1er janvier 1960: demi-vérités et mensonges médiatiques sur l’indépendance camerounaise

Que serait devenue la France si l’Allemagne y avait installé durablement un régime dirigé par  le maréchal Philippe Pétain et les Français démissionnaires après la défaite de 1940 ? Un pays qui ressemblerait fort au Cameroun. Les Pme françaises seraient à la remorque des mastodontes de l’industrie allemande. La France produirait des grappes de raisin pour faire du vin outre Rhin ; boissons dont les revenus seraient gérés par un organisme situé sur la place financière de Francfort, sous la surveillance de fonctionnaires allemands nantis du droit de veto pour ne pas laisser ces pauvres français vaincus faire des bêtises avec leurs francs si durement gagnés…En France, sous un tel régime, il eût été difficile de célébrer la Résistance alors défaite de Jean Moulin, de Guy Mocquet ou de Charles de Gaulle.

C’est le sentiment que l’on peut avoir aujourd’hui au Cameroun. Ce 1er janvier 2010, la commémoration du cinquantenaire du retour du Cameroun à l’indépendance a en effet offert l’occasion d’écouter une communication de médias et des autorités camerounaises qui renseigne suffisamment sur la difficulté d’évoquer cet événement important dans la vie de la nation camerounaise. Observons, pour commencer, le président de la République Paul Biya, dans son discours annuel du 31 décembre aux Camerounais. « Mais d’abord souvenons-nous qu’avant l’indépendance certains en avaient rêvé, ont combattu pour l’obtenir et y ont sacrifié leur vie. Notre peuple devra leur en être éternellement reconnaissant », a dit le président Biya avant d’annoncer des événements qui auront lieu durant l’année pour se souvenir du martyre de ces compatriotes qu’on ne connaît point au quotidien dans la vie de la nation camerounaise. Pourtant, en cette occasion unique, Paul Biya n’a pas trouvé nécessaire de nommer ces héros patriotiques.

En admettant qu’ils étaient nombreux, il aurait pu tout au moins citer les plus remarquables d’entre eux, nommément désignés par une loi de réhabilitation en 1990 comme Ruben Um Nyobe et ses illustres successeurs Félix Moumié, Ernest Ouandié. Trois hommes qui ont donné leurs vies pour le Cameroun.  Fort de ce constat, on peut s’interroger : pourquoi le président Biya s’est-il abstenu de prononcer ces noms qu’il n’a jamais – du moins dans notre souvenir – salué publiquement ou donné en exemple comme les sportifs largement convoqués pour soutenir sa politique ? Une manière de voir peut être de penser que la prudence de Paul Biya l’a poussé à demeurer distant de cet épisode douloureux de l’histoire du Cameroun. Elle n’est pas encore, en effet, communément partagée.

Toutefois, nul n’ignore que c’est à la famille politique camerounaise qui a combattu les colons, parfois les armes à la main, qu’appartenaient Um Nyobe et Cie. En face de ce groupe, se trouvait celui auquel Paul Biya se rattache. De ce point de vue, il est facile de comprendre que l’homme qui se trouve à la tête de la République camerounaise, cinquante ans après son avènement, n’est pas à l’aise avec cette histoire. Hommage du vice à la vertu, diront les plus durs au jugement. Position tranchée que n’aurait pas eu Ruben Um Nyobe, homme de compromis qui offrit en vain à ses adversaires maintes occasions de détendre l’atmosphère camerounaise durant ces années chaudes d’avant l’indépendance. En la matière d’ailleurs, en fin de compte, il ne peut y avoir de vaincus sur qui jeter l’opprobre, ni de vainqueurs drapés du voile de la morale.

C’est pourtant à ce rejet et à des mensonges que les martyrs de l’indépendance du Cameroun font l’objet jusqu’alors de la part de ceux qui dirigent le Cameroun ou alors des institutions qui leur sont proches. A la suite, ou peu avant la prise de parole de Paul Biya en effet, les médias se sont fait l’écho d’analyses sur ce 1er janvier 1960. Daniel Abwa, professeur d’histoire régulièrement –et presque exclusivement- sollicité par les médias gouvernementaux pour commenter et faire comprendre les moments importants de la vie du Cameroun, a ainsi prétendu sur les ondes de la radio nationale ce 31 décembre 2009 que l’Upc avait paradoxalement refusé l’indépendance !

