
Madame le proviseur,
Nous avons reçu de nombreuses plaintes en provenance des parents d’élèves qui déclarent avoir été victimes de graves malversations lors dans la procédure d’admission de leurs enfants dans votre établissement. Certains ont été injustement éconduits après avoir accompli toutes les formalités requises et rempli toutes les conditions, pendant que d’autres ont été balancés au moyen de doublures de bulletins de notes, de faux et usages de faux avérés.
Premier exemple : cas de l’enfant Mago Oumbo Gisèle. Cette élève a d’abord reçu un bulletin de fin d’année avec la mention « ADMIS EN 3ème A ». Mais à la rentrée, elle est expulsée de la salle de classe car son nom ne figure pas sur les listes. Et lorsque le père intervient, le proviseur lui sert un autre bulletin, fabriqué précipitamment. Le nouveau bulletin porte plutôt la mention « EXCLU CD », ce qui voudrait dire que l’enfant a été chassée pour conduite. Or cette élève n’a jamais reçu ni avertissement, ni blâme, même pas une réprimande pour retard ni absence. La conclusion est simple
Deuxième cas : une bonne trentaine de parents, squattant à longueur de journée devant le portail du lycée, avec en main des fiches d’avis d’admission de leurs enfants bien remplies, mais que le proviseur refuse dorénavant de voir. Les noms des enfants figurent bien sur les listes affichées. Que se passe-t-il donc ?
Dans les deux cas, le proviseur a simplement offert les places au plus disant et au premier venu, et s’est vite retrouvé dans l’impossibilité d’honorer tous ses engagements. Conséquence elle frappe dans le lot, au hasard, en usant parfois, de son informaticien maison. La cellule informatique est en effet logée dans le bureau du proviseur et elle manipule les machines à souhait, se risquant ou ne trouvant aucune gêne à délivrer des doublures de bulletins contradictoires. Pour les anciens élèves, c’est très vite fait de chercher au bas du tableau, les moyennes faibles et les repêchés.
La situation du lycée de la cité verte est une honte inacceptable dans un contexte où le gouvernement prétend lutter contre la corruption. L’embêtant c’est que ces pratiques que l’on retrouver certainement ailleurs, est étalé au vu et au su de tous les professeurs, les cadres et les collaborateurs, lesquels pour leur silence, sont payés au prix de quelques places réservées également, vite revendues. Ce qui est plus choquant ici, c’est que la police est appelée en renfort pour mettre les enfants hors des classes, pendant que madame le proviseur confisque leurs sacs. Emmenés au commissariat, les enfants sont menacés, intimidés et mis en demeure de ne plus mettre les pieds au lycée. Le comicodi s’est rendu au commissariat le lundi 19 octobre, pour dire fermement aux policiers de ne plus jouer le jeu de ce proviseur.
Parce que les lycées comme ceux de la cité verte sont aujourd’hui des centre commerciaux plus florissants que les supermarchés, l’essentiel n’est plus dans l’éducation des enfants, ni dans la formation du citoyen. L’important c’est de préparer l’argent pour aller voir le ministre ou ses collaborateurs. L’opinion sait que les postes de proviseur des lycées se négocient souvent à pris d’or, et l’on comprend que l’explication de l’impunité se trouve sans doute dans la logique de rentabiliser l’investissement consenti pour la nomination ou pour le maintien.
La commission exige qu’une enquête soit diligentée au plus vite sur la situation du lycée de la cité verte. Nous avions déjà dénoncé presque les mêmes faits pour le Lycée de Déido à Douala, mais sans suite. C’est par l’éducation que l’on prépare la plus insoutenable des destructions d’un pays à travers le formatage des enfants dans des pratiques diaboliques, l’abandon, la démission, l’insouciance. Pourquoi s’étonnerait-on que certains proviseurs lancent des grands chantiers entre octobre et décembre ? On trouve ici la justification de l’échec massif aux examens de fin d’année, avec le BAC, le BTS, le BEPC (toutes les séries confondues) qui n’atteignent point 50%. Les enquêtes s’imposent, sous peine pour ceux qui supervisent ces délinquants qui tiennent la craie, d’avoir à répondre en leur lieu et place tôt ou tard.
Dans l’attente, la commission rappelle que l’inaction permanente de l’autorité publique, conduira à terme à l’irruption des parents dans des élans de justice populaire.
Avec, monsieur le premier Ministre, les assurances de notre haute considération./.
Le Président de la Commission
