déplore comme la plupart d’entre vous l’absence d’initiative visant à interesser les jeunes à cet art: pas beaucoup de conférence ( quelques unes sont cepandant organisées par le CCF), j’envisage mettre sur pied une Emission télévisée sur la littérature locale et internationale.
    Bien vouloir me donner vos avis et suggestions aux +237 77 31 23 24.

  • Tchi Mbouani

    Bonjour M. Guifo,
    J’ai créé les groupes « Littérature africaine»  et « African Literature»  sur Facebook, n’hésitez pas à y laisser un message concernant votre projet. Je peux également envoyer un message aux membres des groupes. Peut-être auront-ils des suggestions à vous apporter.
    Bien à vous.

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