Eludant les raisons avancées par le parti des nationalistes camerounais pour dénoncer cette indépendance confiée aux « fantoches » : illégitimité du processus dont il était exclu injustement depuis juillet 1955 du fait de l’interdiction par les colons de l’Upc ; rejet des offres de négociation faites par les upécistes qui appelaient à la détente, l’amnistie et des élections ouvertes à tous ; etc. Se taire sur cet aspect de la question n’est pas innocent. Là résident en effet les causes du drame camerounais depuis 55 ans. La majorité, le peuple uni, sont exclus.

La Crtv, quant à elle, a offert à ses auditeurs grâce aux impôts desquels elle vit, des magazines où des journalistes se plaisaient à souligner que l’Upc était animée par des « rebelles » qui se refusaient à accepter l’ordre établi. Les mêmes « rebelles » sont pourtant célébrés, bien que ce soit du bout des lèvres, par Paul Biya lui-même. Allez-y comprendre quelque chose. Sinon que notre radiotélévision publique est antédiluvienne dans sa défense de l’ordre qu’elle sert. Son pendant dans l’ex-métropole, destiné cependant aux Africains notamment, Rfi, a eu en effet l’intelligence de relever plus clairement le rôle primordial de l’Upc dans l’indépendance du Cameroun. Elle aurait pu se taire. Mais, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, elle s’ajuste.

En deux journées, le 1er et le 2 janvier 2010, c’est à quatre reprises, dans des articles différents, que l’on a pu entendre la radio française s’intéresser à ce sujet. L’indépendance fut l’affaire de l’Upc, reconnaît donc Rfi qui se plaît même à souligner une expérience politique unique au monde : ceux qui se sont battus pour l’indépendance camerounaise ne l’ont pas gérée.

D’où l’éternelle question : pourquoi ? Comment diable cela a-t-il pu se faire ?
Cette préoccupation peut être terrible pour qui sait ce que valent les consignes successorales d’un défunt chez nombre de communautés au Cameroun. Quel sort terrible redoutent les gens respectueux de la tradition de voir que le sort d’un clan, d’une famille, transmis depuis des siècles à travers les secrets des chefs en lignée, dépende désormais d’un homme ou d’une femme, qui n’en était pas normalement le dépositaire ? C’est ce sortilège qui fait dire aux communs de nos concitoyens : « nous sommes maudits ».

Sentence fausse mais compréhensible au regard de la manipulation des esprits qui se poursuit. A Rfi en effet, alors même que l’on semble découvrir du voile ténébreux qui la recouvre la vraie histoire de l’indépendance camerounaise, l’on ne se gêne pas pour escamoter quelques éléments clés. Vendredi 1er janvier, dans ses journaux d’actualités africaines, Rfi indique que Um Nyobe a été tué comme chacun sait le 13 septembre 1958. Et par qui donc ? Dans quelles circonstances le chef d’une révolution si bien reconnue par la radio du Quai d’Orsay, a-t-il pu disparaître ? Tout juste apprend-on que la France s’était violemment refusée à admettre l’éventualité que le Mpodol des Camerounais soit à l’indépendance, le chef de la nation naissante. Préférant une élite proche d’elle.

Une telle explication eût permis de comprendre pourquoi l’Upc semble si « divisée », selon le mot du correspondant de la radio à Yaoundé. En tuant le « Père », n’est-il pas plus aisé de disperser les fils et de travestir son message? Au cours de l’émission « L’atelier de l’histoire » qui suivra les informations samedi 2 janvier, c’est en effet comme l’un des trois pères de la nation camerounaise que l’historien Elikia Mbokolo décrit Um Nyobe. Aux côtés de André-Marie Mbida et Ahmadou Ahidjo auxquels la France n’envoya pas cependant une troupe de tueurs comme elle le fit pour Mpodol, trop faible pour être protégé par le rempart des populations qui ne virent jamais d’un bon œil cette intrusion coloniale quoiqu’elle se glorifie d’avoir « civilisé » les Camerounais.

C’est en effet sous le couvert des siens, de ceux dont il portait les aspirations partagées de Maroua à Dschang, de Mouanko à Ndop, que Um se cachait. Mais Rfi dans le magazine d’histoire sus-cité a préféré démontrer les complicités camerounaises dans l’un des premiers assassinats politiques des leaders des indépendances africaines. Comme si l’on pouvait mettre sur le même plan, les quelques traîtres infiltrés dans le maquis de Boumnyebel et le peuple, tous ces femmes et ces hommes pour qui le ciel est devenu depuis lors presque continuellement gris.

