
Mardi 15 Décembre 2009, le marché de central de Douala, principal poumon économique de la ville après le port autonome et centre majeur des échanges commerciaux qui gère plusieurs milliards de transactions grâce à l’énergie et l’endurance de quelques cinq mille commerçants, petits et grands, a été ravagé par un incendie qui a duré de 13heures à 20 heures, soit exactement 7heures.
Après tous les commentaires, les analyses, les pleurs et les drames, il est temps d’établir clairement les responsabilités de cette catastrophe dont les conséquences vont changer gravement et définitivement le destin de plusieurs familles, de nombreux enfants, de milliers de débrouillards, des centaines de structures financières, techniques et commerciales.
La COMICODI, organisation citoyenne de la société civile qui depuis deux ans travaille sur le terrain des marchés des grandes villes, a décidé de prendre ses responsabilités pour dire la vérité, présenter les vraies causes de l’incendie, dénoncer énergiquement les auteurs implicites de ce drame, et interpeller ceux qui gouvernent notre pays.
Premièrement, la COMICODI annonce que la communauté urbaine de Douala est la principale responsable du drame du marché central de Douala, pour sa politique pratiquée dans tous les marchés.
Pour comprendre cette grave accusation, il faut savoir que tous les marchés de Douala sont gérés par des équipes de mafias qui mêlent toutes les autorités locales. Les commerçants n’ont plus aucun contrôle sur la gestion des marchés qui sont confiées à des individus appelés Concessionnaires. Les concessionnaires font la loi sur les marchés, vendent des places, détruisent ce qu’ils veulent, apportent ceux qu’ils veulent, pratiquent le racket à ciel ouvert, menacent et intimident qui ils veulent. A côté des concessionnaires, il y a les receveurs municipaux, qui jouent presque les mêmes rôles dans la pratique. Puis il y a les postes de police, dirigés généralement par des agents prédateurs qui arrêtent, oppressent, intimident, extorquent également de l’argent.
Deuxièmement, lors de l’incendie du marché de Douala, il n’a pas été possible de faire entrer les secours, parce qu’il est pratiquement impossible de circuler dans le marché. Toutes les allées sont obstruées, toutes les voies de circulation sont occupées. Les moindres espaces ont été au fur et à mesure supprimées par les différents prédateurs cités plus haut. Chaque jour, des places sont vendues, revendues, à des prix d’or, tantôt par le régisseur, tantôt par le receveur municipal, tantôt par les policiers.
Troisièmement, depuis longtemps, les marchés de Douala sont devenus des grands gâteaux autour desquels, les différents responsables de la ville se battent. Communauté urbaine, Préfet, Sous préfets, RDPC. Pour bien manger et bien spolier les commerçants, toutes les parties se sont entendues sur leur dos. On a ainsi créé des comités de gestion, placés sous la supervision des Sous préfets, qui viennent dicter et collecter des fonds directement ou indirectement, et chacun trouve son compte dans des réunions fantoches. Les commerçants sont écartés de la gestion, des décisions, du destin du marché.
Quatrièmement, dans la logique de tous ces prédateurs, les commerçants qui résistent sont tout de suite assimilés à des opposants politiques, souvent arrêtés et jetés en cellule sans audition. Pour casser les syndicats et les associations des commerçants, les sous préfets et les régisseurs ont fait venir massivement les nigérians, les togolais, les sénégalais, les béninois, les maliens, dont certains se voient délivrés des pièces d’identité et des passeports camerounais. Ces étrangers payent le prix fort pour avoir des places, et les camerounais sont éjectés pour leur laisser les espaces. Par ailleurs, les nigérians sont tellement en complicité avec les autorités, qu’ils enferment facilement les camerounais ou les font interpeller et menacer.
Cinquièmement, la COMICODI déclare encore de façon solennelle, que les responsables de l’incendie sont tous ces prédateurs qui sont la source profonde et immédiate du désordre dans les marchés. Qui est le responsable de l’alimentation en électricité du marché et qui perçoit l’argent tous les jours ? Où vont les taxes et impôts divers payés par les commerçants ? Qui a signé des contrats pour autoriser l’obstruction des bouches d’incendie par des boutiques pirates? Qui a oublié de mettre en place les conditions d’hygiène ? Pourquoi les commerçants ne peuvent pas gérer leur affaire ?
Sixièmement, la COMICODI rappelle qu’il y a moins de deux mois, la communauté urbaine avait entrepris de conduire un autre recensement, en procédant comme d’habitude par l’intimidation, l’injure, le manque de respect total aux commerçants. Les commerçants s’y étaient opposés, faisant appel au préfet qui les avait soutenus. Que voulaient les agents de la communauté urbaine ? Voulaient-t-il redistribuer des places ? L’incendie ne va-t-elle pas leur permettre de réussir ce qu’ils n’ont pas pu faire récemment, c’est-à-dire redistribuer les places à coup de millions de Francs CFA ? Faut-il y voir un lien machiavélique ?
