A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.

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Le prix Nobel de la paix est-il un cadeau empoisonné pour Brack Obama?

Présenté à tort ou à raison comme un instrument de manipulation idéologique, boudé par certains et adulés par d’autres, entouré de mythes et de symboles divers, le prix Nobel de la paix demeure une distinction qui ne laisse personne indifférent dans le champ des relations diplomatiques internationales. Des personnalités de tous les continents ont par le passé été distinguées par ce prix. Des artistes, des politiciens, des intellectuels, des opposants irréductibles, des humanistes, des chefs d’Etat, figurent au rang des récipiendaires.

Ce qui demeure indéniable malgré les critiques et les appréhensions, c’est le très grand impact que le prix Nobel a eu dans le soutien de quelques grandes causes. L’apport du comité Nobel est en effet incontestable dans la mise en exergue contemporaine ders revendications des peuples opprimés, notamment par le choix des heureux élus à l’instar de l’archevêque Desmond Tutu en Afrique du Sud, ou encore Lech Walesa, le syndicaliste polonais devenu par la suite président après la fin du régime communiste.

Ce constat ne devrait cependant pas éclipser la dimension purement sentimentale, celle qui peut être relevée dans le jugement extrême émis par des opposants dans un contexte précis et sur une situation particulière. Anouar Sadate reçu le prix Nobel avec l’ancien premier ministre Israélien Menahem Begin et le président américain Jimmy Carter, pour avoir signé les accords de Camp David. Personne n’ignore que le raïs fut emporté dans la tombe à cause de cette distinction que la majorité du monde arabe considéra comme le salaire de la trahison.

Par ailleurs, ceux qui en veulent à ce prix ont au moins un argument imbattable, le fait que la presque totalité des récipiendaires, soient classés dans ce que le jargon de la guerre froide désigne sous le nom de camp occidental. En faisant une brève histoire du prix Nobel, l’on s’aperçoit d’ailleurs que les américains sont régulièrement les plus nombreux, exerçant ici comme ailleurs, une prééminence pas toujours défendable. A titre d’illustration, onze des treize heureux élus de 2009 sont américains. Même en reprenant la thèse souvent avancée par les dirigeants américains selon lequel leur pays demeure le plus inventif, le plus compétitif et le plus créatif (Barack Obama avait lui aussi repris cette rhétorique dans son premier discours le soir de son élection), il y a un problème, un problème pas loin de l’européocentrisme judéo chrétien et occidentalo-capitaliste.

En consacrant Barack Obama le 09 octobre, le comité Nobel n’a sans doute pas fait que du bien au président en dépit des approbations provenant des quatre coins du monde.

a) Un pavé jeté dans la marre tourmentée de la politique étrangère des Etats Unis

Lors de la campagne des primaires contre Hilary Clinton au sein de son propre parti, son adversaire le présentait comme manquant d’expérience dans la politique internationale et souhaitait en tirer naturellement profit. Lors de la campagne pour l’élection présidentielle contre le candidat républicain John Mc Cain, ce dernier avait à) maintes reprises joué sur la corde de la nécessité pour l’Amérique de donner la préférence à un président héroïque et fort, trait de caractère que selon lui Obama ne disposait point. La presse de droite alla jusqu’à mettre en garde les électeurs contre cet homme musulman qui se cache et qui n’hésitera pas à plier devant le terrorisme islamique. Après son installation à la Maison Blanche, les attaques sont montées de plusieurs crans, usant des adjectifs les plus déplaisants pour dépeindre un président trop romantique.

La réalité que vivent Obama et l’Amérique au moment où intervient la distinction du prix Nobel est autrement plus délicate. Les interrogations et les intrigues fusent de tous les côtés. Les chancelleries internationales ne sont pas en reste. On entend les mêmes questions répétées d’une scène à une autre avec toujours plus d’articulation et de conviction. Obama est-il un président faible ? Obama convient-il aux Etats Unis comme chef des armées et chef de la diplomatie ? Obama a-t-il cédé trop facilement aux pressions de Moscou, de l’Iran, et bien des choses encore ? Obama sera-t-il un autre Jimmy Carter lequel est entré dans l’histoire des Etats Unis comme un des plus faibles, indécis, influençable ? Toutes ces questions sont alimentées par les incessants appels du président pour une solution rapide au Moyen Orient, pour un monde sans armes nucléaires, pour une démocratie véritable partout dans le monde.