Dans la même émission, on a pu également découvrir que l’Upc avait été interdite à la suite des émeutes de mai 1955 qui virent l’occupant massacrer un nombre indéfini de Camerounais.  C’est dire combien l’on doit se méfier de ce que disent les médias. Pour Rfi, cela n’est certes pas dit explicitement, il y a une connexion entre les grèves et les protestations des milliers de militants et sympathisants de l’Upc et le grand massacre des révoltés de 1955 que certains préfèrent analyser comme des émeutes.

  • Quid du régime inhumain du colonialisme qui a déstructuré fondamentalement toute la société camerounaise ?
  • Quel rôle a pu jouer l’injustice généralisée, l’exploitation sauvage et forcée des ressources humaines camerounaises dans cette déflagration ?

Indépendance CamerounOn le saura peut-être un jour en écoutant ces médias. La Crtv sera alors un média de service public. Ce sera l’époque où Rfi aura obtenu des archives françaises qu’elles s’ouvrent aux exigences de la vérité et à la justice. L’on aura en effet remarqué que la voix d’Um Nyobe que Rfi dit indisponible s’est retrouvée sur un film d’une toute petite aventure documentaire récente (Autopsie d’une indépendance, Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf). Incomparable avec les moyens offerts par l’argent public à Rfi qui se sert souvent à l’Ina français et bien loin encore.

Un jour, disions-nous, cette voix qui tout en aimant profondément le Cameroun n’a jamais prononcé la moindre attaque contre la France des libertés dont un des enfants, Gaston Donnat, titulaire de la carte n°01 de l’Upc, guida les premiers pas de Um combattant pour la renaissance de son pays ; sera entendue. C’est certainement la voie de sortie la plus juste dans le conflit qui oppose les Camerounais et ceux qui ont réduit le Cameroun à la servitude. La rénovation de nos rapports avec la France, sur la base de la vérité historique, de la restitution de ce qui peut l’être, est une ambition raisonnable et progressiste. Le projet de ceux qui ont sacrifié leurs vies pour l’indépendance, pour reprendre le mot de Paul Biya, n’était-il pas celui-là ?

Ceux qui dirigent à Paris comme à Yaoundé feignent de ne pas le voir et préfèrent s’accrocher aux privilèges d’une minorité infime qui maintient le statu quo d’une situation explosive et mortifère pour la majorité de nos compatriotes.

Renverser ce rapport de forces, en usant de divers procédés commandés par l’évolution historique, tel est le défi camerounais.

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Il y a 2 commentaires en ce moment. »

  1. C’est bien de soulever les réels problèmes de l’histoire de notre pays.
    mais pourquoi attedre que la France nous le dise comme l’a prétendu cette semaine Mr. Kodock, que je cite « C’est Sarkozy qui nous a expiqué que l’on devrait fêter le 20 mai et non le 1er janvier.
    Le quiproquo politique autour de la question qui est patriote et qui ne l’est pas? trouve sa réponse dans les intérêts de la France.
    savez-vous pourquoi Hissene Habré à quitté le pouvoir au Tchad parce qu’il a touché aux intérêts francais au Tchad, même en tant que président ou Sous-prefet (comme vous préferez).
    retenons que la france a une force elle sait gerer le temps et parfois les hommes, vous direz manipuler les hommes.
    La fête du 20 mai est plus fêtée par des décideurs politiques français que par ceux du camerouna ou encore les camerounais.
    Vous trouverez pourquoi dans les écrit d’un autre camerounais que je vais vous envoyer à la suite de ceci.
    Si je peux me résumer, je dirais:
    Commençons, nous camerounais, à écrire la vraie histoire du Cameroun sans fioriture avec toutes les explications et les témoignages hors de la polémique politicienne ou partisane. Comme Pauline Biyong , comme dans la Pensée de Joseph Antoine Bell sur RFI en fin 2009 cherchons historiquement et écrivons notre histoire.
    La France fait ce qu’elle veut là ouù elle à planifié et quand elle à planifié même si elle se contredit dans le temps, elle ne sert que ses intérêts tout le temps. Si c’est un nordiste en 1960 alors aucun problème si c’est un sudiste en 1982 , il n’y a toujours pas de problème.Dès que le sudiste cessera de servir les intérêts de la France, elle trouvera quelqu’un d’autre qui acceptera de le faire et ceci se formalise à travers les accords secrets pas aussi secrets que cela mais des accords de la honte pour le camerounais qui les signe en tuant ainsi l’avenir de son peuple.
    Ce n’est pas l’UPC qui a refusé l’indépendance, C’est Paul Sopo qui refusé de cette indépendance là. Ce Arouna Njoya qui a refusé cette indépendance là. Ce sont des honnêtes gens et des patriotes camerounais qui ont refusé de cette indépendance là pour le Cameroun qu’ils aimaient tant.
    Mes félicitations pour votre initiative mais avant de nous quitter écoutez plutot un françcais libre d’esprit qui parle à Germaine Ahidjo de son mari:

    Ceci est un coupé Collé

    Réponse à Germaine Ahidjo : Ahmadou Ahidjo, grand patriote (suite) ?
    Il est hors de question de le considérer comme un grand patriote. Il n’était ni Mbida, ni Bourguiba, ni Nkrumah.

    Jacques Foccart, le secrétaire général des Affaires africaines auprès de Charles de Gaulle de 1958 à 1969, vient contredire totalement Germaine Ahidjo. Il rapporte en effet un entretien entre Ahmadou Ahidjo et son homologue Charles de Gaulle. La scène a eu lieu le jeudi 4 juillet 1968 : (…) Je rentre à l’Elysée pour accueillir le président camerounais, Ahidjo. Le général le reçoit en haut des marches, comme d’habitude. Il y a l’audience, puis le déjeuner. Un déjeuner où il y a assez peu de monde et pas beaucoup d’entrain, car Ahidjo est extrêmement silencieux, malgré les efforts désespérés du général, comme les fois précédentes d’ailleurs. Non pas du tout qu’il soit de mauvaise humeur, mais il est très intimidé. Il répond pratiquement par oui ou par non à toutes les questions.

    D’ailleurs, le général ne l’a gardé qu’une demi-heure en audience au lieu des quarante minutes prévues, si bien que nous sommes restés une dizaine de minutes tous les trois à attendre les invités dans le salon des ambassadeurs, rejoints par Bernard Durand. Et à un certain moment, le général parle avec Bernard Durand, car Ahidjo ne l’encourage vraiment pas à la conversation. Ensuite, on parle des fleurs de lys sur le tapis : « Voyez, M. le président, c’était le symbole de la royauté, mais ce n’est pas une représentation de la fleur, même stylisée. C’était, en réalité, une arme, une espèce de lance avec des crochets de chaque côté.»  Enfin, il emploie un mot technique que j’ai oublié. « Ah oui» , dit Ahidjo. « Voyez, en France, toutes les époques laissent quelque chose. Pour ce qui est de Napoléon, c’est le « N»  pour ce qui est de la royauté, c’est la fleur de lys» .

    Je dis : « Oui, il y a au quai d’Orsay, un tapis où les fleurs de lys ont été grattées, enlevées et remplacées par un autre symbole, et cela s’est fait au moment de la révolution» . Enfin, nous avons beaucoup de mal à soutenir la conversation. Le soir, je demande au général (Charles de Gaulle) s’il a un commentaire à faire sur l’audience d’Ahidjo. « Non, absolument rien. Rien du tout ; il n’avait rien à me dire. Il avait l’air content, et il n’avait rien à me demander. – Ça, il n’est pas bavard ! – Ah non alors ! Il faut lui arracher. – C’est curieux, je vous assure que cet homme est drôle, qu’il est gai ; quand il est chez moi, il parle. – Eh bien, vous avez de la chance.»  Au regard de ces lignes, la question que l’on ne peut manquer de se poser est la suivante : qui avait peur de l’autre, les Français ou Ahidjo ? Ahmadou Ahidjo, terreur au Cameroun, n’était-il pas simplement une poule mouillée à Paris ?