Septièmement, la COMICODI révèle que le même jour, alors que le marché central fumait encore, des gens essayaient de placer des conteneurs clandestinement dans le marché de Mboppi, l’autre grand marché de Douala qui compte plus de 1700 commerçants. Alerté par cette manœuvre, nous avons depuis la permanence du COMICODI à Yaoundé, appelé le commandant de la brigade de gendarmerie de Mboppi pour lui demander d’intervenir. Le commandant nous a demandé d’appeler le Sous préfet de Douala premier qui est le gestionnaire du marché. Nous avons eu le Sous Préfet au téléphone pendant trente minutes et il nous a répondu tout le temps qu’il a le droit de faire ce qu’il veut, qu’il est le représentant de l’Etat, que les commerçants doivent lui obéir, que c’est lui qui décide des places au marché. Pendant toute la durée de la conversation, ce commis de l’Etat n’a pas cessé de rappeler qu’il peut dissoudre les syndicats, interdire les associations, ruiner qui il veut. Voici donc la preuve de la capacité mortelle de nuisance de certains diplômés de notre très grande école nationale d’administration (ENAM), laquelle a fêté récemment ses cinquante ans avec fierté.
Nous avons tenté en vain de joindre le préfet, connaissant sa prompte diligence et sa rectitude, mais il ne décrochait pas ses deux téléphones. Finalement nous avons à nouveau joint des personnes à proximité du marché, et c’est ainsi que nous avons été informé que les conteneurs étaient retirés sur ordre du Préfet. Mais à notre grande surprise, le lendemain mercredi, les mêmes conteneurs sont revenus pour être placés à la tombée de la nuit. Même le préfet qui la veille était intervenu pour les bloquer, est devenu impuissant. Il faut ici souligner et féliciter le courage, la disponibilité et le sens de la collaboration citoyenne de ce jeune préfet, toujours ouvert au dialogue et droit.
Voici la preuve irréfutable de la mafia dans les marchés à Douala. Les nouveaux conteneurs de Mbopi, étaient tous destinés aux commerçants nigérians, à qui lé régisseur et le Sous préfet ont certainement pris l’argent pour bien passer leurs fêtes, sur le dos des camerounais, contre la sécurité et l’hygiène, contre la morale, contre le bon sens, contre l’honneur de l’Etat, contre l’intégrité de la République. Où va le Cameroun vraiment ?
Huitièmement, La COMICODI déclare que depuis deux ans, elle a essayé de sensibiliser les plus hautes autorités de l’Etat et de la République, sur la situation mafieuse qui règne dans les marchés de Douala et les risques pour l’ordre public. Plus d’une dizaine de correspondances alarmantes ont été adressées à la présidence de la république, au premier ministère, à la DGSN, à la DGRE, en vain.
Neuvièmement, la COMICODI observe que tous les intervenants dans les marchés de Douala, comme d’ailleurs tous les responsables de la ville, sont choisis sur une base radicalement ethnique et mercantile. Les gens sont nommés à Douala pour faire le travail malveillant et irresponsable de trafics en tout genre et d’extorsion des fonds qui abouti logiquement, à des drames comme l’incendie du marché central.
Dixièmement, la COMICODI déclare que ce qui est arrivé au marché central, pourrait très bientôt arriver au marché de Mboppi, avec les mêmes conséquences. Le Sous Préfet et le régisseur y sèment le désordre, la terreur, l’intimidation, la vente des espaces aux étrangers (ils sont déjà plus d’un tiers des commerçants), la marginalisation des camerounais, la répression du syndicat légalement constitué avec un bureau démocratiquement élu.
Onzièmement, la COMICODI déclare qu’il est temps de mettre fin au climat de terreur et de chantage qui règne sur les marchés de la ville de Douala : Central ; Mboppi ; Nkololoum ; Logpom ; PK14 ; Ndogpassi ; marché des Femmes etc..
Tous les débrouillards y compris les call-boxeuses, les sauveteurs, les transporteurs, les taxis, les pousseurs, doivent être laissés en paix tant que les lois ne sont pas violées. Les temps sont durs, très durs, trop durs, même si les Sous préfets et les régisseurs ne le savent pas et ne le vivent pas.
EN TOUT ETAT DE CAUSE
La COMICODI exige, que la gestion des marchés soit laissée aux commerçants librement organisés. Les Sous Préfets n’ont rien à faire dans la gestion des marchés, car ils sont le symbole de la corruption et de l’oppression des citoyens lorsqu’ils interfèrent de manière intéressée dans le commerce.
La COMICODI proteste vivement contre l’importation massive des étrangers pour remplacer les camerounais sur les marchés, et contre la délivrance frauduleuse à la plupart de ces mercenaires, des pièces officielles camerounaises par des agents de l’Etat véreux.
