Cette année scolaire qui s’achève, le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) avait décidé de se lancer dans une campagne pour la signature d’un pacte national en faveur de l’éducation. Face à la faiblesse du financement public de l’éducation dans notre pays (en France il représente près de 7% d’un PIB qui n’a déjà aucun rapport avec le nôtre ; au Cameroun, il n’est que de 3,5% alors que la moyenne en Afrique subsaharienne est de 4%), à l’inertie de toutes les parties prenantes devant toutes les formes de mise en garde, nous avons pensé qu’en obtenant du plus grand nombre possible un engagement en faveur de l’éducation, nous pouvions arriver à faire bouger les choses.
Mais tous les acteurs que nous avons approchés nous ont jugé bien naïfs et nous ont envoyés balader. Ceux sur qui nous fondions les plus grands espoirs ont été les premiers à nous décourager. Il s’agit curieusement des autorités morales et spirituelles. Pourquoi ? Cela reste une énigme à décrypter. Nous avons saisi Son Eminence le Cardinal Tumi (qui nous a reçu et ne nous a pas accompagné : il pensait que cela ne marcherait pas : peut-être vrai mais ne fallait-il pas au moins essayer ?), le Président de l’Eglise Evangélique du Cameroun, le Secrétaire Général de la Conférence Islamique du Cameroun, le Modérateur de l’EPC.
Tous se sont abstenus, curieusement. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’en la matière les églises se sont rangées du côté du pouvoir contre les intérêts du peuple…
Cette campagne, nous la relançons ici sur le Net, pour les pauvres gens, ceux qui n’ont pas les moyens de payer les gros institut à 1.000.000 FCFA ou de s’expatrier pour ces pays où l’Etat a compris que l’éducation n’a pas de prix.
Si vous vous sentez concerné, réagissez : signez, proposez, suggérez, écrivez-nous…
I. Vision : faire émerger notre pays du sous-développement
Dans un contexte international dominé par l’ordre marchand et où l’hypocrisie, la compétition, la violence sont au service de l’appropriation monopolistique de la richesse au profit de quelques nations, l’avenir appartient aux nations et aux Etats qui ont développé au sein de leur population ou d’une forte élite de cette population une conscience claire des enjeux stratégiques globaux, de la position exacte qu’ils occupent dans ce champs stratégique et de celle à laquelle ils aspirent légitimement. Ce n’est que par là qu’il est possible d’élaborer un projet de société qui a quelques chances de succès.
Aujourd’hui, compte tenu d’un certain nombre de paramètres tels notre retard technologique, la faiblesse de nos marchés (l’Afrique ne pèse que 2,22% dans les transactions internationales de biens et de services), la déliquescence de notre tissu social, il nous apparaît que la chance qui nous reste de nous en sortir dépend de notre capacité à valoriser l’un des rares avantages comparatifs qui nous restent : la population.
L’Afrique a le taux de croissance démographique le plus élevé du monde (2,8% par an) D’ici 2040, alors que les populations de l’Amérique du nord, de l’Europe et de l’Asie auront vieilli, l’Afrique aura la population la plus jeune du monde et représentera une fraction plus importante de la planète. Cette population, immense richesse potentielle, si elle est en bonne santé et bien éduquée, fera de notre continent un redoutable concurrent dans la lutte pour l’hégémonie mondiale. Naturellement cette analyse est valable mutatis mutandis pour notre pays le Cameroun. Voilà pourquoi investir sur l’avenir c’est investir massivement dès aujourd’hui dans la santé et l’éducation.
II. Objectifs généraux: faire de l’éducation un instrument performant pour propulser notre pays dans le développement d’ici 2025-2040
- la démocratisation l’accès à l’éducation
- un plus grand accent sur la qualité de l’offre d’éducation
- Mettre l’école au service du développement durable
III. Objectifs spécifiques
- Obtenir un engagement politique concret en faveur de l’éducation à travers l’augmentation de la part de l’éducation (pour atteindre au moins le 1/3) dans le budget de l’Etat
- Inscrire notre système éducatif dans une perspective stratégique : mettre en place des réformes profondes et négociées sur les méthodes et les contenus de notre système éducatif en vue d’adapter notre système éducatif au contexte de la lutte pour le développement
- Mettre l’école à la portée de tous en en indexant le coût d’accès à la courbe du revenu réel de la majorité de la population (plus de 50% des Camerounais vivent avec moins de 1 dollar par jour à une époque où le seuil de pauvreté est de 2 dollars par jour) et en rendant la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans sous peine de sanctions en cas d’inobservance.
- Instituer au profit des handicapés et des enfants en difficulté un droit à l’éducation opposable ; après tout, rien que les handicapés représentent 10% de la population camerounaise et en y ajoutant les personnes en difficulté, on atteindrait un pourcentage de loin plus important ;
- Atteindre l’objectif d’un taux d’au moins 50% de scolarisation au niveau du secondaire et d’au moins 25% au supérieur d’ici 2015 (aujourd’hui nous avons à peine 25% au secondaire et 5% au supérieur) ;
- Elaborer et appliquer un plan de réduction du déficit en personnels d’encadrement pour atteindre l’objectif « un enseignant bien formé et bien payé pour chaque enfant» d’ici 2015;
- Revenir au principe de l’entrée dans le corps enseignant ainsi que de l’évolution dans la carrière sur la seule base du mérite à travers une sélection rigoureuse par voie de concours à l’entrée et de listes d’aptitude et d’ancienneté dans la carrière;
- Mettre un accent particulier sur la formation civique, morale et spirituelle tant chez l’enseignant que chez l’apprenant pour favoriser l’émergence des valeurs d’honnêteté, de discipline et de courage ; le sens de l’effort, l’esprit de sacrifice et de la soumission à la communauté ; le respect de nos valeurs traditionnelles et des valeurs étrangères (philosophiques ou religieuses) compatibles aux nôtres ou à notre projet de développement ;
- Supprimer les redevances audiovisuelle et foncière pour les remplacer par une taxe pour l’éducation, et exécuter le budget de l’éducation au prix du marché (et non de la mercuriale) pour en maximiser l’efficacité ;
- Unifier la gestion l’éducation en recréant un seul grand ministère de l’éducation nationale
Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES)