    Ahidjo à la place de Mbida
    Au regard du changement radical et inattendu d’attitude d’André-Marie Mbida envers le gouvernement français, une fois ce dernier devenu Premier ministre, en 1957, Paris avait adopté des critères de sélection différents de ceux qui avaient présidé à la nomination de Mbida, de l’individu à qui pouvait être confiée la direction du pays en cas d’octroi de l’indépendance. Ceux-ci s’étaient présentés comme suit : 1/- être un francophile irréprochable, et non à la André-Marie Mbida ; 2/- accepter de mener une guerre sans merci au nationalisme camerounais, et plus particulièrement, à l’Upc ; sur ce point, si Mbida avait combattu avec la dernière énergie l’Upc, en revanche, il avait montré des velléités de patriotisme face aux Français, ce qui était totalement inacceptable pour eux ; 3/- consentir à céder le pétrole camerounais découvert dans la région de Douala en 1954, à la France ; 4/- le tout devait être matérialisé par la signature « d’accords de coopération»  avec la France, avant la proclamation de l’indépendance ; 5/- accepter la proclamation de l’indépendance aux conditions et à la date définies par la France.

    Une fois établis les nouveaux critères de sélection de l’individu à qui devait être confiée la direction du pays au cas où surviendrait l’indépendance, il n’a plus été question, pour le gouverneur français qu’était Jean Ramadier, que de dénicher ce dernier. Mais, avant d’organiser son coup d’Etat, l’envoyé du gouvernement français avait procédé à quelques consultations, bien avant même de mettre les pieds au Cameroun La première personne contactée pour lui proposer de devenir Premier ministre à la place d’André-Marie Mbida, avait été Paul Soppo Priso. Une fois les conditions de l’exercice de cette fonction présentées, c’est-à-dire « la feuille de route» , pour reprendre un terme en vogue de nos jours, à Paul Soppo Priso, celui-ci a opposé une fin de non-recevoir à la proposition qui lui avait été faite. Il ne refusait pas simplement de devenir une marionnette entre les mains des Français, mais aussi et surtout de devenir le bradeur de la fortune camerounaise notamment de son pétrole. Pis encore, on lui demandait de mener une guerre sans merci à l’Upc, et d’une manière générale au nationalisme camerounais. Cela, il ne pouvait l’accepter.

    Face à ce refus catégorique de Paul Soppo Priso, Jean Ramadier s’était tourné vers Njoya Arouna, Sénateur du Cameroun à Paris. Lui également, après avoir pris connaissance de la « feuille de route» , s’était récusé. Ce faisant, il avait toutefois suggéré que l’on posât la question à Ahmadou Ahidjo, vice-premier ministre et ministre de Intérieur d’André-Marie Mbida. Njoya Arouna et Ahmadou Ahidjo étaient, en effet, très copains. Ils avaient coutume de passer des soirées entières à jouer aux dames et au ludo. Approché, Ahmadou Ahidjo avait accepté sans poser quelque condition que ce soit, de se retrouver au centre du putsch que le gouvernement français était en train de préparer contre André-Marie Mbida. Cette rencontre avait eu lieu le samedi 25 janvier 1958 à Paris, et Ahmadou Ahidjo avait été de retour au Cameroun dimanche le 26 janvier 1958.
    La suite, on la connaît. Daniel Kémajou, président de l’Assemblée législative du Cameroun, partie prenante au »  complot »  contre Mbida, avait convoqué celle-ci pour le 10 février 1958, afin d’entamer la procédure de destitution du Premier ministre André-Marie Mbida. Le 11 février 1958, Ahmadou Ahidjo donnait sa démission du gouvernement Mbida, avec tous les ministres du Nord comme lui. Un acte hautement tribaliste posé par lui le champion de »  l’unité nationale « .

    En fait, en donnant son accord au gouvernement français, Ahmadou Ahidjo avait effectué une volte-face spectaculaire. En effet, jusque-là farouchement opposé à toute idée d’indépendance du Cameroun, il en est en devenir un des chantres … en paroles, naturellement. Le 31 décembre 1958, il avait, en contrepartie à sa désignation future au poste de premier président de la République du Cameroun, octroyé la totalité du sous-sol camerounais à la France, à travers les »  accords de coopérations »  signés ce jour-là. Que stipulaient ceux-ci ? « Art.5. – Le Haut-commissaire de la République française au Cameroun est consulté par le gouvernement camerounais sur les demandes d’autorisation personnelle de permis de recherche, d’acquisition ou d’amodiation de permis ou de concession concernant les substances minérales classées matériaux de défense et sur les autorisations de mise en circulation de telles substances. (…)Sont, dès à présent, classés matériaux de défense : 1/- les hydrocarbures solides, liquides ou gazeux ; 2/- les minerais d’uranium, de thorium, de lithium, de béryllium, d’hélium et leurs composés. Cette liste n’est pas limitative ; elle pourrait être modifiée d’un commun accord compte tenu des circonstances.» 