La COMICODI exige l’ouverture d’une enquête par le gouvernement sur la gestion des milliards collectés dans les marchés de Douala depuis plusieurs années. Il faut expliquer ce qui a été fait de l’argent, qui en a profité, comment on nomme les concessionnaires, et à qui ils versent effectivement l’argent. Une clarification doit intervenir rapidement sur cette affaire, pour tranquilliser les citoyens et mettre fin au vent de méfiance, de soupçon, de corruption, de tribalisme et de vol à ciel ouvert.
La COMICODI déclare que tant qu’on continuera à choisir les responsables publics de la ville de Douala sur des bases tribales et subjectives tantôt liées aux gains, tantôt liées aux origines ethno-villageoises, des drames seront inévitables et des conflits de gestion aboutiront au désordre, au trouble de l’ordre public, à la confusion entre les droits et devoirs des nationaux et les droits et devoirs des étrangers.
La COMICODI déclare de façon solennelle, que les responsables des incendies, des problèmes d’hygiène et de sécurité, des querelles, des menaces, des intempéries nuisibles sur les marchés, sont les intervenants nommés anarchiquement pour s’enrichir impunément, insolemment et gloutonnement.
La COMICODI déclare que les problèmes de la gestion des marchés à Douala, résultent également des travers d’une idéologie barbare et discriminatoire de l’apartheid, laquelle divise les citoyens en allogènes et autochtones, en producteurs et consommateurs, en riches et pauvres, en citadins et ruraux, faisant de certains des producteurs des richesses et d’autres des caissiers et des commandeurs.
La COMICODI demande solennellement au Gouvernement, de mettre fin au désordre, à l’extorsion des fonds et aux nombreuses brimades dont sont victimes les commerçants sur toute l’étendue du territoire de la République. La liberté du commerce et la liberté du commerçant constituent la base des échanges nationaux et mondiaux, et le fondement des brassages humains. Entraver le commerce et porter atteinte de façon permanente, directe ou malicieuse à la fortune du commerçant, c’est commettre un crime contre le développement de l’humanité.
La COMICODI exige que les représentants des commerçants du marché central de Douala, participent pleinement aux enquêtes sur l’incendie ainsi qu’à toutes les séances de travail concernant ce drame.
La COMICODI exige que tous les commerçants qui ont été victimes de l’incendie, retrouvent leur place sans entraves, sans combines, sans manœuvres, sans chantages, sans extorsion des fonds.
La COMICODI exige que toutes les dispositions de sécurité, d’évacuation, d’hygiène, soient construites le plus rapidement que possible sur tous les marchés et que des équipes de contrôle mixtes composées de personnalités indépendantes de la société civile et des autorités publiques, descendent sur le terrain tous les six mois pour vérifier la fiabilité du dispositif.
La COMICODI exige qu’il soit mis fin à la pratique des concessionnaires, et que la gestion des marchés, soit entièrement et pleinement confiée aux organisations des commerçants légalement constituées avec des dirigeants démocratiquement élus. Pourquoi d’ailleurs la municipalité de Douala IIème était-elle écartée de la gestion du marché central ?
La COMICODI exige la dissolution de la police municipale qui est une institution de nuisance, composée de voyous, de repris de justice, de provocateurs, et de délinquants notoires. Cette institution de racketteurs professionnels est un Etat dans l’Etat. C’est inacceptable.
La COMICODI rappelle que le droit de constituer une association relève de la liberté d’association, fruit des conquêtes des années de braise qui a produit les lois sur les libertés après les villes mortes (1990-1991).
La COMICODI rappelle qu’aucun sous-préfet ou tout autre commis de l’Etat, ne saurait se substituer au président de la République pour menacer gravement et durablement les libertés à l’instar de la liberté d’association, tant que les citoyens n’ont pas posé des actes ouvertement, objectivement et incontestablement répréhensibles.
La COMICODI exprime sa profonde compassion et sa sincère solidarité, à tous les commerçants du marché central de Douala qui ont été victimes du drame, et dont certains ont tout perdu.
La COMICODI demande à la communauté urbaine et à son concessionnaire qui ont passé des décennies à extorquer l’argent, de venir concrètement en aide aux commerçants les plus sinistrés. Dans cette optique, l’Etat doit étudier la possibilité de créer un fonds spécial d’assistance des commerçants en cas de sinistre grave.
La COMICODI rappelle, enfin, que tant qu’un citoyen ou un groupe de citoyens n’a pas violé la loi, il ne devrait pas avoir peur de défendre ses droits, de dénoncer la corruption et la discrimination, d’interpeller dans le respect des formes légales toute autorité publique, et de se plaindre devant toute instance administrative, sécuritaire ou judiciaire appropriée.