Prenant le compte pied de son prédécesseur sur la plupart des grands dossiers internationaux, tant sur la forme que sur le fond, Obama a mis en application les promesses de campagne. Il est évident que certaines décisions, à l’instar de l’abandon d projet d’installation des bases de missiles intercepteurs en Europe, ont pratiquement choqué de multiples lobbies connues et non connues aux Etats unis et ailleurs. Les résistances d’abord feutrées, se sont transformées en opposition à outrance, conduisant un homme traditionnellement réservé comme Jimmy Carter, à déclarer publiquement que le nouveau président est victime du racisme. Pourtant, tous les hommes de premier plan de l’échiquier politique du pays n’adhèrent pas à la stratégie de destruction. Ainsi, le très influent gouverneur républicain de la Californie, l’ancien acteur Arnold Schwarzenegger qui avait fait violemment campagne contre Obama lors de l’élection présidentielle, n’a pas hésité à lui apporter son soutien dans le véritable combat engagé sur le dossier de la réforme du système de sécurité sociale.

b) Comparaison et raison : l’Amérique n’a pas besoin de pacifiste à sa tête ?

L’argument le plus répandu dans les milieux conservateurs est invariablement le même, celui de la plongée du leadership du pays dans un pacifisme qui lui enlèverait ses moyens d’action, son influence, et sa puissance face à des ennemis déterminés à frapper l’Amérique. Alors que Obama est perçu comme le stratège honnête et efficace d’un retour de la crédibilité et de la respectabilité des Etats Unis, les extrémistes, tenant de l’école de l’Amérique dominatrice et impériale, persistent à y voir une erreur tactique, une cavale de jeunesse et d’inexpérimenté. Même les voix rassurantes de certains anciens hauts responsables du pays à l’instar de Zbignew Brezinski, unanimement respecté sur les questions de politique étrangère, ne suffisent pas pour calmer la fougue des dénonciateurs.

On comprend dès lors que le prix Nobel est venu tout gâter sinon tout aggraver, au point que la chanson la mieux copiée à Washington est devenue une rhétorique bizarre qui mime la répétition de la présidence Carter, et une fin semblable. Les durs du camp républicain réussi à entraîner dans leur entreprise, une frange certes encore minoritaire du parti démocrate. D’ailleurs, le président Obama n’a pas raté l’analyse à ce propos, comme le prouve sa réaction quelque peu gênée à l’annonce de la nouvelle de la distinction par le comité Nobel. Le patron de la Maison Blanche sait qu’il est à la tête de la nation la plus puissante du monde, qu’il doit assumer une responsabilité colossale sur la problématique de la paix ou de la guerre, et mieux, que deux guerres, celle d’Irak et celle d’Afghanistan, lui enlèvent tout sommeil tranquille. L’équation à laquelle le président est dorénavant confronté est plus complexe et plus délicate qu’elle ne l’était avant l’attribution du Nobel.

Comment attendre plus longtemps avant de répondre aux demandes urgentes de ses chefs militaires qui veulent au moins quarante mille hommes supplémentaires sur le terrain pour vaincre les talibans Afghans ? Comment sortir comme prévu du bourbier irakien sans ouvrir la porte à l’éviction du gouvernement qui n’arrive toujours pas à assurer la sécurité à Bagdad ? Comment fermer effectivement le centre de détention de Guantanamo alors que des études, des articles de presse, des opinions des lobbies influents annoncent les dangers de reconversion des terroristes vers plus d’attaques sanglantes contre les Etats Unis ? La situation est bien trop grave voire embarrassante pour le président.

Chaque retour en arrière, chaque déclaration d’attentisme ou d’apaisement, apparaîtra comme la confirmation de la stratégie de la défaite pour ses détracteurs. Ceux qui font le reproche de champion d’agent de relations publiques inutiles et de champions de discours sans réalisations concrètes se comptent maintenant en très grand nombre dans le puissant lobby Juif. Ce lobby Juif est en lui seul et par lui seul, un des tous premiers bras d’influence sur la politique étrangère des Etats Unis. Si le lobby juif, qui n’avait déjà soutenu que du bout des lèvres Obama lors de la campagne, décide de sa perte, il n’y aura aucune parade. On a entendu crier haut et fort que le président n’a rien fait sur le conflit Israélo Palestinien parce qu’il ne maîtrise pas la logique des extrémistes arabes et ne comprend rien à leurs objectifs réels qui demeurent de détruire l’Etat d’Israël.

Beaucoup d’Américains veulent finalement croire que la distinction du comité Nobel confirme que barack Obama serait plutôt le président du monde et non le président des Etats Unis. Voilà comment et pourquoi le prix Nobel de la paix est un très beau cadeau pour Barack Obama personnellement, mais un cadeau empoisonné pour le président des Etats Unis d’Amérique.

Dans ces conditions, les quelques voix courageuses  se sont élevées à travers le monde pour estimer que cette distinction était inopportune, inappropriée voire précipitée, ne seraient pas dans l’erreur. Les sages du comité Nobel auraient, d’un point de vue stratégique, manqué de sagesse.

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Il y a 4 commentaires en ce moment. »

  1. Bien vu!

  2. Article intéressant avec des arguments logiques…

  3. je pense que ce prix nobel est précipité pour obama dans la mésure où une intervention armée en iran est possible.alors si intervention armée il ya le prix sera t il encore mérité?

  4. article très passionnant coup de chapeau au docteur

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