    Par « hydrocarbures solides, liquides ou gazeux» , il s’agit, naturellement, du pétrole que la France, à travers l’Orstom, (Office de recherche scientifique et technique d’Outre-mer), avait découvert en 1954 à Logbaba, dans la banlieue de Douala. Quant aux minerais d’uranium, le gouvernement français tenait par avance à s’en approprier au cas où ceux-ci viendraient à être découverts au Cameroun. Il désirait se doter, coûte que coûte, de l’arme nucléaire. En conséquence il recherchait obstinément de l’uranium à travers le continent africain. Il ne fallait pas, de ce fait, qu’une fois les pays africains « indépendants» , il ne puisse plus en jouir. La signature de tels « accords»  peut-elle être considérée comme un acte de patriotisme suprême ? Quoi qu’il en soit, on s’explique par là le fait que, alors que nous voyons comment le même pétrole est en train de transformer de fond en comble la Guinée Equatoriale, au Cameroun nul ne peut dire à quoi le nôtre a servi, le « patriotissime»  Ahmadou Ahidjo en ayant privé par avance le pays en 1958.

    L’agriculture, ou la diversion face au pétrole
    Bien mieux, Ahmadou Ahidjo ayant cédé le sous-sol camerounais à ses protecteurs parisiens, il ne pouvait plus parler du pétrole qui s’y trouvait tant que l’Elysée ne lui en avait pas donné l’autorisation. Tout au long des années 1960, ainsi, les Camerounais ne parvenaient pas à s’expliquer le fait que tout autour de leur pays se trouvait du pétrole, mais pas chez eux. Au Nigeria, il y en avait. Au Gabon, également. Même chose pour le Congo Brazzaville. Mais, comment cela se pouvait-il qu’il n’y en ait pas au Cameroun ? Cela était contraire au bon sens.
    Pour dissuader les Camerounais de continuer à se poser ce genre de questions, Ahmadou Ahidjo s’est alors lancé dans son discours sur l’agriculture comme salut du Cameroun. Il a développé des thèmes du genre « Cameroun : grenier de l’Afrique centrale « . Il a inauguré des programmes de diversion du genre »  Révolution verte « , « Ceinture verte»  et « Comices agro-pastoraux» . Tout cela visait à détourner l’attention des Camerounais sur la question incroyable de l’absence de pétrole dans le sous-sol de leur pays.

    Mais, voilà que, au mois de janvier 1972, Houari Boumediene, le Chef d’Etat algérien, procède à la nationalisation des avoirs pétroliers français dans son pays. Le gouvernement français se retrouve dans un grand embarras. Où s’approvisionner désormais à moindre coût ? C’est alors qu’il songe à entamer l’exploitation du pétrole contenu dans le sous-sol camerounais et que Ahmadou Ahidjo a mis à sa disposition depuis les accords du 31 décembre 1958 et à partir desquels il avait été agréé comme premier président de la République du Cameroun. Mais, double problème : 1/- la nappe de pétrole de Logbaba découverte en 1954 est extrêmement modeste, en comparaison avec celles qui se trouvent au Cameroun occidental ; 2/- la guerre de sécession du Biafra, basée justement sur le pétrole du sous-sol biafrais, venant à peine de s’achever, entamer l’exploitation du pétrole du Cameroun occidental par une compagnie française pourrait amener la communauté anglophone du Cameroun à se lancer à son tour dans un projet identique de sécession ainsi que venait de le faire Odumegwu Ojuku au Biafra. Seule solution, abolir l’Etat fédéral au Cameroun. Ahmadou Ahidjo en a été rapidement informé.

    Sa réaction ? Il a commencé à faire circuler la rumeur selon laquelle les troupes militaires défaites d’Odumegwu Ojuku allaient entrer en guerre contre le Cameroun en guise de représailles au soutien que notre pays avait apporté au gouvernement de Lagos et qui a entraîné l’échec de la tentative de sécession biafraise. En conséquence, il fallait que le gouvernement camerounais prenne des mesures préventives. Toute l’armée camerounaise a été ainsi déportée, massivement, au Cameroun occidental. En fait, c’était pour prévenir une révolte de la communauté anglophone, une fois le projet d’abolition de la République fédérale, conformément à l’ordre de l’Elysée, rendu public. Une fois les troupes militaires camerounaises stationnées un peu partout au Cameroun occidental, Ahmadou Ahidjo s’est rendu à Paris pour prendre les dernières consignes. Il en est revenu le 4 mai 1972. Le 6 mai 1972, soit deux jours plus tard, il avait convoqué l’Assemblée nationale pour annoncer aux députés médusés la fin du fédéralisme au Cameroun. Voici exactement ce qu’il leur a tenu comme langage : « (…)

    En vérité, les structures fédérales n’ont surtout été adoptées à la réunification que pour donner à nos compatriotes du Cameroun Occidental l’assurance que l’héritage qu’ils apportaient après plus de quarante années de séparation, non seulement ne sera pas ignoré, mais sera pris en considération dans le cadre d’un Etat bilingue et pluriculturel (…) au cours des dix années écoulées, nous avons constamment privilégié ce qui nous unit (…) Dans ces conditions où les structures fédérales apparaissent comme un handicap au développement rapide du pays et où, en revanche, le peuple camerounais a déjà consacré, dans les faits, sa propre unité, ma conviction, Mesdames et Messieurs les députés, ma profonde conviction est que le moment est venu de dépasser l’organisation fédérale de l’Etat.

    J’ai, en conséquence, conscient de mes responsabilités à l’égard de la nation et devant l’histoire, décidé de consulter, par voie de référendum, le peuple camerounais, souverain et maître de son destin, sur l’institution immédiate d’un Etat unitaire …. (ACAP, n° 102 du 8/5/1972).»  On le voit bien, Ahmadou Ahidjo « mangeait la bouche» , ainsi qu’on dit en langage camerounais. La raison qu’il avance pour mettre fin au fédéralisme au Cameroun est fallacieuse. Les Etats Unis d’Amérique sont constitués de 52 Etats, ne sont-ils pas la première puissance mondiale ? Tout près de nous, le Nigeria est constitué de 36 Etats, n’est-il pas infiniment plus développé que le Cameroun ? En quoi la structure fédérale pouvait-elle constituer un frein au développement du Cameroun ?

    Par Enoh Meyomesse *
    *Ecrivain,
    homme politique

    A ce niveau aucun camerounais ne pourra jamais répondre à la question de Biya et Ahidjo qui était plus patriote que qui
    La vérité c’esqt que les deux étaient à leur prise de pouvoir prêts à tout donner pour se faire appeler excellence Plus tard, prenant progressivement cpnscience de leur bêtise antérieure, ils ont entrepris des actions patriotiques mais déjà ils avaient perdu toute credibilité aux yeux de leurs citoyens et ils sont restés fragiles à cause de leurs intérêts et biens amassés sans limites dans les paradis fiscaux.
    mais toute chose égale par ailleurs , ce sont des hommes qui ont toujours manqué de courage devant le blanc, mais qui sont reputables devant leurs frères noirs ou devants leurs concitoyens.

  2. En réalité mon frère, je trouve édifiant ce que tout le monde dit de « l’indépendance du Cameroun» . Mais sachons que le mot indépendance fais partie d’un ensemble de mots ou expressions dont une définition exacte n’existe pas et qu’il appartient à chacun de décider. Alors, je trouve que vous et tous les camerounais à quelque exceptions près définissent l’indépendance comme étant le départ du blanc et la gestion du Cameroun par les camerounais;(Dommage) Dans ce sens même, trouvez vous le Cameroun des années 60 comme indépendant? n’étaient-ce pas les français qui décidaient dans l’ombre? Et aujourd’hui sommes-nous indépendants selon la « définition camerounaise» ?
    Pour moi et surement pour les hommes créatifs le mot « indépendance»  doit signifier un état où la carte d’identité NATUREL est défendu avec fanatisme. Pour cette expression de CARTE D’IDENTITÉ NATURELLE, je promet de donner les explications en détails plus tard; pour le moment il s’agit des éléments de souveraineté nationale( pour permettre aux bavards spirituels [dits intellectuels]de comprendre)Dans ce sens le Cameroun n’est pas un Etat indépendant et nous avons le devoir de chercher l’indépendance par tous les moyens. Cautionner les inepties actuelle autour d’une prétendue cinquantenaire de l’indépendance du Cameroun est une dangereuse crime contre la raison et le bon sens!!!!!

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